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COMTE ou L'institution de l'Humanité par Léon-Louis Grateloup

Publié le 17/06/2020

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« Un projet grandiose Il était une fois Auguste Comte. Ainsi sans doute devrait commencer l'histoire d'un infatigable penseur, dont la doctrine véritable et complète, baptisée par lui « positivisme », prend spontanément en charge le rêve et la réalité. Cette doctrine, aujourd'hui dépecée et réduite à des fragments insignifiants, s'ordonne tout entière autour d'un projet philosophique — c'est-à-dire, dans le langage d'Auguste Comte, « systématique » — qui donne à la vie de ce penseur hors du commun, dont l'existence objective ne présente en elle-même aucun relief extraordinaire, une merveilleuse unité. Ce projet est tout simplement grandiose : il ne s'agit de rien moins que d'instituer définitivement, en théorie et en pratique, sans rien laisser au hasard, un être qui n'existe pas encore tout à fait, mais qui s'annonce graduellement : l'Humanité. «Instituer» signifie d'une part : fournir une base, un commencement décisif ; établir d'une manière durable (par ex. : instituer un ordre religieux) et, d'autre part : charger d'une fonction (par ex. : instituer un juge, un fonctionnaire). L'« instituteur » n'est pas seulement « celui qui enseigne dans une école », « celui qui donne une formation de base », c'est aussi et d'abord « celui qui institue, qui établit sur des bases solides ». Au plan philosophique et au plan politique, Auguste Comte s'est voulu l'instituteur de l'Humanité. Ce projet, loin d'être une initiative singulière et extravagante, est, à vrai dire, une « mission » qui procède de l'Humanité elle-même, dans son développement historique, une tâche que la situation impose. Il ne s'agit nullement, pour Auguste Comte, de se dresser inopinément pour recréer le genre humain et en remontrer à Dieu, mais de déchiffrer convenablement l'histoire des hommes, de prendre le relais et d'assumer la charge d'une réalisation devenue, plus que jamais, possible et même nécessaire. Lire Comte Il convient de lire sans préjugés les écrits de ce penseur qui en était singulièrement exempt. On fait alors d'étonnan-tes découvertes dans cette œuvre baroque, luxuriante et charpentée, si rarement considérée avec sérénité, si souvent amputée et travestie. La lecture de Comte n'offre aucune difficulté intrinsèque. Il n'y a rien à deviner, car tout est dit. Comte est un philosophe qui, plus que tout autre, a eu le souci d'expliciter sa pensée : « On réussit souvent, remarquait Kant dans son Anthropologie, par une obscurité étudiée, à donner l'illusion de la profondeur et du fondamental, un peu comme les objets vus dans le crépuscule ou à travers un nuage paraissent toujours plus grands qu'ils ne sont. » (Antropolo-gie, trad. M. Foucault, Vrin, 1964, p. 24). Rien n'est plus étranger à Comte que l'intention de séduire le lecteur par une obscurité étudiée : se refusant au contraire à abriter son système, que portent les temps nouveaux, dans l'hermétisme crépusculaire de la « métaphysique », il l'expose hardiment dans une lumière matinale, avec les seules ressources du commun langage, tel que nous l'offrent les siècles. Théorie positive du langage humain Ce langage humain, dont il est si respectueux, Comte en a donné la «théorie positive» d'après laquelle, «inspiré par le cœur et construit par l'esprit », il se rapporte, comme la religion à laquelle il doit être directement comparé, à l'ensemble de notre existence. C'est pourquoi, ajoute Comte, « les plus grands efforts des génies les plus systématiques ne sauraient parvenir à construire personnellement aucune langue réelle » (Système de politique positive, t. 2, chap. IV). Comte est un auteur qui a le souci des mots, ces authentiques dépositaires de significations, dont il apprécie jusqu'aux profondes ambiguïtés et aux heureuses équivoques (par ex. : cœur signifiant à la fois « tendresse » et « courage »), si vainement dénoncées ou dédaigneusement attribuées à la « pénurie populaire ». C'est pourquoi il n'inventera que des termes et des expressions dont on peut dire qu'ils répondaient à une réelle nécessité, à en juger par leur fortune : altruisme, car il manquait un mot symétrique d'égoïsme ; consensus social, car il fallait désigner l'objet de la politique positive ; sociologie, car il fallait bien nommer la science nouvellement fondée par Comte lui-même. Ordre et progrès A la lumière de ces remarques, on aperçoit la grande idée de Comte, à savoir qu'il ne saurait y avoir de création ex nihilo, car tout est déjà là, mais en ordre dispersé. Son grand aphorisme de la philosophie positive de l'histoire, c'est « la préexistence nécessaire, sous forme plus ou moins latente, de toute disposition vraiment fondamentale, en un état quelconque de l'humanité » (Cours de philosophie positive, V, 54). Ainsi, le définitif s'annonce secrètement dans le primitif et l'éclaire rétrospectivement. L'esprit humain ne connaît pas de ruptures ou d'émergences radicales au cours de son développement. Tout est déjà là, mais d'une manière plus ou moins confuse et anarchique ; et la marche de la civilisation « est nécessairement toujours la même au fond », mais « avec plus ou moins de vitesse » (Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, p. 74). Or, la source de tous les conflits qui, sans pouvoir l'inverser, ralentissent la marche de l'Humanité, c'est le désordre. Le grand problème est donc de mettre de l'ordre, pour permettre le progrès. « Ordre » signifie — encore une heureuse équivoque — à la fois : « commandement » et « hiérarchie ». Le désordre, c'est à la fois l'anarchie et la confusion sur un même plan de tous les niveaux de réalité. Le progrès n'est pas la destruction de l'ordre, mais son développement. Il est vain de vouloir anéantir l'ordre naturel, c'est-à-dire l'ordre extérieur, « base objective » de toutes nos conceptions. C'est au contraire en prenant appui sur cet ordre réel que l'esprit se développe, en se réglant. Tout doit être mis en place, c'est-à-dire ordonné, théoriquement et pratiquement. II n'y a rien qui ne puisse être sauvé, à condition de trouver sa vraie place dans le système. La première devise de Comte sera donc : « Ordre et progrès ». Un projet mûrement préparé Dès l'âge de vingt-quatre ans, en 1822, Auguste Comte expose son « plan » de réorganisation de la société, dans un opuscule tiré à cent exemplaires, dont la lecture est toujours d'une étonnante actualité. Ce plan souligne la nécessité d'une élaboration théorique de ce qu'on appellerait aujourd'hui un « projet de société » déterminant « le but général d'activité de toutes les forces particulières ». Aussi longtemps que cette condition indispensable ne sera pas remplie, l'Humanité, pratiquement livrée à l'anarchie intellectuelle et à l'égoïsme bestial, ne sera pas réellement instituée. Il s'agit de fonder scientifiquement le consensus social : « Un système quelconque de société, qu'il soit fait pour une poignée d'hommes ou pour plusieurs millions, a pour objet définitif de diriger vers un but général d'activité toutes les forces particulières. Car il n'y a société que là où s'exerce une action générale et combinée. Dans toute autre hypothèse, il y a seulement agglomération d'un certain nombre d'individus sur un même sol. C'est là ce qui distingue la société humaine de celle des autres animaux qui vivent en troupes » (ibid., p. 76). L'établissement du système qui va absorber Comte jusqu'à sa mort a été préparé par la marche générale de la civilisation. Il ne saurait être confondu avec le « verbiage » politique qui enfante tant de « prétendues constitutions », « toujours proclamées, l'une après l'autre, éternelles et irrévocables » : « La prétention de construire, d'un seul jet, en quelques mois, ou même en quelques années, toute l'économie d'un système social dans son développement intégrai et définitif, est une chimère extravagante, absolument incompatible avec la faiblesse de l'esprit humain » (ibid., p. 73). En revanche, la philosophie qui doit maintenant élever la politique au rang des sciences, vient historiquement à son heure — et il n'y a jamais eu de révolution « à la fois plus inévitable, plus mûre et plus urgente ». L'Humanité est désormais en vue : « Le moment est enfin arrivé, écrit Comte, de commencer immédiatement» (ibid., p. 68). Le fondateur de la Religion de l'Humanité va donc se mettre au travail, mandaté en quelque sorte par l'Histoire. En effet, la nécessité, l'urgence et la maturité du positivisme sont fondées sur « la marche générale de l'esprit humain », dont Auguste Comte a dû d'abord découvrir la loi. , LA « LOI DES TROIS ETATS » « Les morts gouvernent les vivants » : cette formule qui fait corps avec le positivisme n'est pas seulement une reconnaissance de dette envers ses précurseurs. Elle exprime métaphoriquement l'idée'de continuité, qui lui est essentielle. Ainsi, Descartes, que Comte place parmi ses principaux « précurseurs philosophiques » et à qui est consacré le onzième mois du Calendrier positiviste, distinguait nettement, dans l'histoire de l'esprit, d'une part l'enfant, ce petit animal gouverné par ses appétits et ses précepteurs, et d'autre part l'homme, qui se gouverne lui-même « sous la dictée de la vraie raison » (Lettre à ***, mars 1638). ...»

« 1 / 2 134 Comte suicide, provoquées par le sunnenage intellectuel et l'in­ conduite de sa femme.

1832: Comte est nommé répétiteur d'analyse et de méca­ nique à ) 'Ecole polytechnique.

1837 : Il est nommé examinateur d'admission à l'Ecole Polytechnique.

1845 : Au cours de cette « année sans pareille », Auguste Comte fait la connaissance d'une jeune femme, Clotilde de Vaux, qui lui inspire une passion mystique.

1846 : Mort de Clotilde de Vaux, à qui Auguste Comte consacre désonnais un véritable culte.

1851 : Ses fonctions de répétiteur et d'examinateur à l'Ecole Polytechnique lui ayant été retirées, Comte ne sur­ vit que grâce au « subside positiviste » de ses disciples et admirateurs.

1857 : Auguste Comte meurt à Paris, le 5 septembre, laissant inachevée sa Synthèse subjective.

ŒUVRES Cours de philosophie positive ( 1830-1842).

Discours sur l'esprit positif (1844 ).

Système de politique positive (1851-1854 ).

Catéchisme positiviste ( 1852). 2 / 2. »

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