MÉDICIS
Famille italienne qui régna sur Florence puis sur toute la Toscane du XVe s. à 1737 et qui exerça une influence considérable sur la politique européenne ainsi que sur les arts et les lettres. Sa puissance se fonda sur le commerce et la banque. Voir FLORENCE. Cosme ou Cosimo de' Medici, dit l'Ancien (* Florence, 27.IX.1389, Careggi, 1er.VIII.1464). Fils aîné de Giovanni di Bicci de' Medici, il prit la direction des affaires de la famille. Gonfalonier ou magistrat suprême de Florence de 1429 à 1433, il exerça jusqu'à sa mort une influence prépondérante dans la ville, mais indirectement, se gardant d'exiger pour lui-même les magistratures, qu'il préférait faire confier à ses clients. Ainsi Florence passait sous la dictature des Médicis en maintenant les formes républicaines du gouvernement. Ayant réussi à doubler la fortune familiale, il pratiqua un généreux mécénat qui fit de Florence le centre de la Renaissance. Laurent le Magnifique, Lorenzo il Magnifico (* Florence, 1er.I.1449, Careggi, 8.IV. 1492). Il eut à surmonter l'opposition grandissante du patriciat florentin, qui trouva un allié dans le pape Sixte IV : la conjuration des Pazzi (avr. 1478) réussit à éliminer son frère Julien avec qui il régnait. Digne héritier de son grand-père, Cosme l'Ancien, Laurent a incarné à la perfection l'idéal du prince de la Renaissance, fastueux, généreux ami de toute beauté. Il protégea savants et artistes, dota richement la bibliothèque qui conserva son nom et encouragea les débuts de l'imprimerie. Cependant, sa prodigalité ruina le trésor familial, et l'humanisme païen dont Florence était devenue la capitale suscita la protestation passionnée de Savonarole (v.). Laurent laissait plusieurs enfants : Pierre II et Julien, qui régnèrent après lui sur Florence et Jean de Médicis, qui devint pape sous le nom de Léon X. Le neveu de Laurent, un fils bâtard de son frère Julien, Jules de Médicis, accéda aussi au Saint-Siège sous le nom de Clément VII. Alexandre, Alessandro de' Medici (* vers 1510, Florence, 3.I.1537). Fils naturel de Laurent II de Médicis ou, selon certains, du cardinal Jules. À la suite de l'invasion des Impériaux en Italie, les Médicis avaient été chassés en 1527 de Florence, où la république avait été proclamée. En 1530, Charles Quint, réconcilié avec Clément VII, s'empara de la ville après un siège meurtrier et imposa à Florence la dictature d'Alexandre, qu'il fit duc héréditaire de Florence (1532). Tyrannique et débauché, Alexandre suscita la colère des Florentins. En 1537, il périt assassiné par Lorenzino de' Medici, son cousin de la branche cadette. Avec lui s'éteignit la branche aînée des Médicis. Cosme Ier, Cosimo de' Medici (* Florence, 11.VI.1519, près de Florence, 21.IV. 1574). Fils de Jean de Médicis dit des Bandes Noires, il succéda à Alexandre comme duc de Florence en 1537 et demeura sous la tutelle de Charles Quint, auquel il accorda des garnisons à Florence, Pise et Livourne. Il régna tyranniquement, écrasa la révolte républicaine des Strozzi (1538), fit la conquête de Sienne et de Lucques, et porta à son apogée la puissance politique de Florence ; en 1569, il prit le titre de grand-duc de Toscane et fut couronné par le pape Pie V.
Cosimo [Cosme] Ier de Médicis (1519-1574) ; grand-duc de Toscane.
C. est issu de la branche cadette des Médicis et lié à la branche aînée par sa mère, petite-fille de Laurent de Médicis. Après l’assassinat du duc et despote Alexandre de Médicis [1534-1537], C. se trouve, entre autres à l’initiative de l’homme politique et historien proche des Médicis François Guichardin (1483-1540), appelé à la tête de la République florentine. Confirmé dans ses fonctions par l’Empereur, il combat avec succès grâce à l’aide espagnole l’opposition profrançaise soutenue par Catherine de Médicis, soeur d’Alexandre et épouse du roi de France Henri II. Pour s’assurer un pouvoir illimité, il transforme les magistratures assumées par son prédécesseur en organes exécutifs chargés d’appliquer ses ordonnances et ses décrets. A travers la politique qu’il met en oeuvre, il cherche à venir à bout du particularisme des petites principautés, à assainir l’économie et à centraliser la vie politique et économique en Toscane. Il instaure une stricte surveillance policière, destinée à faire obstacle aux progrès du protestantisme, tout en conservant son indépendance vis-à-vis de l’inquisition romaine dont il fait vérifier les procédés par ses fonctionnaires avant d’en exécuter les jugements. En dépit de sa rigueur, C. acquiert la réputation d’un souverain équitable et prudent. Son mécénat se manifeste surtout dans la refonte et l’extension de l’université de Pise où Galilée s’installera plus tard, et de l’Académie de Florence. Après la conquête de Sienne (1555) et la fondation de l’ordre de chevalerie de San Stefano, destiné à combattre les Turcs (1562), qui a pour conséquence la construction d’une flotte de guerre proprement florentine, C. couronne son oeuvre de politique extérieure en accédant en 1565 à la dignité de grand-duc de Toscane.
Médicis ; maîtres de Florence au XVe siècle. La famille de Médicis (Medici en italien) exerce pendant une bonne partie du XVe siècle la réalité du pouvoir suprême à la tête de la République florentine, même si elle a longtemps mis une extrême prudence à traduire sa puissance dans la titulature officielle, répondant ainsi au type du « tyran voilé » défini par le juriste Bartolo de Sassoferato. A l’origine, il y a l’extraordinaire réussite de la compagnie commerciale familiale, inscrite à 1’ « art » (groupement professionnel) le plus prestigieux, celui de Calimala. Après l’éviction des magnats en 1293, le « peuple gras » de Florence a su capter la réalité du pouvoir. Les M. font partie d’une nouvelle génération de compagnies, Alberti, Strozzi, Ricci, qui prennent la place des plus anciennes, englouties ou distancées après une série de dramatiques faillites dans les années 1340 (Bardi, Peruzzi, Acciaiuoli, Bonnacorsi). Après avoir tenté d’accorder un peu plus de place au « peuple menu », Salvestro M., gonfalonier de la République (mai 1378), voit éclater la révolte des Ciompi, aux objectifs plus radicaux (1378-1382). Les M. subissent alors, avec les Alberti et les Strozzi, une éclipse politique, mais gardent des événements une réputation, en partie imméritée, chez tous ceux qui sont exclus par l’oligarchie très restreinte qui s’installe au pouvoir en 1382. Maso puis Rinaldo degli Albizzi sont jusqu’en 1434 à la tête de la ville. Jean M. (1429) puis son fils Côme [Cosme, Cosmo] 1’Ancien (t 1464) cristallisent autour d’eux l’opposition ; Rinaldo ne fait que hâter sa chute en tentant un coup de force contre les institutions communales (29 sept. 1434). Côme, banni en 1433, rentre triomphalement le 5 octobre 1434. Affectant de n’être qu’un primus inter pares et de ne renoncer en rien à la vie bourgeoise, poursuivant ses activités de chef de la compagnie, il n’accepte que rarement les magistratures communales (six mois en tout en trente ans). Mais un réseau serré d’alliances et d’obligations le relie aux élites politiques de la commune. Il renverse les alliances traditionnelles en imposant la reconnaissance de Francesco Sforza comme nouveau duc de Milan. La place de Côme est normalement occupée par son fils Pierre [1464-1469], qui laisse deux fils, Laurent et Julien. L’aîné prend la tête de la famille et de la compagnie. Beaucoup moins doué pour les affaires comme pour la diplomatie (il n’arrive pas à maintenir de bonnes relations avec la papauté qui avait accordé d’importants bénéfices aux M., ainsi en leur faisant exploiter les mines d’alun de Tolfa découvertes en 1462), Laurent n’a pas non plus la prudence de Côme. Il développe les tendances au principat (signoria). La conjuration des Pazzi (26 avr. 1478) marque la faiblesse des bases de son pouvoir, mais ne parvient qu’à tuer son frère Julien (dont le fils, Jules, deviendra le pape Clément VII). La répression est dure, plus encore l’infléchissement du pouvoir dans un sens tyrannique. Le « Magnifique » est un fondateur de dynastie ; son fils Pierre doit recevoir le pouvoir, son fils Jean est fait cardinal (futur pape Léon X) ; moins mécène que soutien des humanistes, il fonde l’Académie, foyer de culture mais aussi de propagande. À sa mort (8 avr. 1492), la succession est grevée. En 1494, la faillite de la compagnie, la prédication de Savonarole, la descente de Charles VIII en Italie accumulent les périls. Isolé, Pierre le Malchanceux est expulsé de Florence le 9 novembre 1494.
Bibliographie : Y. Renouard, Histoire de Florence, 1974 ; C. Bec, I. Cloulas, B. Jestaz, A. Tenenti, L’Italie de la Renaissance: un monde en mutation (1398-1494), 1990.
CATHERINE DE MÉDICIS (Florence, 1519-Blois, 1589). Reine de France. Régente au début du règne de Charles IX, elle s'efforça durant 30 ans de pacifier le royaume déchiré par les guerres de Religion. Fille de Laurent II de Médicis, duc d'Urbino, elle épousa à l'âge de 14 ans (1533) le futur Henri II dont elle aura 10 enfants. Durant le règne de son mari, elle fut éclipsée par la favorite Diane de Poitiers, mais entreprit son apprentissage politique. Veuve à 40 ans, et nommée régente à l'avènement de Charles IX, elle exerça rapidement ses talents politiques, montant les Guise catholiques contre les Bourbons protestants, afin de préserver l'autorité monarchique. Fidèle à sa foi catholique, confrontée au problème religieux qui divisait la France, elle nomma dès 1560 chancelier Michel de L'Hospital et s'efforça d'appliquer une politique de conciliation à l'égard des huguenots (protestants français). Malgré l'opposition de la majorité de ses sujets catholiques et l'hostilité des Guise, elle accorda aux protestants l'édit de Tolérance, la paix d'Amboise (1563), puis celle de Saint-Germain (1570) et, pour sceller la réconciliation, favorisa le mariage de sa fille Marguerite de Valois avec Henri de Navarre (futur Henri IV). Inquiète cependant de l'ascendant sur son fils Charles IX pris par le chef du parti protestant, l'amiral de Coligny, et pressée par les princes catholiques, elle laissa faire le massacre de la Saint-Barthélemy (1572). Son influence s'amenuisa sous Henri III. Protectrice des arts, Catherine de Médicis décida la construction du nouveau Louvre et fit bâtir le palais des Tuileries. Elle est inhumée à Saint-Denis auprès d'Henri II.
COSME DE MÉDICIS, dit l'Ancien
(Florence, 1389-Careggi, 1464). Fondateur de la branche aînée des Médicis. Grâce à son immense fortune, il pratiqua un généreux mécénat qui fit de Florence le centre de la Renaissance. D'abord chassé de Florence par les Albizzi, famille du parti aristocratique, il y revint triomphalement en 1434, exerçant jusqu'à sa mort une influence dominante dans la ville. Maître de Pise, il hérita du commerce de celle-ci avec le Levant. Il augmenta considérablement la fortune familiale et fut le créancier du Saint-Siège et des rois de France et d'Angleterre. Il fut aussi un grand mécène, protégeant notamment les architectes Brunelleschi et Michelozzo, Donatello le sculpteur et les peintres (Fra) Filippo Lippi et Fra Angelico. Grand admirateur de Platon, il fonda l'Académie platonicienne de Florence dirigée par l'humaniste et philosophe Marsile Ficin. Pour ses largesses envers ses concitoyens, il reçut à sa mort le titre de « Père de la patrie ». Voir Humanisme, Laurent le Magnifique.
MÉDICIS
. Puissante famille italienne de marchands et de banquiers qui joua un rôle déterminant dans l'histoire de Florence et de la Toscane du XVe au XVIIIe siècle, mais aussi dans la vie culturelle de l'Europe. Le mécénat des Médicis permit en particulier à Florence d'être l'un des centres de la Renaissance italienne. Ses plus illustres représentants furent Cosme de Médicis et son petit-fils Laurent le Magnifique.