Cours philosophie langage
Publié le 19/09/2026
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«
Le langage
Etymologie : du gr.
logos, parole, discours, et par extension la raison et la rationalité.
Définition : outil de communication permettant de véhiculer des pensées et émotions (instrument, moyen).
Il est donc postérieur à la pensée qu'il exprime.
C'est-à-dire qu'il ne fait qu'exprimer une pensée qui s'est forgée
antérieurement dans l'esprit.
C'est la conception nominaliste du langage (de Démocrite et des sophistes par
exemple) pour qui le langage n'est qu'une convention, sans lien à la chose qui est nommée.
A cette conception
s'oppose le réalisme de Platon (que vous connaissez à travers l'allégorie de la caverne : le nom désigne l'Idée, la
forme de l'Être, c'est-à-dire la réalité même) et d'Aristote (qui accorde une priorité aux substances, les noms
indépendants, sur les qualités).
Définition de la linguistique : distinction essentielle entre le signifiant : signe, image acoustique (suite de lettres
ou de sons qui forment un mot) ; et le signifié : concept (l'idée que le mot désigne).
Le langage est une
association de marques sensibles (signifiant) à des significations abstraites (signifiés).
Introduction
Si les mots sont des concepts généraux (le mot arbre ne désigne pas un arbre en particulier tel qu'on peut le
croiser sur notre chemin, mais bien tous les arbres en général), et que l'on ne rencontre dans la vie réelle que des
choses particulières différentes les unes des autres, alors la question du lien entre le concept général, la pensée, et
les choses particulières se pose.
– Les concepts généraux utilisés par le langage ont-il une existence réelle comme réalité à laquelle les
particuliers participent, ou ne sont-ils que des concepts arbitraires forgés par l'esprit au contact des
particuliers seuls existants ? Pour faire simple : n'y a-t-il que des choses particulières, ou les concepts
généraux désignent-ils des réalités existantes ?
– De même, le langage est-il le signe de la pensée, instrument extérieur et conventionnel qu'elle utilise pour
s'exprimer, ou structure-t-il la pensée qui en serait dépendante car elle s'élaborerait à travers le cadre du
langage ? Pour faire simple : la pensée a-t-elle besoin du langage pour se formuler ou existe-t-elle
indépendamment du langage qui ne serait qu'un outil pour qu'elle s'exprime et se communique (pense-t-on
sans le langage, ou ne peut-on pas penser si l'on n'a pas appris à parler) ?
– Enfin, si les mots ont une signification objective, ont-ils le même sens pour tous alors qu'ils renvoient à
des souvenirs et expériences particulières éventuellement incommunicables ? Pour faire simple : désignet-on la même chose lorsque l'on utilise un mot commun, ou ce que ces mots généraux évoque est-il
personnel donc incommunicable ?
I.
La thèse réaliste
Le langage, qui révèle les caractéristiques communes des objets particuliers, ne dévoile-t-il pas justement leur
essence cachée ?
Ainsi, pour Platon, c'est parce que les choses partagent le même être qu'elles ont le même nom, le langage donne
alors l'être, la réalité.
En effet, pour répondre au problème de la connaissance au sein du devenir soulevé par
Héraclite et Parménide, Platon pose qu'il y a de l'immuable dans le changement qui permet une connaissance audelà du particulier changeant.
Cet immuable, éternel, est le modèle de la réalité à laquelle les particuliers soumis
au devenir participent imparfaitement, pâles copies ou apparences sensibles dont il faut se détacher pour saisir la
réalité, seulement intelligible.
La dialectique platonicienne consiste à rechercher l'universel à travers le dialogue, seul discours que l'on
puisse s'accorder à tenir, obligation d'argumenter pour une visée universelle valable pour tous.
Si l'Un est
toujours identique et le Multiple changeant, Platon renverse cette logique d'opposition des contraires en
affirmant paradoxalement que le multiple implique l'unité : si les phénomènes sont changeant, alors il y a une
Idée qui elle ne change pas et permet de les saisir, concept qui a plus de réalité que la multiplicité des choses
sensibles laquelle appelle une unité intelligible.
ex.
de l'amour dans le Banquet où l'amour de la beauté d'un corps conduit à aimer toutes les beautés identiques
pour se détacher d'un seul corps et apprécier une beauté unique.
L'amour des choses sensibles conduit à celui
des choses non sensibles, âmes, puis à l'amour de la beauté même, l'être même de la beauté ou eidos par lequel
toutes les choses sont belles.
La dialectique est ici la capacité à porter son regard vers l'unité à partir de la multiplicité, puis le mouvement
inverse par lequel l'esprit divise et hiérarchise en genres et espèces, connaissance de l'essence des choses
consistant à séparer l'intelligible, universel accessible à l'intellect, et le particulier accessible aux seuls sens.
[Exercice : remettre ce qui précède en lien avec ce que vous connaissez de l'allégorie de la caverne du livre
7 de la République de Platon]
L'essence cachée des choses n'est-elle pas une pure invention de l'esprit ? Ces concepts généraux ne sont-ils pas
une simple idée forgée par abstraction à partir des particuliers concrets ?
II.
La thèse nominaliste (l'artifice du langage).
Si toutes les choses qui existent concrètement sont pourvues des particularités, même infimes, qui les rendent
uniques, l'identification sous des concepts généraux qui gomment leurs différences n'est-elle pas artificielle ?
"Pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des
étiquettes collées sur elles.
Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du
langage.
Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent tous des genres.
Le mot, qui ne note
de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en
masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le
mot lui-même.
Et ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d’âme
qui se dérobent à nous dans ce qu’ils ont d’intime, de personnel, d’originalement vécu.
Quand nous
éprouvons de l’amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre
sentiment lui-même qui arrive à notre conscience, avec les mille nuances fugitives et les milles
résonances profondes qui en font quelque chose d’absolument nôtre ? Nous serions alors tous
romanciers, tous poètes, tous musiciens.
Mais, le plus souvent, nous n’apercevons de notre état d’âme
que son déploiement extérieur.
Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui
que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même, dans les mêmes
conditions, pour tous les hommes.
Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous
échappe.
Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles (…)." Bergson, Le rire."
On comprend ainsi que la réalité n'est peuplée que de choses particulières, toutes différentes les unes des autres,
uniques, et que l'identité (du latin idem) n'est qu'une création artificielle à but utilitaire.
Les noms communs qui
regroupent les choses particulières dans des catégories générales sont des outils pratiques indispensables pour
pouvoir vivre et survivre en étant capable d'identifier les objets qui nous entourent et pouvoir ainsi agir dessus.
Néanmoins, ils inventent de toutes pièces des concepts qui n'existent pas dans la réalité, nous faisant évoluer dans
un monde stable mais fictif qui nous éloigne de la réalité où tout est unique, en transformation perpétuelle, et lié à
la totalité de l'univers.
Avec le risque de se méconnaître soi-même en agissant normalement, selon la norme, au
lieu de vivre notre caractère unique et singulier.
Cette dimension artificielle du langage ouvre à une critique de son usage.
Nietzsche, qui de formation n’est pas philosophe mais philologue (analyste du langage), affirme et critique la
« toute-puissance » du langage.
Selon lui, le langage suit originellement la tendance de l’être humain à ramener
l’inconnu, le différent, au connu, au Même (cette tendance reposant sur des passions dominantes ; notamment la
crainte du danger potentiel que représente tout ce qui est nouveau).
On préfère évoluer dans un monde stable où
tout est identifié, plutôt que dans le chaos de l'absolue diversité où toute chose est non seulement unique mais
encore en changement incessant.
Le langage permet à l'être névrosé inquiet du changement de se rassurer, en
reconstruisant une représentation artificielle de la réalité grâce aux concepts généraux stables et identiques.
Le moi ou sujet est ainsi un exemple d’une de ces (pseudo)-entités simples qui masquent une diversité inquiétante
(ici, la lutte entre les multiples instincts qui habitent l’homme).
Ce qui nous importe....
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