Russie
Russie. L’Église orthodoxe russe a pris très vite une personnalité due à la race, aux coutumes et à la langue du pays . Evangélisée, d'après une vieille tradition, par l’apôtre saint André, se dirigeant chez les Scythes, la Russie, se targuant d’être une des plus anciennes nations chrétiennes, a en réalité connu le christianisme par les voies du Nord (Normands) et du Sud (Slaves occidentaux à la suite de l’évangélisation de saints Cyrille et Méthode, et de celle de missionnaires byzantins). Lorsque la veuve du prince Igor, Olga (devenue plus tard sainte Olga), se convertit, il y avait de nombreux chrétiens dans la région de Kiev, mais c’est avec son petit-fils, saint Vladimir, que fut rétabli le culte officiel par le baptême solennel de la ville de Kiev en 988. Nous n’avons pas à analyser ici ce que valait ce christianisme encore imprégné du culte de la Terre Mère, la «Bogoroditza», que l’influence de Byzance transformera peu à peu. Sous Iaroslav le Sage et ses successeurs, Kiev devient un centre de diffusion du christianisme dans tout le pays, mais la destruction de la ville par les Mongols en 1240 marque un temps d’arrêt. Le monachisme va jouer un très grand rôle religieux à partir du XIVe s. avec les laures de Kiev. La Russie est en lutte contre des ennemis à l’Est et à l’Ouest, et affirme son idéal national avec saint Alexandre Nevski. Devenue autocé-phale en 1448, elle tend de plus en plus à se séparer de Constantinople, et la prise de la ville par les Turcs portera le métropolite de Moscou à se considérer désormais comme le dépositaire de l’héritage byzantin. Lorsque est créé le patriarcat de Moscou en 1589, le premier patriarche étant Philarète, le père du premier tsar de la dynastie des Romanov, l’attitude filiale des premiers tsars conduira au césaropapisme. C’est l’époque de la Sainte Russie, où la spiritualité est grande : les églises sont magnifiques, les décorations somptueuses, les offices longs et beaux, ponctués de chants. La vie dévote du peuple se manifeste dans une liturgie grandiose et un art religieux de plus en plus exaltant. Avec le patriarche Nikon se produisit la querelle de la révision des Livres saints (écrits en slavon, mais recopiés, après les incendies des Tatars, sur de simples fragments). Ce retour aux sources grecques ainsi que des réformes portant sur des usages d’importance minime, mais appliquées durement, divisèrent le clergé pendant des siècles : les «vieux croyants», appelés «raskolniki», s’insurgeaient contre les réformateurs, allant jusqu’au martyre pour défendre leurs vieilles traditions. Les récits de l’archiprêtre Avvakoum, déporté en Sibérie, en sont un curieux témoignage. Ils considérèrent Pierre le Grand comme un antéchrist quand celui-ci laïcisa le pouvoir spirituel, achevant ainsi la rupture avec le passé Au siècle des lumières et des despotes éclairés, dans l’Église russe synodale, les sectes refleurirent, mais la spiritualité se réfugia dans les couvents. Après un retour du césaropapisme avec la Sainte-Alliance, le XIXe s., de plus en plus tolérant pour les sectes, et l’influence du positivisme révolutionnaire aboutirent d’une part au rétablissement du patriarcat de Moscou en 1917 et d’autre part à ces courants athées qui ont pour but d’extirper tout sentiment religieux de la société issue de la révolution soviétique. Cependant, depuis la guerre de 1939-1945, un nouveau courant idéologique et culturel a fait resurgir la vieille piété russe, en dépit de la propagande antireligieuse organisée par l’administration soviétique. Cette piété continue d’ailleurs à s’épanouir dans l’émigration, particulièrement en France et en Amérique. Il existe aussi quelques groupes uniates.