Rimbaud: « Allons ! La marche, le fardeau, le désert, l’ennui et la colère. »
Publié le 02/06/2026
Extrait du document
«
Au XVIème siècle, dans Les Regrets (« Heureux qui comme Ulysse »), le voyage de Joachim du Bellay a des accents de nostalgie de la France.
Il y puise une tradition littéraire et loue la douceur
angevine.
À l’inverse, quelques siècles plus tard, Rimbaud désespère de quitter Charleville dans les Ardennes et fugue à Paris et en Belgique.
Il écrit : « Allons ! La marche, le fardeau, le désert, l’ennui et la
colère.
»
Dans quelle mesure cette citation s’applique-t-elle à la lecture de Cahiers de Douai, aussi appelés Recueil Demeny ? En quoi cette citation reflète-t-elle le voyage personnel qu’effectue Rimbaud
dans ce recueil ?
Nous étudierons la dimension autobiographique et initiatique de ce voyage avant d’en saisir la portée révoltée, engagée.
Nous verrons que ce voyage est également symbolique dans la mesure où il
permet à Rimbaud de s’émanciper et de créer une nouvelle poésie.
I – Un voyage personnel initiatique : la marche, le désert et l’ennui
A – La ville comme point de départ
•
Dans les Cahiers de Douai, le poète cherche à s’éloigner progressivement de la ville, accompagné de la femme aimée.
À l’image de la citation du sujet, le poète se met donc en marche
pour un ailleurs.
Exemple 1 : Dans les « réparties de Nina », le poète voudrait partir avec sa dulcinée.
Le départ est énoncé au conditionnel, comme pour mieux souligner le souhait fou et la naïveté du poète.
Mais la
dernière partie du poème, au futur, retrace tout un parcours sur les routes : les amoureux traversent les vergers, un village, croisent une vache, des lilas
Exemple 2 : Dans « Rêvé pour l’hiver », Arthur Rimbaud imagine un lieu hors du temps qui permettrait aux amants de s’aimer.
« L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose / Avec des coussins
bleus.
/ Nous serons bien.
Un nid de baisers fous repose / Dans chaque coin moelleux.
»
B – Un poète vagabond
•
Paradoxalement, si le poète aspire à voyager à deux, la réalité est autre : il part seul sur les routes.
C’est en cela que l’image du désert dans la citation se comprend.
Exemple 1 : Dans « Sensation » : « Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, /Picoté par les blés, fouler l’herbe menue », ou un peu plus loin « Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, /
Par la Nature »
•
Ce voyage seul est essentiel pour communier avec la nature.
Exemple 2 : Dans le sonnet « Ma Bohème », Arthur Rimbaud écoute les étoiles : « Et je les écoutais, assis au bord des routes, / Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes / De rosée à mon
front, comme un vin de vigueur ; »
C – Le voyage sans destination d’un épicurien
•
Dans les Cahiers de Douai, le lecteur s’aperçoit que le voyage n’a pas forcément de destination : on....
»
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