Cours Philosophie terminale: la religion
Publié le 17/05/2026
Extrait du document
«
Partie 2
Comment vivre heureux ?
Chapitre 8
La religion
Introduction
Si autrefois la religion conditionnait la plupart des dimensions de la vie
sociale et individuelle, les Eglises semblent aujourd’hui perdre de leur
influence.
L’Occident connaît aujourd’hui une phase de « déchristianisation
».
De nombreux signes en témoignent : déclin des traditions, laïcisation
de la société, critique des valeurs de l’Eglise, crise des vocations, baisse
de la fréquentation des lieux de culte et autonomisation des activités
économiques artistiques et scientifiques par rapport à la religion…
Pourtant, au-delà de l’Europe, dans bien d’autres régions du monde, il est
possible d’observer des renaissances religieuses (comme celle du
catholicisme dans les pays de l’est, après l’effondrement du système
soviétique, en Afrique ou en Amérique du Sud).
Faut-il en conclure que la croyance religieuse est vouée, à
l’époque moderne, à une sorte de déclin inexorable ? La modernité
se caractérise-t-elle par l’effacement social de la religion ou bien
Dieu, inversement, est-il de retour ? Vivons-nous « la mort de dieu »
(célèbre formule de Nietzsche) ou bien au contraire assistons-nous à un «
retour » du religieux comme le laisse penser l’essor actuel de l’Islam
radical ou des mouvements évangélistes dans différentes parties du
monde ?
I – Les hommes ont-ils besoin de croire ?
1/ La religion face à la science : la détresse infantile
« Pour bien se représenter le rôle immense de la religion, il faut envisager tout ce qu’elle
entreprend de donner aux hommes ; elle les éclaire sur l’origine et la formation de
l’univers, leur assure, au milieu des vicissitudes de l’existence, la protection divine et la
béatitude finale, enfin elle règle leurs opinions et leurs actes en appuyant ses
prescriptions de son autorité.
Ainsi remplit-elle une triple fonction.
En premier lieu tout
comme la science mais par d’autres procédés, elle satisfait la curiosité humaine et c’est
d’ailleurs par là qu’elle entre en conflit avec la science.
C’est sans doute à sa seconde
mission que la religion doit la plus grande partie de son influence.
La science en effet ne
peut rivaliser avec elle, quand il s’agit d’apaiser la crainte de l’homme devant les dangers
et les hasards de la vie ou de lui apporter quelque consolation dans les épreuves.
La
science enseigne, il est vrai, à éviter certains périls, à lutter victorieusement contre
1
certains maux : impossible de nier l’aide qu’elle apporte aux humains, mais dans bien
des cas elle ne peut supprimer la souffrance, et doit se contenter de leur conseiller la
résignation »
Freud.
Nouvelles conférences sur la psychanalyse.
1915.1917
Dans ce texte, Freud montre que la religion remplit trois fonctions, qui
correspondent à des attentes permanentes des hommes et qui couvrent
des aspects fondamentaux de l'existence humaine.
- Fonction théorique : La religion résout les questions que l'on peut
se poser sur l'origine des choses ; Comme l’a montré Auguste
Comte, dans l’état théologique la religion répond aux questions
relatives aux causes premières, aux interrogations portant sur le
pourquoi des choses.
Les mythes des sociétés primitives, le récit
biblique de la Genèse comblent le désir humain de savoir à propos
de l'apparition du monde et des hommes (cosmogonies).
La science rentre en concurrence avec la religion sur ce point car
elle répond aussi au besoin de savoir.
Mais le savoir qu'elle
propose est moins ambitieux :
1.
Il concerne le « comment » des choses.
Une loi scientifique rend
compte d'un fonctionnement, non d'une apparition ; Ainsi, la
théorie du big-bang, par exemple, ne permet de répondre ni à la
question « Pourquoi le monde ?», ni même à la question «
pourquoi le big-bang et pas autre chose ? »
2.
Les théories scientifiques sont destinées à être inlassablement
refaites, alors qu'un dogme religieux est par définition impossible
à modifier.
On a donc d'un côté une vérité en construction
permanente et, de l'autre, une vérité affirmée comme définitive
et originelle en même temps.
-
Fonction psychologique : elle rassure ensuite les hommes et leur
garantit un réconfort dans le malheur ; La religion est consolatrice,
rassurante.
Le texte use de termes « protéger » « apaiser »,
« consoler » qui pointent le rapport du discours religieux à des
affects.
La religion sert moins ici à contempler la vérité qu’à
satisfaire des affects, des besoins, des désirs.
1.
Besoin ou désir de protection .
Il semble bien que quelles que
soient les religions, les hommes attendent des dieux auxquels ils
vouent un culte une tutelle protectrice.
Par des rites, par des
prières, par des sacrifices ils cherchent à apaiser leurs courroux,
à attirer sur eux leurs faveurs.
2.
Besoin d’être apaisé.
Les dangers ne manquent pas dans une vie
d’homme.
Maladies, échec sentimental ou professionnel, solitude,
misère, guerres, deuils, proximité de la mort.
Notre condition est
bien celle d’un être misérable.
Vivre c’est être exposé aux aléas
de la vie de telle sorte que le souci, l’inquiétude, l’angoisse sont
notre lot commun.
D’où l’intérêt d’un discours qui, à défaut de
2
dissiper les craintes les tient en respect par la confiance en une
puissance protectrice et bienveillante.
3.
Besoin d’être consolé et d’espérer un monde meilleur.
L’homme
désire être heureux ; or il a souvent rendez-vous avec le
malheur.
Il lui semble que le bonheur devrait être la récompense
de la vertu or il observe parfois que le bon est accablé tandis que
tout semble réussir au méchant.
On comprend là encore
l’avantage d’un discours aidant à supporter les épreuves en leur
donnant un sens et qui invite à l’espérance d’un au-delà où la
miséricorde divine effacera les souffrances présentes et donnera
la béatitude paradisiaque.
Il va de soi que la connaissance scientifique ne peut donner de
telles satisfactions.
Le but de la science est la découverte de la
vérité et non l’assistance psychologique et morale des hommes.
Pire, la science est accusée d’être elle-même la source de certains
malheurs.
-
Fonction politique : elle impose aux hommes des normes morales.
Elle consiste à « donner des préceptes », à « édicter des interdits et
des restrictions », à dicter la conduite des hommes.
Dimension
morale de la religion : La croyance au divin s'accompagne dans
toutes les religions de règles de vie (interdits alimentaires,
pur/impur…).
La morale religieuse a l'énorme avantage de régler les
relations entre les hommes et d'instaurer une paix sociale
bienfaisante.
Dans ce domaine, la science n'a évidemment rien à dire ou à
conseiller.
Elle est étrangère à la moralité, les valeurs qui règlent
la science n'ont rien à voir avec le bien et le mal : une loi physique
est juste ou fausse, elle ne peut être qualifiée de bonne ou
mauvaise.
La science dit ce qui est, non ce qui doit être.
La
religion, quant à elle, dit certes ce qui est (« Dieu ») mais,
surtout, ce qui doit être ou ce qui ne doit pas être.
Freud est alors amené à établir une thèse : en remplissant beaucoup
mieux que la science les trois fonctions, la religion correspond à un désir
d'origine infantile.
La religion répond donc à un besoin
psychologique fort : celui d’être consolé.
Voilà ce qu’est la
religion : une illusion consolatrice.
2/ « La religion est l’opium du peuple ».
La formule traditionnelle disant que Dieu a créé l'homme à son image est,
selon Ludwig Feuerbach dans L'Essence du christianisme, une simple
formulation inversée du processus réel : l’homme a fait Dieu à son image.
3
L'homme a conscience de son impuissance et se représente les pouvoirs
infinis qui sont ceux de son espèce humaine en les projetant hors de lui.
En sorte que la distinction entre l'humain et le divin n'est pas autre chose
que la différence qu'il y a entre l'individu, qui se perçoit comme limité, et
le genre humain dont la perfectibilité est infinie : Tous les attributs de
Dieu ne sont ainsi que les attributs de l'homme portés à l'infini.
De là l'anthropomorphisme de toute religion : Dieu n'est autre que la
projection imaginaire de l'humanité elle-même ; les attributs de Dieu
sont les attributs de l'espèce, projetés à l'extérieur dans Dieu.
L'homme
doit se dépouiller de ses pouvoirs pour les attribuer à Dieu : « Pour
enrichir Dieu, l'homme doit se faire pauvre ; pour que Dieu soit tout,
l'homme doit n'être rien.
»
Donc en créant la religion, l'homme se coupe de lui-même sans le savoir.
Il s’aliène.
Aliénation signifie ici appauvrissement de soi au profit d'un
être imaginaire qui s'enrichit de tout ce qui me constitue et dont je me
dépouille.
Plus je projette mes qualités humaines en Dieu, plus je
m'appauvris.
Ainsi, en adorant Dieu, l'humanité ne fait que s'adorer ellemême.
L'adoration n'est rien d'autre qu'un narcissisme hypostasié.
Dans la lignée de Feuerbach, Marx va montrer que la religion est bien une
aliénation de l'essence humaine ; elle est « l’opium du peuple » : « La
misère religieuse est d'un côté l'expression de la misère réelle et d'un
autre côté protestation contre cette misère.
La religion est le soupir de la
créature....
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Le Langage - Cours Complet Philosophie Terminale
- cours philosophie religion
- Cours de Philosophie : Le bonheur – Lettre à Ménécée
- LA CONSCIENCE (résumé de cours de philosophie)
- cours sur l'Etat (philosophie politique)