Cours de philosophie terminale
Publié le 08/01/2026
Extrait du document
«
Remarque préliminaire
Le sens du terme philosophie renvoie à son origine grecque.
À l’époque de Platon, au IVᵉ siècle avant
J.-C., le mot se compose de philo (« j’aime ») et sophia (« sagesse »).
La sagesse désigne à la fois :
● la connaissance la plus complète, c’est-à-dire la vérité ;
● et un mode de vie, le meilleur possible, c’est-à-dire le bien.
La philosophie est donc l’activité humaine qui vise à acquérir la sagesse — une sagesse à la fois théorique
et pratique.
Classiquement, on distingue deux perspectives dans la philosophie grecque :
1. Connaître une vérité qui doit être mise en pratique
2. Connaître une vérité qui n’a pas à être mise en pratique
On parle respectivement de vérité pratique et de vérité théorétique.
La vérité théorétique relève de la contemplation ; la vérité pratique règle la vie active.
Partie I — La philosophie pratique
Section I : La morale
La morale est un système relativement cohérent de jugements du bien et du mal, ou de jugements de
valeur.
Question 1 :
Peut-on se passer de morale ?
Analyse du sujet
On : désigne l’être humain, la société ou l’individu.
À première vue, toute communauté politique et toute société reposent sur des normes et des valeurs ; il
semble donc qu’aucune ne puisse se passer de morale.
Le cœur du problème concerne alors l’individu : peut-il, lui, se passer de morale ?
Peut-on : deux sens doivent être distingués.
● Possible logiquement : cela n’est pas contradictoire.
● Possible réellement : cela peut se produire, sous certaines conditions.
Le problème devient donc : à quelles conditions serait-il possible de se passer de morale ?
Implication du problème
Il s’agit d’interroger le rapport entre l’homme et la morale.
Ce rapport est-il nécessaire ou contingent ?
● S’il est nécessaire, l’homme ne peut pas vivre sans morale.
● S’il est contingent, alors seulement la question d’une fin possible de ce rapport peut se poser.
Historiquement, on part du constat que l’homme a toujours vécu et pensé moralement.
Deux hypothèses
s’ouvrent :
1. La morale est un fait naturel, aussi nécessaire que d’autres traits humains.
2. La morale est un fait conventionnel, fruit de décisions humaines, donc contingent.
Il semble, tout d’abord, que tout système moral soit l’effet d’un sens moral qui, lui, serait naturel.
Notre
question impose donc d’examiner s’il est possible de se passer non seulement d’une morale particulière,
mais du sens moral lui-même.
Il faut ainsi se demander non seulement si l’on peut se passer d’une morale, mais aussi de toute moralité :
c’est ce qu’on appelle le dépassement de la morale.
Conformément à ce que signifie notre « peut-on » — c’est-à-dire : est-ce souhaitable ? —, nous nous
demanderons s’il n’est pas préférable de vivre et de penser sans morale, autrement dit s’il faut vivre et
penser amoralement.
Il faudra alors non seulement chercher à déterminer la viabilité d’un tel projet, mais déjà s’assurer qu’il ne
constitue pas une contradiction performative.
Parler d’un « mieux » est-ce possible sans reproduire un
jugement moral ? Conseiller de se passer de toute morale n’est-ce pas encore proposer un horizon
normatif ?
Nietzsche répond affirmativement à ces deux objections : il est possible de se passer de la morale, et il est
même souhaitable de la dépasser.
Le projet nietzschéen est critique en deux sens du terme.
Il s’agit d’abord de « critiquer » au sens courant,
c’est-à-dire émettre un jugement négatif.
À cet égard, son objet est double : Nietzsche critique les valeurs
morales elles-mêmes, mais aussi la valeur de ces valeurs, c’est-à-dire leur prétention à la légitimité.
Mais il s’agit également de « critiquer » au sens kantien, c’est-à-dire d’examiner les conditions de
possibilité de la morale.
De ce point de vue, le projet nietzschéen repose sur un fondement historique : il
s’agit de rechercher les conditions historiques de la morale.
La réalité morale est son histoire : rien que son histoire, toute son histoire, celle de son développement
comme de sa déformation.
:
⸻
Nietzsche s’oppose aux théories utilitaristes anglaises, notamment à celle de Paul Rée, concernant la
morale.
Selon ces théories, l’homme aurait inventé la morale comme un ensemble de règles permettant de
vivre en société conformément à son intérêt individuel.
L’individu, par expérience et retour d’expérience
(c’est-à-dire par rationalité), aurait compris l’avantage que lui procure la morale.
Nietzsche considère qu’il
s’agit d’un modèle psychologique fictionnel ; lui préfère expliquer l’histoire de la morale sans recourir à une
telle modélisation abstraite.
En outre, si la théorie utilitariste désacralise la morale — elle n’est ni divine ni naturelle, mais humaine et
conventionnelle — elle en maintient néanmoins la valeur d’utilité.
Ce conservatisme moral et social est
rejeté par Nietzsche, qui pense la civilisation par-delà l’utilité, comme nous le verrons.
Dans Aurore, Nietzsche propose cependant une modélisation psychologique du mécanisme qui produit les
jugements moraux.
L’affect — l’effet en nous d’une cause extérieure, proche de ce qu’on appelle une
passion — joue un rôle décisif.
La morale naît dans le contexte des relations individuelles : elle est d’abord
le fruit d’une réaction.
Elle émerge de l’effet que les actions d’autrui produisent sur un individu.
Nietzsche distingue alors trois types de jugements moraux :
1.
Le jugement porté sur l’action dont nous subissons l’effet : nous la jugeons bénéfique ou
nuisible, et, par extension, nous jugeons l’action elle-même bonne ou mauvaise.
2.
Le jugement porté sur l’intention que nous prêtons à l’auteur de l’action : son intention est dite
bonne ou mauvaise.
3.
Le jugement porté sur la personne, sur le caractère même de l’agent : il serait bon ou mauvais.
Nietzsche critique radicalement ces jugements.
Ce sont des erreurs par extrapolation :
•
on ne peut conclure, du fait qu’une personne agit d’une certaine façon dans certains cas, qu’elle
agit toujours ainsi ou envers tout le monde ;
•
on ne peut pas non plus glisser du bien pour moi (bénéfique) ou du mal pour moi (nuisible)
au bien en soi ou au mal en soi.
Dès lors, les jugements moraux ne sont pas rationnels : ils ne sont que l’expression de préférences.
Ce
sont des jugements de valeurs — non pas parce qu’ils porteraient sur des valeurs indépendantes, mais
parce qu’ils valorisent ce sur quoi ils portent.
Ainsi, la morale n’est ni rationnelle ni objective ; elle est
entièrement contenue dans ces jugements de valeurs.
L’utilitarisme, au contraire, affirme que la morale est
rationnelle et objective, réellement utile et perçue comme telle par la raison.
Il n’y a donc pas, pour Nietzsche, de phénomènes moraux : il n’y a que des interprétations morales de
phénomènes.
Là où l’utilitarisme partait d’un modèle psychologique pour comprendre les faits humains,
Nietzsche partira de l’histoire pour dégager le principe psychologique à l’œuvre dans les choses humaines.
L’histoire qui fonde la pensée de Nietzsche se distingue nettement de l’« histoire universelle » enseignée à
son époque.
Son aire géographique est beaucoup plus large, englobant notamment les civilisations
hindoues et bouddhistes, et ne se limitant pas à l’espace Moyen-Orient – Afrique du Nord – Europe.
Elle
est également élargie dans son échelle temporelle, bien au-delà des dix mille ans environ couverts par
l’histoire traditionnelle.
Comme Darwin, Nietzsche suppose un temps long et refuse de prendre les données
historiques récentes comme norme de compréhension du phénomène humain.
Cela pose toutefois une question de méthode : cette origine n’est pas accessible directement ; il faut
remonter vers elle.
Il s’agit d’une histoire de la civilisation envisagée à la fois comme processus et comme
réalisation.
Par « civilisation », Nietzsche entend l’incorporation de règles de comportement : un mode de
vie et une vision du monde structurés par ces règles.
Par exemple, une civilisation chrétienne ou
bouddhiste ne se définit pas par des traits culturels secondaires, mais par l’intériorisation de normes.
Nietzsche se concentre sur l’histoire de l’Europe, car, en tant qu’Européen, il cherche à comprendre notre
destinée et notre horizon présent.
Or l’histoire de la civilisation européenne est, selon lui, celle d’un déclin.
Ce déclin s’explique par l’introduction — puis l’amplification — d’un même phénomène : la morale.
Celle-ci
se trouve au cœur des deux racines de l’Europe : Jérusalem et Athènes.
D’une part, l’expérience juive : celle d’un peuple dominé, qui a réussi à se maintenir et qui remet sa survie
entre les mains de Dieu ; puis le christianisme, religion des humbles passée du statut de culte persécuté à
celui de religion triomphante.
D’autre part, la figure de Socrate, qui moralise la philosophie en moralisation les comportements civiques.
Socrate exige que l’on justifie rationnellement et moralement ses actions et son mode de vie.
Il
court-circuite l’instinct, auparavant sûr de lui, en imposant une norme, celle du sage.
Toute la philosophie
européenne en découle, jusqu’à la morale kantienne.
Ces deux lignées civilisationnelles finissent par se rencontrer : l’élite chrétienne puise dans le platonisme,
qui sublime Socrate, pour produire une théologie rationnelle.
Pour Nietzsche, le christianisme est un
platonisme pour le peuple.
Le déclin européen réside alors dans cette invention et....
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Le Langage - Cours Complet Philosophie Terminale
- Cours de Philosophie : Le bonheur – Lettre à Ménécée
- LA CONSCIENCE (résumé de cours de philosophie)
- cours sur l'Etat (philosophie politique)
- Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? (cours SES terminale)