Temps Philosophie
Publié le 09/02/2026
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«
LE TEMPS
Eléments de définition
I – LES MODALITES DU TEMPS
A) Paradoxes du temps qui nous emporte et nous fuit
« Qu’est-ce donc que le temps ? » demande AUGUSTIN dans ses Confessions, livre XI ;
« si personne ne me le demande, je le sais.
Si quelqu’un pose la question et que je veuille
l’expliquer, je ne le sais plus » : paradoxalement, le temps est en effet à la fois évident, de par
les effets qu’il imprime nécessairement à tout ce qui existe dans ce monde du changement
qui est le nôtre (celui de la NATURE, extérieure et humaine, physique et biologique), et
insaisissable (tel l’espace en trois dimensions qui structure notre perception du réel, mais que
nous ne pouvons jamais percevoir directement en lui-même).
De là certains philosophes sceptiques ont pu tirer des arguments critiques sur la nature et
même l’existence du temps, comme SEXTIUS EMPIRICUS dans ses Esquisses
pyrrhoniennes, livre III.
Suivant le principe de non-contradiction, il affirme que si le temps
existe, il doit être soit fini, soit infini ; or s’il était fini, il faudrait non seulement en déduire
qu’il y aurait eu du temps avant le temps, mais également affirmer que le passé et l’avenir
existent, donc sont présents, ce qui constituerait une double contradiction.
De la même
manière, si on conçoit le temps comme infini, on retombe sur la même conclusion incohérente
de l’existence présente du passé et du futur : ainsi, on serait conduits à douter de l’existence
d’un temps qui n’étant ni fini ni infini, n’existerait peut-être tout simplement pas !
D’un tel raisonnement aporétique (càd.
qui conduit à des impasses logiques) on peut
néanmoins tirer deux enseignements essentiels sur le nature du temps : 1) notre esprit semble
incapable de penser aucune réalité, qu’elle soit physique ou métaphysique, matérielle ou
immatérielle, indépendamment de cette dimension de la succession des évènements selon
l’avant et l’après (d’où notre difficulté voire notre incapacité à nous représenter sur le plan
scientifique ce qu’il pourrait bien y avoir avant le Big Bang – commencement hypothétique
de l’univers – ou sur le plan théologique ce qu’il pouvait bien y avoir avant la Création divine
du monde) ; 2) si le temps possède néanmoins une existence réelle (ce qui semble bien être le
cas de par notre expérience commune), sa façon d’être ne pourra cependant pas être du
même ordre que celle des réalités qu’il contient et sur lesquelles il s’exerce : en effet, la
présence du passé et de l’avenir, malgré leur continuité avec le présent, suppose
nécessairement une manière d’être différente de celle de ce dernier – le seul à être
directement vécu et perçu.
Enfin et 3), le présent lui-même serait finalement réduit à une
partie infinitésimale du temps, l’instant, qui n’existe que pour disparaître aussitôt, du
fait qu’à peine apparu à partir de l’avenir qui n’existe pas encore, il est nécessairement déjà
englouti dans le passé qui lui n’existe plus, constituant ainsi une sorte de limite permanente et
mouvante dans le flux temporel incessant.
La question revient donc : « Qu’est-ce que le temps ? »
B) Temps et éternité
Décrire le temps, à la façon de PLATON dans le Timée dans le mythe final d’Er le
Pamphilien, comme une « image mobile de l’immobile éternité », revient à penser notre
existence comme une forme de réalité dégradée, inférieure par rapport à un type d’être
supérieur supposé exister de manière pleine et entière dans l’éternité (voir la distinction
des trois modalités du temps dans le cours sur la RELIGION).
C’est au sein de cette
opposition entre temps (ce qui change, le devenir) et éternité (ce qui est supposé exister en
dehors du temps et par conséquent rester indéfiniment le même ou identique à soi-même) que
prend place le concept de finitude qui s’appliquera à toutes les réalités naturelles et
matérielles, y compris l’être humain bien entendu.
Or de ce point de vue notre esprit va à nouveau apparaître dans une relation paradoxale avec
ce qui le dépasse infiniment dans la durée : d’une part il se révèle totalement dépassé et par
conséquent incompétent et impuissant à saisir de manière adéquate et entière cet être d’un
ordre supérieur, mais d’autre part il manifeste tout de même une capacité d’appréhension
partielle et sensée du temps comme une expérience continue qui lui évite de ne vivre
qu’une succession d’instants incohérents, hétéroclites et qui apparaîtraient simplement
juxtaposés de manière abstraite.
Ce point est bien illustré par la conception de la durée chez
BERGSON dans les Essais sur les données immédiates de la conscience, où il explique que
cette dernière en tant que représentation consciente et subjective de l’écoulement du temps
constituerait en fait la seule véritable façon dont nous pourrions nous approprier cette
dimension du réel afin de pouvoir percevoir la succession des phénomènes au sein d’une
expérience une, unique et unifiée (donc compréhensible et logique sur le plan sensible et
intellectuel).
De ce fait, le même auteur distingue dans L’Evolution créatrice les deux conceptions
humaines de l’écoulement : d’un côté la durée comme expérience psychologique rendant
compte adéquatement du devenir réel, et de l’autre le temps (au sens particulier) comme
représentation artificielle, abstraite et arbitraire créée par l’homme pour se donner les
moyens de mesurer le changement avec des unités conventionnelles (par exemple le système
sexagésimal) et des instruments mécaniques (par exemple les calendriers et les horloges),
dans le but final de pouvoir agir sur – et non plus penser – notre expérience sensible et
psychologique.
Il s’agit donc ici d’une critique du temps (ainsi défini) au profit de la durée,
dans la mesure où le premier aurait été construit par une application inadaptée de notre
représentation spatiale et pratique de la matière (essentiellement mathématique), sur la
réalité concrète, diversifiée et qualitative du devenir réel tel que notre esprit serait capable
de le saisir intuitivement et non pas rationnellement.
Ainsi le « temps » serait en quelque
sorte une contrefaçon et une dénaturation de la « durée » chez Bergson.
C) La présence du passé, du présent et du futur
Le mot « présent » a deux sens dans la langue française : il renvoie d’une part à l’un des trois
moments du temps (avec le passé et le futur), et d’autre part à l’existence elle-même, càd.
au
fait d’être actuellement là, hic et nunc (« ici et maintenant »).
De ce fait on peut déduire que le
temps, finalement, se donne toujours à nous forcément au présent, car même lorsqu’il
renvoie à un autre moment disparu ou à venir, nous ne pouvons le connaître que comme un
objet de CONSCIENCE actuellement présent dans notre esprit (qu’il s’agisse par
exemple d’un souvenir ou d’une conjecture).
C’est ce qu’exprime AUGUSTIN (même
référence) lorsqu’il affirme que, à rigoureusement parler, nous ne pouvons pas dire « qu’il y
a » du passé, du présent et de l’avenir, mais qu’il n’y a en réalité qu’un seul temps : « le
présent » - qui se présente donc seul à la conscience - , ce qui nous conduirait à dire qu’il y a
« un présent du passé, un présent du présent et un présent du futur » (ibid.).
On observe ici un basculement important de la réalité objective à la réalité subjective du
temps (voir repère correspondant), est-ce à dire que nous ne connaîtrions la véritable nature
du temps que dans la mesure où nous le saisissons par notre esprit, càd.
en tant qu’objet de
pensée (voir la référence à BERGSON ci-dessus) ?
II – TEMPS SUBJECTIF ET TEMPS OBJECTIF
A) Le temps n’est pas dans les choses
Si le temps est dans la conscience, faut-il en conclure qu’il n’est pas dans les choses ? Et/ou
qu’il n’est pas objectif ? Ces deux questions, en fait, ne sont pas identiques, ni même
consécutives logiquement.
En effet, si le temps n’est pas, au sens d’une réalité physique ou
métaphysique, il existe néanmoins, en tant que relation idéelle (ou purement mentale)
mettant en relation la conscience qui pense et les objets qu’elle se représente.
Si donc le
temps n’est jamais une réalité objective en tant que « posée comme une chose en face de
nous » (KANT, Critique de la raison pure), ni non plus réductible à une simple représentation
contenue à l’intérieur de mon esprit, sans rapport avec la réalité extérieure, c’est qu’il existe
précisément en tant que « structure universelle » de la conscience (humaine ou animale,
voire végétale) permettant de percevoir et d’inscrire les phénomènes dans la dimension de la
succession continue évoquée plus haut (tout comme l’espace permet quant à lui
d’appréhender le réel selon les principes de la distance et de la juxtaposition).
Ainsi, le temps possèderait bien une objectivité, mais qui ne serait que structurelle ou
formelle, et non matérielle (voir repère), dans la mesure où n’étant pas....
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