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GRAND BOND EN AVANT

GRAND BOND EN AVANT

Lancé en Chine communiste à partir de mai 1958, le Grand Bond en avant se veut une voie originale vers le socialisme, directement inspirée des idées de Mao Zedong. Il donne naissance au mois d’août de la même année aux « communes populaires ». L’objectif est de tirer avantage des handicaps apparents du pays. La Chine est pauvre ? Son peuple est à l’abri de la corruption de l’abondance et plus apte à se mobiliser pour les travaux collectifs, générateurs de progrès : « Sur une page blanche, on écrit de beaux poèmes. » Les Chinois sont trop nombreux ? « Une bouche, c’est deux bras. » 26 000 communes populaires doivent être créées, vastes ensembles de 15 000 à 25 000 personnes où seront intégrées les activités des anciennes coopératives agricoles regroupées, ce qui permettra aux plus pauvres d’être aidées par les plus riches, les activités industrielles étant décentralisées et mises au service de l’agriculture (« marcher sur deux jambes », avec les célèbres « petits hauts fourneaux »[sidérurgie villageoise]). Les collèges, la milice, les infrastructures de santé sont censées compléter l’autosuffisance des communes. Mao rêve d’une Chine devenue fédération de ces communes, où régneraient discipline, unité idéologique, frugalité, égalitarisme, et où la nourriture serait gratuite. Pour des millions de paysans, que la réforme agraire (à partir de 1950) avait laissés trop pauvres et que la collectivisation dans des coopératives agricoles minuscules et sans moyens maintenait dans la disette, le rêve millénariste ressurgissait : encore quelques années d’efforts, et ce serait l’abondance et le bonheur. La Chine parviendrait au communisme (« À chacun selon ses besoins. ») avant les Soviétiques. Dès l’hiver 1958-1959, on comprit qu’il fallait déchanter. Les statistiques truquées avaient abusivement multiplié une récolte simplement bonne, gâtée en partie par des catastrophes naturelles, mais surtout par l’absence de dizaines de millions de paysans retenus loin de leur village par de gigantesques et souvent inutiles travaux de terrassement. Néanmoins, le montant des livraisons obligatoires est augmenté très au-delà du tolérable. Le maréchal Peng Dehuai (1898-1974), lors de la réunion du Comité central de Lushan, en juillet-août 1957, critique le projet et demande à Mao de faire marche arrière. Il est destitué et remplacé par Lin Biao (1907-1971). Durant les « trois années noires », de l’hiver 1959 à l’hiver 1961, la famine reparaît dans les campagnes, coûtant la vie à 13 millions (chiffre reconnu en Chine) ou 30 millions (évaluation américaine) de personnes. Il fallait trouver des responsables. D’autant plus que le schisme sino-soviétique, la progressive rupture avec l’URSS, accusée de « révisionnisme », était consommé en 1963, alors que la Chine n’hésitait pas à provoquer l’« impérialisme américain » : la crise d’août 1958, dans le détroit de Formose, faisant croire que Pékin voulait réunifier la Chine par la force, est contemporaine du lancement des communes populaires. Tout cela interdisait la marche arrière : la Chine devait devenir le nouveau centre rouge de la révolution mondiale. Le maoïsme, condamné au succès, aura gravement frappé le pays.


GRAND BOND EN AVANT. Nom donné à une période de l'évolution du communisme chinois inaugurée par le Parti communiste chinois à partir de 1958 et destinée à développer l'économie chinoise. Marqué principalement par la constitution de communes populaires, le Grand Bond en avant, qui devait accélérer la phase de transition vers la société communiste, visait à l'essor simultané de l'agriculture et de l'industrie (résumé dans le slogan « Marcher sur ses deux jambes ») par la mobilisation totale de l'ensemble du peuple chinois, galvanisé par une intense propagande. Cette politique économique fut un échec et nécessita dès 1959 un « réajustement ». Mao Zedong, inspirateur de cette politique, céda sa place de président de la République à Liu Shaoqi, secondé par Deng Xiaoping et Zhou Enlai.

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