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CROIRE ET SAVOIR (cours)

Publié le 30/12/2025

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« CROIRE ET SAVOIR La première attitude que nous avons tendance à avoir c’est d’adhérer spontanément à ce que nous ressentons, à croire en notre ressenti.

D’emblé nous croyons, nous prenons pour vrai ce qui est l’effet de nos émotions, de nos craintes , de nos désirs. Or l’acte de croire en lui- même est complexe. Au sens commun la croyance, c’est l’adhésion à une représentation, un état de choses en l’absence de certitude attestée par l’existence d’une preuve. En fait, Il existe différentes modalités et différents degrés de croyance.

Le verbe croire revêt plusieurs significations (être sûr, douter, supputer, avoir confiance) et nous pouvons même confondre croire et penser.

Les grecs utilisaient différents termes pour désigner ce que nous regroupons sous le nom d’un seul : la doxa pour l’opinion, la pistis ou foi, l’épistémè ou science. La croyance peut être résumée par la définition de Kant : Croyance : principe d’assentiment subjectivement suffisant mais objectivement insuffisant. On considère le plus souvent que c’est vrai parce qu’on y croit et non l’inverse.

La croyance implique un rapport à la vérité qui est d’un autre ordre que celui de la raison. Kant l’oppose à la connaissance qui est un jugement ayant pour propriété objective la vérité. Le jugement impliquant une distance entre la pensée et l’objet auquel elle se rapporte, une distance également entre soi et soi-même.

Ce rapport est critique. Croire et savoir sont ainsi deux régimes différents de pensée.

La croyance apparaît toujours comme première et en tant qu’opinion, préjugé, crédulité ou illusion de savoir elle correspond à ce dont il faut se libérer pour accéder à la vérité.

La raison ne serait-elle pas dès lors synonyme de libération ? A première vue , le savoir n’est pas donné .

Il résulte d’un examen minutieux de ce que nous pensons savoir .Savoir c’est donner son assentiment à une proposition en ayant la certitude objective de sa vérité.

Savoir c’est savoir pourquoi on sait .

Quand on sait on est en mesure de rendre raison de ce qu’on pose comme vrai . La démarche philosophique consiste d’une certaine façon à considérer cette position mentale qu’est l’acte de croire.

Car l’homme a besoin de croire.

Hume : dit « cette opération de l’esprit qui produit la croyance à un fait a été jusqu’ici, semble-t-il, l’un des plus grands mystères de la philosophie » L’articulation croire et savoir est fondamentale en philosophie.

Très souvent nous croyons savoir alors que nous ignorons.

Une distinction doit être saisie entre celui qui croit savoir et celui qui se sait croire. Comprendre les croyances qui nous animent, les mettre en examen, c’est ouvrir la porte de la philosophie... Socrate pratique l’élenchos qui consiste en une pratique s’appuyant sur les connaissances de son interlocuteur pour en éprouver la cohérence à travers l’échange ou le dialogue ; la finalité étant de réfuter les fausses croyances et nous donner la certitude que nous pouvons avoir des croyances vraies, que nous pouvons croire avec raison. 1 Questions : Comment expliquer ce besoin de croire ? Pourquoi l’homme nourrit-il telle ou telle croyance (diversités des croyances selon les cultures) ? Les croyances n’existent pas sans raison même si on ne les connait pas.

Il existe différents degrés et différentes modalités de croyance Doit –on opposer systématiquement la croyance à la raison ? Pouvons-nous savoir sans croire ? Peut-il y avoir une vérité sans croyance ? Faut-il pour être libre se libérer de toute croyance ? Ce que croire signifie L’homme est un animal social, qui croit rarement seul.

Or le sens de la croyance n’est pas tout à fait le même que celui des croyances.

Durkheim a bien montré à ce propos que les croyances collectives sont plus que la simple somme des croyances individuelles. Elles finissent par constituer des ensembles qui paraissent obéir à leur logique propre. Le fait de vivre en société imprime certaines croyances, certains préjugés qui subsistent ensuite et acquièrent une existence objective. Les croyances n’existent pas sans raison même si on ne les connaît pas.

Il y a des éléments d’explication des croyances.

Elles ont leur raison d être même si ceux qui y croient ne les connaissent pas. Ces raisons sont méta conscientes. Exemple : l’existence de l’immortalité.

(M.

Weber) Pourquoi les pharisiens croyaient-ils en l’immortalité de l’âme alors que les sadducéens n’y croyaient pas. Les pharisiens étaient des commerçants.

L’équité des échanges représentait une valeur cruciale.

Ils étaient heureux d’apprendre que l’âme est immortelle puisque cela leur permettait d’espérer que les mérites et les démérites qui n’avaient pas fait l’objet de sanctions ici-bas pouvaient être sanctionnés.

L’idée d’immortalité leur faisait miroiter l’assurance que le souci d’équité serait satisfait. Les sadducéens constituaient un vivier où était puisée l’élite juive.

Ils n’avaient pas du tout les raisons d’adhérer à une idée venue d’ailleurs de l’Inde. Ainsi il faut bien d’abord qu’existe la possibilité même de croire – en tant que disposition ou propension de l’esprit - pour qu’existent des croyances, dans leur diversité.

C’est cette disposition qui est la condition de toutes les croyances.

Ainsi l’homme a besoin de croire. Revenons donc à la croyance en tant qu’attitude mentale ou disposition psychologique.

Il s’agit d’une position intellectuelle où l’esprit va viser un objet, mais ceci d’une manière spécifique, selon des modalités qui lui sont propres.

L’élucidation du sens de la croyance exige alors de montrer en quoi consiste la spécificité de cet acte parmi les autres opérations de l’esprit.

Ainsi croire n’est pas savoir. 2 *Premier élément : le tenir pour-vrai.

C’est ce qui constitue le noyau de la croyance. Croire, c’est toujours pour l’esprit donner son adhésion, accorder sa confiance à une proposition ou à un énoncé qui revêt pour lui valeur de vérité : croire que p, c’est croire que p est vrai. Le philosophe contemporain Eric Weil écrit dans Logique de la philosophie « La certitude est, à proprement parler, ce qui constitue l’un des aspects essentiels de la croyance ». *Second élément : s’il s’agit toujours pour l’esprit de donner son assentiment, celui-ci s’opère cependant selon un mode particulier.

La croyance en effet réside dans un mode spécifique de consentement au vrai : tenir pour vrai sans raisons contraignantes.

Ce dernier élément : l’absence de preuves constitue un critère de différenciation capital permettant de distinguer la croyance d’autres attitudes mentales.

Rappelons qu’une preuve, c’est ce qui conduit l’esprit à admettre de façon indubitable et contraignante la vérité d’une proposition, par la démonstration ou par l’expérience.

Une connaissance qui rend raison d’elle-même n’a pas à faire l’objet d’une croyance.

Il n’y a pas lieu de croire si l’énoncé est accompagné de preuves vérifiables qui le fondent ou qui le justifient.

Comme l’écrit Luc Ferry « si je « sais » qu’une chose existe, je n’ai plus besoin d’y « croire » ».Ainsi un Dieu dont l’existence serait prouvée ne serait plus objet de foi, mais de démonstration rationnelle ou de physique.

On connaît à ce propos la phrase de Pascal « La foi est différente de la preuve ».

De même ce que je vois, je n’ai pas besoin de le croire.

Ainsi si je suis devant ma fenêtre et que je vois tomber la pluie, je ne dirai pas « je crois qu’il pleut » mais « il pleut » : constat de réalité.

J’émets une supposition, à laquelle un certain nombre d’éléments me poussent à accorder crédit. Troisième élément : c’est que l’acte mental que constitue la croyance est indissociable d’un acte de langage.

C’est le langage, en tant que capacité d’exprimer linguistiquement ses pensées, qui forme, comme le souligne Jacques Derrida dans Foi et raison, l’élément de toute croyance.

« Il y va de la langue – plus précisément de l’idiome, de la littéralité, de l’écriture – qui forment l’élément de toute REVELATION et de toute CROYANCE, un élément en dernière instance irréductible ». C’est dans les mots qu’une croyance acquiert une existence effective. Certes, un individu peut avoir toutes sortes de croyances sans jamais les exprimer ni les communiquer.

Si certains individus sont si expansifs qu’ils tendent à dire tout ce qu’ils croient, d’autres ne le disent jamais.

Reste que le meilleur moyen de savoir ce qu’un individu croit est encore d’écouter ce qu’il dit (c’est ainsi que les sondages d’opinion publique sont aujourd’hui considérés comme les principales mesures des croyances ; notons qu’ils peuvent cependant aboutir à des résultats fallacieux).

Sans vouloir aborder ici le délicat problème des rapports entre le langage et la pensée – qui nous amènerait à refuser l’idée d’une pensée pure, qui serait inexprimable par les mots – posons que la croyance tend toujours à s’exprimer dans un énoncé linguistique, qu’il soit du type de l’assertion, de l’ordre, de l’assentiment….En ce sens croire que p, c’est être disposé à dire que p. D’où l’importance de la rhétorique, de cet art de la persuasion qui peut devenir n instrument de domination.

Le rôle des croyances est de produire des actions et le risque de manipulation des croyances à des fins de pouvoir est grand.

C’est.... »

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