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BOUDIAF Mohamed (1918-1992)

Homme politique algérien, chef de l’État de janvier à juin 1992. Issu d’une famille arabe de chefs traditionnels du Hodna, les Ibn Abou Diaf, Mohamed Boudiaf appartient à la branche pauvre du lignage. Né à Msila le 23 juin 1919, il y fréquente l’école primaire avant de s’inscrire au cours complémentaire du collège de Bou Saada. Le manque de ressources et une mauvaise santé le contraignent à mettre un terme à ses études. Employé au parc d’artillerie de Constantine (1941), puis au service des contributions de Djidjelli (1942), il effectue son service militaire en Algérie (1943-1945) et obtient le grade d’adjudant. De ses origines sociales, M. Boudiaf a gardé le port altier et un sens aigu du rang. Il l’a perdu dans la société, mais va le retrouver dans un parti politique, le Parti du peuple algérien (PPA), qui, après les massacres de mai 1945, attire les éléments les plus radicaux. Il y gravit très rapidement les échelons et se retrouve chef de son organisation paramilitaire (Organisation spéciale, OS) pour le Constantinois sous les ordres de Mohammed Belouizdad (1924-1952), de Hocine Aït Ahmed (1926-) et Ahmed Ben Bella. C’est dans sa région que le bras armé du PPA est découvert (1950). Condamné par contumace à dix ans de prison, M. Boudiaf entre dans la clandestinité. On lui donne pour mission l’inventaire matériel et humain de l’OS avant de l’envoyer en France où il fait partie de la direction du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Il est au centre, à l’insu de ses chefs, de toutes les tentatives de regroupement des activistes. Les circonstances répondent à ses visées au moment de la crise du MTLD. Il prend position contre le chef du parti Messali Hadj et s’associe à ses adversaires au sein du Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA) avant de s’en séparer et de rassembler autour de lui les partisans de l’insurrection immédiate, le Comité des 22. Seize d’entre eux, dont Larbi Ben M’hidi (1923-1957) et Mourad Didouche (1922-1955) avaient été ses subordonnés dans le Constantinois. Lors de la répartition des tâches entre les préposés à la direction militaire du territoire, ils sont six. M. Boudiaf est nommé coordonnateur et quitte l’Algérie le 25 octobre 1954 pour s’installer au Nador avec pour mission d’œuvrer à la formation d’une armée de libération du Maghreb. Le retour de Mohammed V au Maroc met prématurément un terme à cette entreprise. Exclu de la direction du FLN (Front de libération nationale) en août 1956, il est arrêté à l’occasion du détournement, par l’armée française, de l’avion Air-Atlas, le 22 octobre. Membre du CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne), ministre, il se place à sa libération au centre, avec Krim Belkacem (1922-1970), dans la crise du FLN. Plus hostile à Ben Bella qu’à l’armée, il fonde le 20 septembre 1963, le Parti de la révolution socialiste (PRS) et cautionne les révoltes armées contre le pouvoir en place. Assigné à résidence puis libéré, il s’exile au Maroc. Son mouvement, qui se dissoudra en 1979, animera un journal El Jarida, de tendance maoïsante. Le 14 janvier 1992, il remplace, à la demande des chefs militaires qui veulent en faire un rempart contre le Front islamique du salut (FIS), le président Chadli Bendjedid (1979-1992). Trop indépendant pour être instrumentalisé, il est assassiné le 29 juin 1992, en public, par un officier de sa garde.

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