SUEZ (crise de)
Face au refus des États-Unis et du Royaume-Uni de financer la construction du très ambitieux barrage d’Assouan, Gamal Abdel Nasser décide, dans un grand éclat de rire (discours d’Alexandrie, 26 juillet 1956), de nationaliser la Compagnie du canal de Suez, contrôlée par les Britanniques. Anthony Eden, Premier ministre du Royaume-Uni, annonce une intervention militaire afin de contrer « ce nouvel Hitler ». La France et Israël se rallient à Londres. La première croit y trouver un moyen de neutraliser le soutien égyptien au Front de libération nationale (FLN) algérien insurgé. Le second espère maintenir et protéger ses accès maritimes, mais surtout affaiblir l’Égypte qui vient de recevoir du matériel militaire soviétique par l’intermédiaire de la Tchécoslovaquie. Malgré les appels à la conciliation de la part de l’ONU et de Foster Dulles (1888-1959), ministre des Affaires étrangères américain, les troupes israéliennes, couvertes par une armada conjointe franco-britannique, attaquent et occupent la zone du canal (29 octobre 1956). L’ONU condamne l’opération alors que l’URSS menace la coalition tripartite de « représailles massives ». Le conflit prend subitement une tournure aiguë, avec un risque inquiétant d’internationalisation. Inscrit dans le contexte de la Guerre froide, il met directement en jeu les deux puissances américaine et soviétique. Pourtant, celles-ci, via l’ONU, font pression sur les belligérants pour mettre fin à un conflit qui n’aura pas duré plus de 24 heures. Les troupes militaires se retirent de la zone du canal et les casques bleus prennent la relève.
La crise de Suez constitue une victoire éclatante pour le nassérisme et le mouvement arabe. Surtout, venant après la défaite française à Dien Bien Phu (1954), elle inaugure une nouvelle période de l’histoire des relations internationales, à savoir celle de l’avènement d’un tiers monde dont le non-alignement joue sur les rapports de force entre les deux superpuissances. La crise de Suez marque la fin de l’hégémonie française et britannique : le jeu des pouvoirs est dorénavant orchestré depuis Moscou et Washington.
Suez Intervention franco-anglo-israélienne en octobre 1956 contre l'Égypte. Elle est lancée en réaction contre la nationalisation du canal de Suez par le leader égyptien, Nasser. Cette opération est une réussite militaire, mais une défaite politique : Français et Anglais doivent se retirer de la zone sous une double pression : pression financière des Américains et pression nucléaire des Soviétiques. Cette crise symbolise le recul de la France et du Royaume-Uni sur la scène internationale et confirme l'émergence des deux nouveaux Grands. CRISE DE SUEZ • 26 juillet 1956 Gamal Abdel Nasser, président égyptien et leader du monde arabe - il a intégré le Mouvement des non-alignés, passé un contrat d’armement avec la Tchécoslovaquie, alliée de l’URSS, et reconnu la Chine populaire-, indispose les Occidentaux. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ripostent, le 19 juillet 1956, en gelant leur aide financière à la construction du barrage d’Assouan. La réaction du chef de F État égyptien (le raïs) ne tarde pas : le 26 juillet, Nasser nationalise le canal de Suez (jusque-là sous contrôle international). La France et l’Angleterre engagent alors des préparatifs militaires conjointement avec Israël, tandis que les Américains s’affirment hostiles à toute intervention armée. Pourtant, le 5 novembre, après qu’un ultimatum à Nasser est resté sans réponse, et tandis qu’au terme d’une attaque foudroyante les troupes israéliennes sont parvenues à 15 kilomètres du canal, Français et Anglais débarquent en Égypte, occupent Port-Saïd et se dirigent vers le sud. Mais la victoire sur le terrain se transforme en déroute : l’URSS menaçant d’intervenir, les États-Unis et l’ONU exigent et obtiennent l’arrêt des opérations. Nasser sort fortifié de cette crise et, avec lui, les indépendantistes algériens qu’il soutient, tandis que l’Angleterre et la France perdent leur influence au Moyen-Orient. Le canal de Suez sera rouvert le 29 mars 1957.
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