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Les variations de la conscience morale fournissent-elles un argumentcontre le caractère absolu du devoir ?

Publié le 15/05/2020

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« Les variations de la conscience morale fournissent-elles un argument contre le caractère absolu du devoir ? INTRODUCTION.

— Dans son effort pour comprendre le monde, l'homme aspire à établir des rapports nécessaires entre les faits qu'il lui est donné d'observer; il ne lui suffit pas de constater ce qui est; il n'a de repos qu'une fois parvenu à voir que les choses ne peuvent êtreautrement, en sorte que quiconque comprend les données du problème ne peut, sous peine de contradiction, penser différemment.

Si cetidéal n'a été réalisé que dans le domaine des mathématiques, toutes les sciences tendent à s'en rapprocher, car les exigences de l'espritsont partout identiques.

Mais il est un groupe de sciences qui jusqu'ici n'ont guère progressé dans ce sens : les recherches concernant lavie spirituelle de l'homme, et en particulier, la morale.

Dans ce domaine, les penseurs sont bien éloignés de l'entente, et les idées duvulgaire témoignent d'une extrême divergence.

Les réactions de la conscience sont fort diverses suivant les époques, les civilisations etles individus.

Ces variations scandalisent les âmes droites, et on peut se demander si elles ne fournissent pas un argument contre lecaractère absolu du devoir. I.

— LE FAIT : LES VARIATIONS DE LA CONSCIENCE. Tout d'abord, il ne sera pas mutile, pour mieux saisir la gravité du problème, de nous rendre compte de l'importance des variations de laconscience morale suivant les individus et suivant les temps. A.

Il n'est pas nécessaire, pour observer l'instabilité de la conscience morale, de nous reporter aux périodes lointaines qui ne nous sontconnues que par l'histoire ou par les conjectures des préhistoriens.

Il suffit d'observer autour de nous et de regarder un peu en nous : à lamême époque et au même stade de civilisation, nous pourrons être témoins de jugements moraux bien différents suivant lescirconstances et suivant les individus.Les exigences de la conscience ne sont pas les mêmes chez le commerçant et chez le militaire, chez le paysan et chez l'ouvrier.

Ici, lecode de l'honneur prime le code de la morale; ailleurs, c'est la morale qui l'emporte.

Il existe une morale des affaires qui admet bien desaccrocs aux règles considérées comme sacrées par les honnêtes gens, et en politique on admet couramment une maxime réprouvée parles moralistes : La lin justifie les moyens.Dans le même milieu social, les divergences sont profondes suivant les Individus : il est des commerçants qui se feraient un scrupule depercevoir mi bénéfice supérieur au taux généralement admis; d'autres pour lesquels la morale ne saurait limiter la hausse des prix,l'acheteur ayant toujours la faculté de se renseigner sur la valeur réelle des marchandises et de s'adresser à un autre fournisseur ou biende s'abstenir; on en trouve, enfin, chez qui la notion de juste et d'injuste ne semble pas intervenir et qui ne paraissent sensibles qu'à lacrainte des gendarmes et des tribunaux.Bien, plus, le même individu peut, suivant les périodes ou suivant les circonstances, se montrer d'une délicatesse de conscience quitouche au scrupule ou, au contraire, tomber dans un laxisme voisin de l'amoralité.

Les uns, très stricts dans les questions de justice,oublient toutes lés règles sur le chapitre des moeurs; tel qui serait honteux de s'être indûment approprié quelques francs n'éprouvera pasle moindre regret d'avoir, par jalousie ou vanité, démoli la réputation d'un camarade.

On sait aussi combien la passion transforme lesâmes et donne un regard nouveau : sous son emprise, il se produit une profonde révolution dans la conscience, qui juge légitime oumême admirable une conduite que, peu de semaines auparavant, elle aurait estimée criminelle.La conscience individuelle n'est donc pas ce juge impassible et immuable qu'imagine une morale simpliste : elle est soumise à l'influencedu milieu et se ressent profondément de la vie affective de chacun. B.

Mais quand on parle des variations de la conscience, on songe surtout à sa constante évolution au cours du temps.

En définitive, dansla plupart de ses réactions, la conscience individuelle semble bien n'être guère que l'écho d'une civilisation et on observe des divergencesfondamentales entre les exigences de la conscience de l'homme moderne et celles, non pas seulement du primitif, mais encore du Grecet du Romain qui nous ont civilisés jadis.

Nous ne donnerons que quelques exemples.Nous sommes pénétrés de nos jours du sentiment de la valeur de la personne humaine, sentiment essentiel à la doctrine chrétienne etauquel la morale kantienne a donné un renouveau.

Or, cette valeur a été complètement méconnue par l'antiquité païenne, qui, parailleurs, avait tant fait pour affiner l'esprit.

Les âmes les plus délicates trouvaient normal qu'une grande partie de l'humanité fût née dansl'esclavage et restât à l'égard de ses maîtres dans une dépendance absolue, que l'enfant appartient à son père au même titre que lebétail, et pût, comme lui, être vendu ou mis à mort.À plus forte raison la conscience antique ne mettait-elle aucune limite au droit de propriété sur les choses.

Bien plus, jusqu'à nos jours làloi considère ce droit comme essentiellement individuel : le titulaire d'une propriété peut faire de ses biens l'usage qui lui plaît sans qu'onpuisse avoir contre sa gestion le moindre recours légal; un père de famille qui, pour mener une vie de plaisir, dilapide l'héritage reçu deses parents n'outrepasse pas son droit absolu et la loi protège l'exercice de ce droit jusque dans ses abus.

Mais la conscience moderne sefait de la propriété une conception notablement différente : si elle lui reconnaît toujours une fonction individuelle, elle met en un reliefparticulier sa fonction sociale ou communautaire : en conscience, le propriétaire ne peut pas faire de ses biens n'importe quel usage; il ale devoir strict de chercher le bien commun, et demain, peut-être, la loi, confirmant les exigences nouvelles de la conscience sur ladestination des richesses, le réduira au rôle d'administrateur, au bénéfice principal de la collectivité (nation ou famille), des biens héritésde ses parents ou même de ceux qu'il a pu lui-même amasser par son travail.Le profit, qui fut, dans les temps modernes, la source principale des grandes fortunes, passait naguère pour légitime.

De nos jours ondoit, pour le légitimer, y voir une prime attribuée à l'entrepreneur pour le risque couru.

Mais par là même on accorde indirectement que leprofit proprement dit est un vol déguisé au détriment de l'ouvrier ou du consommateur.

Nous sommes à la veille de ne plus admettre quedeux sources légitimes de gain : d'abord et avant tout le travail personnel; ensuite, l'intérêt des sommes engagées dans les entrepriseset collaborant à la production.

Qui sait si un jour ne viendra pas où cette seconde source elle-même sera reconnue impure, en sorte que letravail restera le seul moyen moral de gagner sa vie ?Nous le constatons, à moins qu'elle soit assoupie sous la pression de la routine, la conscience morale est naturellement inquiète,découvrant toujours quelque chose à reprendre dans des conceptions jugées irréprochables jusque-là.

Aussi évolue-t-elle constamment,en sorte que l'histoire des idées morales est l'histoire de ses variations. II.

— LE PROBLÈME : LES VARIATIONS DE LA CONSCIENCE ET LE SCEPTICISME MORAL. Des contradictions entre les opinions humaines, les sceptiques de tous lès temps ont tiré, en faveur de leur thèse, un argument qui nemanque pas d'impressionner : si la raison est capable de justifier des doctrines diamétralement opposées les unes aux autres, quelleassurance pouvons-nous avoir de sa valeur? Ne vaut-il pas mieux s'abstenir de prendre parti et rester sur une prudente réserve ?Il en est de même dans le domaine moral.

La conscience morale — qui n'est d'ailleurs qu'une forme particulière de la raison — porte,suivant les temps, suivant les lieux, suivant les personnes, des appréciations différentes.

Pouvons-nous, dans ces conditions, faire fondsur ses jugements et considérer ses évidences comme indiscutables ? Sans doute, elle nous donne des ordres sans réplique et sansappel, mais comme un enfant capricieux qui exigera demain ce qu'il refusait obstinément aujourd'hui, le devoir se présente commeabsolu, mais il est, en réalité, aussi relatif que les opinions des hommes et même que leurs intérêts et que leurs passions.. »

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