HGGSP – HISTOIRE ET MÉMOIRES
Publié le 10/06/2026
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HGGSP – HISTOIRE ET MÉMOIRES
INTRODUCTION : Histoire et Mémoires, Histoire et Justice
Par leur fréquence, leur intensité et leur violence, le XXe siècle, marqué par deux guerres mondiales
et de nombreux conflits régionaux, peut être considéré comme le siècle des guerres.
Il est aussi celui
des génocides, ces massacres planifiés et mis en œuvre par les États à l'encontre d'une population
dans son ensemble.
Guerres, massacres de masse et génocides : autant de victimes dont il a fallu
entendre et comprendre la mémoire, de coupables qu'il a fallu juger au nom d'un droit international
qui s'est construit en même temps que se posaient les questions de justice.
Problématique : Comment la justice et l'histoire permettent-elles la reconnaissance des mémoires
des victimes de crimes de masse et de pratiques génocidaires ?
I.
Quelle différence entre histoire et mémoire ?
L'histoire, une science
L'histoire est une discipline scientifique qui étudie et interprète les faits et événements du passé
humain à partir de sources variées.
Elle vise à comprendre les évolutions, les continuités et les
ruptures, en restituant ces faits dans leur contexte social, économique, politique et culturel.
Caractéristiques fondamentales :
• La méthode scientifique : démarche critique qui confronte les sources (textes, témoignages,
archives, objets) pour identifier leur fiabilité et leur pertinence.
• La temporalité : identification des causes, conséquences et interactions entre les
événements.
• Objectivité et subjectivité : l'historien cherche l'objectivité mais son travail reste influencé par
son époque et son point de vue.
• La finalité : interroger le passé pour éclairer le présent et mieux comprendre les enjeux du
futur.
Marc Bloch (Apologie pour l'histoire ou métier d'historien, 1949 posthume) définit l'histoire comme «
la science des hommes dans le temps ».
La mémoire, un outil pour l'historien
Parler de mémoire, c'est parler d'un point de vue, d'un témoignage d'une victime (ou d'un bourreau).
En 1996, Antoine Prost (Douze leçons sur l'histoire) définit la mémoire comme un élément affectif qui
isole un événement de son contexte.
À la différence de l'histoire, la mémoire n'est donc pas replacée
dans un ensemble complexe.
On distingue la vision subjective des mémoires et celle dite objective
de l'histoire.
Si la mémoire est très utile pour l'historien, elle n'est qu'un élément parmi d'autres.
L'histoire des mémoires se développe dans les années 1980 autour des travaux de Pierre Nora sur
les lieux de mémoires.
Devoir de mémoire et lois mémorielles
Avec le développement de l'histoire des mémoires et la mise à jour des questions relatives à la
collaboration en France (affaire Papon), l'État français met en place un véritable devoir de mémoire
et une série de lois mémorielles dont l'objectif est « de donner un point de vue officiel sur des
événements historiques » :
• Loi Gayssot (1990) : interdit le négationnisme, c'est-à-dire le fait de nier l'existence de la
Shoah.
• Loi de 2001 sur la reconnaissance du génocide arménien.
• Loi Taubira : reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité.
• Loi de 2005 sur la reconnaissance en faveur des Français rapatriés après la guerre d'Algérie.
L'article 4 imposait une lecture positive de la colonisation française → polémique.
En 2005, une pétition de 19 historiens « Liberté pour l'histoire » réclame l'abrogation des lois
mémorielles qui entravent la liberté scientifique.
Pierre Nora parle même de « tyrannie de la mémoire
».
II.
Crime contre l'humanité, génocide : vers la construction d'une justice
historique ?
Des pratiques génocidaires antérieures
Le premier génocide du XXe siècle est celui perpétré par l'Allemagne contre les peuples Herero et
Nama dans le sud-ouest africain entre 1904 et 1907.
Le 2 octobre 1904, l'Empereur ordonne
l'anéantissement du peuple.
À la fin du conflit, les Herero et les Nama sont décimés à près de 80 %.
Dans l'Empire Ottoman, la minorité arménienne (10 % de la population) est persécutée depuis la fin
du XIXe siècle.
En 1915, accusés de soutenir la Russie, le ministre de l'intérieur Talaat Pacha décide
d'appliquer un plan d'extermination sous couvert de déportation.
Sur les 2 millions d'Arméniens vivant
dans l'empire en 1914, 1,3 million sont massacrés entre 1915 et 1917.
Arnold Toynbee parle en 1917
de « meurtre d'une nation ».
Les Alliés veulent mettre en place un tribunal international qui ne verra
jamais le jour.
Définir le génocide
Durant la Seconde Guerre mondiale, les Alliés décident dès 1943 de punir les criminels de guerre.
Le
procès de Nuremberg juge 21 responsables du régime nazi entre novembre 1945 et octobre 1946.
Quatre chefs d'inculpation : crimes contre la paix, complot, crimes de guerre et crimes contre
l'humanité — notion apparaissant pour la première fois.
Le concept de génocide créé en 1944 par
Raphaël Lemkin (juriste juif d'origine polonaise) est écarté.
En 1948, sa Convention pour la
prévention et la répression du crime de génocide est approuvée à l'unanimité par l'Assemblée
générale de l'ONU.
Le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, en
tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux :
• Meurtre de membres du groupe
• Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe
• Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa
destruction physique totale ou partielle
• Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe
• Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe
Différence entre génocide et crimes de masse
Les crimes de masse appartiennent à la catégorie des crimes contre l'humanité mais n'ont pas pour
objectif la destruction totale d'une population définie.
Ils répondent à deux logiques : terrifier les
populations pour les soumettre (massacres sur le front de l'Est) ou éradiquer une population comme
à Srebrenica en 1995 (8 000 hommes et adolescents musulmans bosniaques).
Crimes de masse et
génocides sont souvent concomitants et peuvent se confondre comme à Srebrenica.
Conclusion : Histoire, mémoire et justice sont des notions complémentaires et parfois en
concurrence.
Si la mémoire est devenue centrale dans la sphère politique (commémorations, lois
mémorielles), elle n'est qu'un des nombreux outils disponibles pour l'historien.
La justice a pris
conscience de son rôle majeur en matière de génocides, en mettant en place des concepts juridiques
et en travaillant à la reconnaissance des victimes.
AXE 1 – Histoire et Mémoires des Conflits
« La guerre de 1914 n'appartient à personne, pas même aux historiens.
» (Jay Winter et Antoine
Prost, Penser la Grande Guerre).
La guerre de 1914-1918, comme celle d'Algérie, a marqué
profondément les sociétés.
Face aux enjeux mémoriels majeurs, l'histoire peut se retrouver
prisonnière des lectures politiques des guerres et de leurs mémoires.
Problématique : Comment les recherches historiques permettent-elles de renouveler et de
compléter les mémoires des conflits ?
I.
Les causes de la Première Guerre mondiale
A.
Une histoire soumise aux enjeux politiques
Déclenchement : assassinat de l'archiduc François-Ferdinand par un nationaliste serbe le 28 juin
1914.
Causes profondes : montée des nationalismes, tensions franco-allemandes (revanche après
1871), alliances (Triple Entente : France, Royaume-Uni, Russie / Triple Alliance : Empire ottoman,
Autriche-Hongrie, Allemagne).
Poussées nationalistes dans les états multinationaux, conflits
balkaniques dès 1912.
Traité de Versailles (1919) : article 231 → responsabilité de l'Allemagne et de ses alliés pour toutes
les pertes de la guerre.
Réparations imposées.
Nombreux mouvements politiques allemands
dénoncent ce « diktat ».
En France, Pierre Renouvin (historien et ancien combattant) insiste en 1925 sur les causes multiples
du conflit mais désigne l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie responsables.
Jules Isaac met en avant les
responsabilités partagées et la haine de la guerre.
Pour cette première génération à la fois acteurs,
témoins et historiens, les enjeux politiques poussent à des interprétations politiques.
En Allemagne,
le rejet du traité et l'arrivée des nazis empêchent tout travail historique.
Partout en Europe, le poids
des commémorations limite les approches critiques.
B.
Le rapprochement franco-allemand, moteur de la recherche
L'Allemagne sort profondément meurtrie du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale.
Les
historiens allemands se concentrent sur la compréhension de la barbarie nazie, notamment en RDA
dans un contexte de guerre froide.
Fritz Fischer (1961) : Professeur à Hambourg, il publie Les buts de guerre de l'Allemagne impériale,
1914-1918.
Selon lui, l'Allemagne impériale est la principale responsable et a cherché à affaiblir la
France, mettre à distance la Russie et dominer économiquement l'Europe centrale.
Ces thèses
s'imposent progressivement dans le débat public et s'inscrivent dans une logique de réconciliation
franco-allemande.
Sur le plan politique, le traité de l'Élysée (Adenauer/De Gaulle) favorise une coopération accrue.
Point culminant : cérémonie de Verdun en 1984 où Helmut Kohl et François Mitterrand se prennent la
main.
La question politique des responsabilités est désormais écartée au profit de nouveaux axes de
recherche (violence des sociétés, vie des civils, poids des empires coloniaux…).
C.
Des recherches historiques relancées par le centenaire
La mission du centenaire (lancée en France en 2012) s'appuie sur un réseau international
d'historiens, une grande collecte d'archives privées et des commémorations pendant quatre ans.
Les
limites de la Première Guerre mondiale sont repoussées :
• Chronologique : intégration des guerres balkaniques (dès 1912) jusqu'aux....
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