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Cours d'histoire et historiographie du 19ème siècle

Publié le 10/01/2026

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« Chapitre 7 : La Russie d’Alexandre II : l’impossible libéralisation politique ? Nous allons nous interroger sur la politique du tsar libérateur Alexandre II, qui a « libéralisé l’autocratie ».

« Je voulais, ayant pris sur moi tout ce qui était difficile et pénible, te laisser un pays en paix, organisé et heureux.

La providence en a décidé autrement.

» sont les ultimes paroles du tsars Nicolas Ier (le tsar de fer, 1825-1855) à son fils Alexandre II le 14 février 1855, lors de la débâcle de la guerre de Crimée.

Nous ne sommes pas tout à fait sûrs de leur l’origine mais elles sont toujours répétées par les historiens de cette Russie et par l’une des dernières biographes d’Alexandre II.

Le fait même de répéter des paroles incertaines est fondamentale pour l’historien car peu importe qu’elles soient vrai ou fausses, elles donnent un éclairage juste. Le 14 février 1855 le pays n’est ni organisé, ni heureux.

Et pourtant, il manifeste sa joie à l’annonce de la mort du tsar et de l’annonce de son successeur ; c’est le reflet de la détestation qu’a suscité de tsar Nicolas Ier et de l’espoir que placent les élites russes dans un héritier dont pour une fois toute l’éducation a tendu à faire de lui ce qu’on appelle le bon prince (grâce aux leçons de précepteurs civils, de diplomates, d’instructions militaires). D’après l’ouvrage d’Hélène Carrère d’Encausse, Alexandre II, Paris, 2008.

Faudrait-il évoquer d’amblée la bombe jetée le long du canal Catherine à St Pétersbourg, fatale à Alexandre II le 1 mars 1881 comme le fait D’Encausse ? Ce serait commencer par la fin.

Si elle le fait pourtant dès l’introduction de sa biographie, c’est pour souligner l’échec de la libéralisation politique du pays avec l’assassinat de ce tsar, c'est à dire le paradoxe du destin du tsar que la tradition russe appelle le « tsar libérateur », le surnom d’Alexandre II pour avoir libéré les paysans russes du servage.

Dans ce cours, on va faire comme s’il n’était pas mort en 1881, de manière à ne pas contaminer l’interprétation de l’action d’Alexandre II avec le biais rétrospectif de l’échec (il faut laisser s’exprimer les possibles pour ne pas se tromper dans l’interprétation). er Comment libéraliser une autocratie ? I.

Evidente nécessité des réformes A.

Qu’est-ce-que l’autocratie ? La Russie couvre un immense territoire 19 millions de km pour 75 millions d’habitants en 1858.

Son territoire s’étend de la Vistule à l’ouest jusqu’au Pacifique à l’est.

Il regroupe une centaine de nationalités différentes dont la majorité de la population est certes Grand-Russe, mais dans laquelle on retrouve aussi des Ukrainiens, des Russes Blancs, des Finlandais, des Baltes, des Polonais, des Allemands, des Géorgiens, des Kazakhs, des Tatares ...

Cet Etat multinational, multilingue et multiconfessionnel ne peut trouver son unité que dans la fidélité au souverain, le tsar. 2 Le tsar est dans une position politique ambiguë et complexe.

Depuis Pierre Le Grand (règne : 1682-1725)et la grande Catherine II de Russie (règne : 1762-1796), on observe dans cet Empire une forme d’européanisation voire de germanisation de la forme du pouvoir.

En même temps, le tsar Russe demeure un despote oriental, héritier de l’Empire Byzantin.

Les dirigeants jusqu’à Vladimir Poutine inclus sauront toujours jouer de cette double affiliation. Le tsar est le père de tous les sujets, il est le monarque de droits divins, il contrôle la religion officielle et son église orthodoxe par l’intermédiaire d’un personnage important, le procureur général de St-Synode (dans les églises orthodoxes, le Saint-Synode est l’institution collégiale au somme de la hiérarchie religieuse, il a été créé par Pierre le Grand en 1721) sur lequel il s’appuie pour faire régner l’ordre politique et social. La Russie est une autocratie : c’est un régime politique dans lequel la parole du souverain (tsar) et ses décrets (oukase) ont force de loi (il n’est pas nécessaire de les mettre à l’écrit) et sont appliqués dans les 81 gouvernements de l’Empire, régions (oblast) et districts (okroug).   C’est la noblesse de fonction qui occupe l’administration de cet Empire.

Elle représente un registre des nobles, qui est dévolu à occuper les postes administratifs, tandis que la bourgeoisie, qui conquiert ces places en occident, est très peu nombreuse dans cet Empire russe, surtout lorsqu’on la compare à la masse des serfs, qu’ils soient dans les domaines de l’Etat ou qu’ils servent à l’aristocratie foncière. Les serfs (moujik) sont des paysans n’ayant aucune liberté personnelle, étant rattachés à une terre et assujetti à des obligations spécifiques.

On appelle ça le système de servage, une « condition de quiconque est tenu par la loi, la coutume ou un accord, de vivre et de travailler sur une terre appartenant à une autre personne et de fournir à cette autre personne, contre rémunération ou gratuitement, certains services déterminés, sans pouvoir changer sa condition ». Règne d’Alexandre Ier (1801-1825) : Les velléités (intentions qui n’aboutissent pas à une décision) libérales d’Alexandre I au début du siècle, à savoir par exemple de donner une constitution libérale à la Pologne, se taisent rapidement.Dans son entourage, ce sont le général militaire Araktchéïev et le frère du tsar (futur Nicolas I ) qui dirigent la Russie d’une main de fer. er Les guerres napoléoniennes notamment la défaite d’Austerlitz du 2 décembre 1805 (importance diplomatique et lourdeur des pertes russes, entre 25 0000 et 28 000 morts ).

En 1807, l'empereur Alexandre Ier de Russie et Napoléon ont signé le traité de Tilsit, qui a mis fin à la guerre de la Quatrième Coalition (Russie, Prusse, Saxe, Suède et Grande-Bretagne contre la France), accordant la victoire à la France.

Selon le deuxième traité de Tilsit, signé entre la France et la Prusse, le roi de cette dernière a par ailleurs cédé à Napoléon près de la moitié de ses territoires d'avant-guerre.

Sur ces terres, Napoléon a créé le royaume de Westphalie, le duché de Varsovie et la ville libre de Dantzig ; les autres territoires cédés ont quant à eux été attribués à des États clients de la France et à la Russie.

Le traité de Tilsit a fait de la Russie et de la France des alliés contre la Grande-Bretagne et la Suède. Cela a cependant créé une situation difficile qui a abouti à la guerre de la Cinquième coalition (Empire autrichien et Royaume-Unic vs France et ses alliés) En 1811, celui-ci a d’ailleurs déclaré à l’adresse de l'ambassadeur français à Varsovie : « Dans cinq ans, je serai le maître du monde ; il ne reste que la Russie, mais je l'écraserai ». L'« amitié » des deux empereurs était par conséquent pour le moins fragile.

« C’est un véritable grec du Bas- Empire », disait Napoléon à propos d'Alexandre, qui se distinguait par son insaisissabilité et n'aimait pas être franc. Le congrès de Troppau réunit d’octobre à décembre 1820 des représentants des Etats autrichien, prussien et russe afin d’examiner les mesures à prendre face à l’essor des mouvements révolutionnaires européens.

L’Autriche y annonça son intention d’intervenir militairement en Italie pour y écraser les soulèvements en cours et la diplomatie russe soutint cette décision, comme elle soutint quelques années plus tard l’intervention française en Espagne au profit des Bourbons. Dans les années 1820, le pouvoir évolue vers un conservatisme de plus en plus répressif qui conduit à l’apparition des premières sociétés anti tsaristes.

Elles voient le jour en Russie à la fin des années 1810 et au tout début des années 1820.

Animés par le souvenir glorieux des campagnes d’Allemagne puis de France qui les ont mis au contact direct de l’esprit des Lumières et des idées libérales, nombre de jeunes officiers sont rentrés en Russie pleins d’espérances politiques, les officiers et soldats rentrent chez eux avec le désir de changer les choses- de libérer les serfs et d’introduire une constitution en Russie, les idées constitutionnelles se développent.

Déçus par l’évolution conservatrice du régime, notamment l’interdiction en 1822 des sociétés secrètes, ils vont fournir les rangs de ces sociétés dont certaines seront à l’origine du coup de force décembriste de décembre 1825.

Les décembristes considéraient le renversement des Romanov comme le seul moyen d’exécuter leurs plans.

Ils étaient des officiers militaires et des nobles russes, qui étaient membres de différentes sociétés secrètes anti-gouvernementales et qui ont finalement organisé leur insurrection en 1825, parmi eux se trouvaient des membres des plus hautes familles aristocratiques de l’Empire (les gardes impériaux Alexandre Mourariov, Nikita Mouraviov, Pavel Pestel).

Ils souhaitaient renverser le gouvernement et le régime russes, arrêter le tsar et la famille impériale.

Le 14 décembre 1825, les officiers ont conduit environ 3000 soldats dans un soulèvement contre le nouvel empereur, Nicolas Ier, monté sur le trône la veille.

« De plus en plus renfermé, soupçonneux, voire paranoïaque, Alexandre mène une vie solitaire et retirée qui évoque celle de son père (…) il délaisse l’action politique au profit d’une intense pratique religieuse et, un an avant sa disparition, il a déjà, dans sa tête, quitté le pouvoir » Règne de Nicolas Ier 1825-1855 : Lorsque Alexandre.... »

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