Philosophie : l'ART
Publié le 09/04/2026
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Chapitre 7 : L’art
Art : deux définitions
-
La technique, la manière de faire, le savoir faire
Le beau (l’esthétique)
L’artiste vise le beau alors que l’artisan vise l’utilité
Une œuvre d’art ne sert à rien, ce qu’on cherche c’est le beau
I – L’art : beaux-arts ou savoir-faire ?
Qui dit art, dit œuvre d’art.
L’art, qui en ce sens, se dit surtout des beaux-arts et désigne
l’ensemble des procédés et des œuvres ayant pour fonction de créer le beau (non pas l’utile
comme c’est le cas de l’activité artisanale et peut-être aussi de la recherche scientifique).
Cette
valorisation moderne de l’art (XVIIe et XVIIIe siècle) a fini par occulter toute ressemblance avec
le travail.
C’est pourtant le sens ancien dont témoigne l’étymologie : le mot art (équivalent latin
du grec tekhnè) désigne à l’origine un savoir-faire, une science appliqué voire un métier.
L’art
désigne en ce sens vieilli toute activité fabricatrice de l’Homme soumise à des règles et acquise
par un apprentissage par opposition aux effets de la nature (qui est-elle n’est soumise qu’a ses
propres règles).
II – L’art imite-t-il la nature ?
1) La mimésis :
Au sens grec de techné, l’art renvoie au vieux problème de la mimésis.
L’imitation est en effet
l’aptitude à savoir reproduire ce que n’importe qu’elle règle peut enseigner.
Or, longtemps l’art
c’est voulu imitation de la nature.
Ex : si on n’a jamais vu un éléphant, un artiste peut le représenter en peinture, par une photo
Ex : artiste qui représente des raisins et oiseaux qui confondent avec de vrais raisins
2) L’art n’est-il qu’une technique ?
Mais il est alors difficile de savoir où fini la technique et où commence l’art ? Suffit-il d’être bon
observateur pour être artiste ? Le réalisme le pense (encore au XIXe siècle) mais non les tenants
de l’art pour l’art (mot d’ordre de tout ce qui considère que l’art doit être cultivé pour lui-même
or de toute considération utilitaire : l’art est à lui-même son propre but) idée défendue par les
parnassiens.
3) Est-il un moyen ou une fin ?
Ce conflit porte sur le statut de l’art : est-il un moyen ou une fin en soi ? Si l’on considère que
l’imitation tente de se substituer à un Être original alors elle ne peut qu’apparaitre équivoque.
Elle tente de redoubler un Être que par naissance elle n’est pas au lieu de combler l’écart, elle le
creuse.
Et s’il y a beauté naturelle, n’est-il pas inutile de l’imiter ? Ne faut-il pas alors
différencier la beauté des choses naturelles et celles des œuvres d’art ? Mais une œuvre d’art ne
peut-elle pas être plus vraie que son modèle, en nous mettant en présence d’une vérité
impossible à atteindre par d’autres voies.
4) Opposition sur l’art
Ici, les philosophes divergent : certains condamnent l’art comme le règne des apparences
mensongères.
D’autres considèrent au contraire que l’art nous aide à aimer la vérité non qu’il
l’embellisse illusoirement mais parce qu’il dévoile la beauté intrinsèque des choses que la
plupart du temps nous ne voyons pas.
Cependant, n’a-t-on pas trop vite réduit l’imitation à la
seule reproduction ? L’imitation n’est -elle pas elle-même une forme de production ou de
genèse ?
5) La réponse d’Aristote
En limitant, l’art parachève (complètent) la nature « l’art dans certain cas parachève ce que la
nature n’a pas la puissance d’accomplir, dans d’autres cas il imite la nature » Aristote.
6) L’homme singe
« Imiter est naturel aux hommes et se manifeste dès leur enfance » Aristote.
Ajoutant que
l’Homme est « le plus mineur de tous les animaux » Aristote (Cf : mythe de Prométhée)
L’imitation n’est donc pas artificielle mais naturelle.
Et l’art de vivre d’une spontanéité naturelle
pré-artistique.
7) L’art produit
De plus, la mimésis ne veut pas dire seulement reproduction : la mimétique est une véritable
poétique (la poésie est l’activité produisant une œuvre extérieur).
Comme la nature elle fait, elle
produit des formes.
En ce sens, ni l’artiste ni l’artisan ne s’oppose à la nature : façonner une
œuvre, c’est-être capable d’entrer dans le secret de la genèse d’une chose.
Pour Aristote, la
mimésis est finalement une relation ascendante par laquelle l’être inférieur s’efforce à réaliser
avec les moyens dont il dispose, un peu de la perfection qu’il aperçoit dans le terme
« supérieur » et que celui-ci n’a pu faire descendre jusqu’à lui.
Par exemple, l’éternel
perpétuation de l’espèce dans la reproduction imite l’éternité immobile du divin : l’homme
engendre l’homme, de sorte que si l’individu meurt, l’espèce demeure (grâce à la reproduction).
III – L’imitation, dégradation ou perfectionnement :
Aristote prend le contrepied de son maître Platon pour qui la mimésis est une relation
ontologiquement dégradé (de modèle à copier) : l’artiste présente des simulacres ou des contre
façon de la réalité, c’est un illusionniste.
Le lit du Dieu selon Platon : Tout ce qui existe dans le monde sensible est une copie imparfaite
d’un modèle parfait qui se trouve dans le monde des Idées.
Le « lit du Dieu » représente ce
modèle parfait.
Ainsi, un lit fabriqué par un artisan n’est jamais aussi parfait que le lit idéal créé
par le modèle divin.
Cette idée illustre la théorie des Idées : le monde sensible est changeant et
imparfait, alors que le monde des Idées est éternel et parfait.
C’est pourquoi Platon oppose à la muse jugé frivole des poètes la muse philosophique amie de
la vérité.
Aristote nous donne au contraire les moyens d’une réhabilitation de l’art.
En réalité,
l’art ne reproduit pas mais produit et dans ce processus l’invention personnelle de l’artiste à
toute sa place.
L’artiste selon Platon imite seulement des « apparences » et nous détache de la réalité.
IV-Le génie c’est l’inévitable
De ce point de vue, si l’on oppose souvent l’originalité du génie à l’esprit « d’imitation » c’est
parce que « le génie n’est pas celui qui n’imite personne mais celui que personne ne peut
imiter » Chateaubriant.
Le génie, c’est le modèle sans faille, sans impuissance achevé ou
parfait.
V – La création :
Ce qui distingue l’art des techniques comme des sciences c’est d’être Création, et non Invention
ou découverte.
L’artiste produit une œuvre originale mais qui est en même temps l’incarnation
sensible d’une expérience humaine.
➔ C’est pourquoi l’art nous est plus essentiel que la science.
Shakespeare, Rembrandt ou Mozart nous en ont plus appris sur l’Homme et sur le monde que la
plupart de nos savants.
Au reste, les découvertes de ces derniers, s’ils étaient morts à la
naissance eussent sans doute été faites quelques années ou décennies plus tard par tel ou tel
de leur collègue.
Mais les créations originales qui les auraient faites ? Mais les créations originales, qui les
auraient faites ? Qui aurait remplacé Remblandt ou Bach ? Qui écrira les œuvres que
Schubert n’a pas eu le temps d’écrire ? De même la science progresse et les théories
scientifiques sont appelée à céder le pas à d’autres plus vraies et plus universelles.
Mais qui
rendra la beauté de Van Gogh obsolète (dépassé) ? Une œuvre d’art est irremplaçable comme
l’individu qu’il l’a créé et c’est à quoi elle se reconnaît.
« Quelle vanité que la peinture attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on
n’admire point les originaux » déclare Pascal.
Mais admirerait-on vraiment la nature sans l’aide
de l’art ? Et si c’était plutôt la nature qui paradoxalement imitait ? Cette thèse peut se défendre à
condition de comprendre que tout se joue sur le regard du spectateur.
En effet, le regard n’est
jamais vide mais toujours éduqué et influencé.
Ainsi, l’art modifie et enrichie notre perception.
Il
influence notre manière de voir la nature, par là il donne une existence au monde que nous
percevons.
Bref, bien loin de nous détourner du monde l’art nous le relève.
« Sans doute y eut-il à Londres des brouillard depuis des siècles mais personne ne les voyait de
sorte....
»
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