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Analyse linéaire : « Vénus anadyomène » des Cahier de Douai

Publié le 25/02/2026

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« Analyse linéaire : « Vénus anadyomène » des Cahier de Douai Introduction La mythologie gréco-romaine raconte que la déesse de l'amour, Vénus serait « anadyomène », c'est-à-dire, surgie des eaux, née en pleine mer.

De nombreux textes et de nombreux tableaux évoquent cet épisode mythique.

Dans ce sonnet en alexandrin, Arthur Rimbaud s'empare également de ce motif mais il ne le fait pas de la même façon que ces textes et ces images.

En outre, dans son poème, la déesse de l'amour est une grosse femme, laide et triviale sortant de sa baignoire. Lecture expressive Plan et Problématique Nous nous demanderons en quoi ce sonnet est une réécriture parodique.

Pour répondre à cette problématique, nous verrons tout d'abord l'apparition de Vénus et la description de sa tête.

Puis, nous continuerons avec l'évocation du dos de Vénus.

Ensuite, nous étudierons la description de l'échine et de l'ensemble du corps de la vue à l'odeur.

Enfin, nous terminerons avec la chute audacieuse du sonnet. I. Apparition de Vénus et description de sa tête Le terme « anadyomène » signifie « sortie des eaux » en grec.

Le lecteur imagine donc un poète évoquant le mythe de la naissance de Vénus.

Vénus est l'image de la pureté, de la grâce, de la beauté.

Nous pouvons donc nous attendre en toute logique à un éloge de la Vénus mythologique.

Le titre crée un horizon d'attente : le lecteur pense découvrir la splendeur de Vénus, il imagine la représentation de la beauté et de la jeunesse.

Nous nous attendons également à trouver une description puisque l'auteur reprend un motif pictural.

Or, nous constatons rapidement que Rimbaud reprend ce modèle avec ironie pour en faire de la parodie.

La tête de la femme décrite apparaît en premier à la fin du 1er vers et est séparée de son complément du nom « de femme » placé au début du vers suivant.

Ce contre-rejet crée à la fois une image comique et horrifique puisqu'il suggère la vision d'une tête effrayante séparée du reste du corps.

Nous notons que « tête » rime avec « bête », cela nous montre que cette femme n'a rien de de la Vénus mythologique à en juger par les adjectifs péjoratifs qui la caractérisent et ont tendance à l'animaliser.

La lenteur de son déplacement, loin de la grâce divine est plus proche du déplacement pachydermique.

Par ailleurs, la lourdeur de cette Vénus vieillissante est soulignée par les allitérations fortes et sourdes en [r], en [f] et en [v] dans le premier quatrain.

La blondeur traditionnelle associée à la déesse est remplacée par la couleur brune avec « cheveux bruns » et l'expression « fortement pommadés » pour décrire les cheveux suggère l'artifice et non l'éclat de la chevelure naturelle.

Contrairement à ce que montre les représentations habituelles de Vénus, de nombreux éléments indiquent ici la vieillesse.

Le corps paraît en effet vieilli et abîmé avec « des déficits assez mal ravaudés », ce qui est amplifié par le décor avec une hypallage de la baignoire au v.3 et par la métaphore du cercueil au v.1.

Rimbaud substitue au coquillage de Vénus un objet trivial et quotidien, une « vieille baignoire ».

Ici, Rimbaud se plaît à prendre le contre-pied de la tradition poétique. II. Evocation du dos de Vénus L'adverbe « puis » indique que le regard continue d'évoluer et que la description se concentre sur une autre partie du corps de Vénus, le cou.

Le groupe « le col gras et gris » et l'allitération en [gr] renforce l'idée de grosseur, matérialise la graisse du personnage et participe aux grotesques de la description.

La couleur du cou « gris » s'oppose à l'éclat de la peau des femmes habituellement loué.

L'adjectif « large » rappelle le manque de finesse de cette Vénus.

Ici, Rimbaud désacralise Vénus en évoquant des parties du corps traditionnellement dénuées de sensualité et d'intérêt poétique comme les omoplates.

Le rejet « qui saille » renchérit l'impression de brusquerie et de déséquilibre.

Cette Vénus est décrite de façon morcelée ce qui la rend encore plus monstrueuse puisque chaque partie du corps semble prendre vie indépendamment des autres.

Le dos est qualifié de « court », ce qui est un contre-pied des canons de beauté traditionnelle et prend vie avec « qui rentre et qui ressort ».

Le mouvement répétitif, mécanique et lourde, avec 5 syllabes pour insister avec des allitérations en [k] et en [r] qui sont dures, parodie la sortie de l’eau de Vénus.

Il y a une 2e occurrence de « puis » qui permet au regard du lecteur-spectateur de se déplacer sur le tableau peint par le poète.

Ce sont ici les bourrelets du personnage qui sont décrits et moqués.

En effet, les mouvements dans la baignoire donnent l'impression visuelle qu'ils s'envolent comme le suggère le modalisateur « semble » et l'expression « prend l'essor ».

Il y a une allitération en [r] qui suggère la lourdeur.... »

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