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PEUT ON SE FAIRE JUSTICE SOI-MEME ?

Publié le 13/02/2026

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« « La peur n’est pas propice à la justice » disait Robert Badinter, avocat et ministre de la justice française ayant fait voter l’abolition de la peine de mort en France en septembre 1981, dans son ouvrage s’intitulant L’abolition.

Cette phrase interroge aussi l’hypothèse qu’on puisse ou non se faire justice soi-même, c’est-à-dire la légitimité de cette action.

En effet, se faire justice soi-même implique tout d’abord la différenciation de la justice au sens de l’institution judiciaire, qui applique la loi, et au sens d’une valeur idéale qui peut nous intéresser ici.

La définition de ce qu’est la justice dépend alors du sens qu’on lui donne et qui peut changer selon les cultures, les époques et les géographiques.

On pourrait alors vouloir se venger, si l’on décidait d’agir sans avoir recours à l’institution judiciaire et à ses juges supposés impartiaux et de désobéir à la loi au nom de l’idée que l’on se fait soi-même de ce qui est juste. C’est pourquoi nous pouvons nous demander s’il est parfois légitime, au nom d’un idéal qui nous est propre, de prendre une décision personnelle à l’égard d’un problème normalement confié à l’institution judiciaire afin de rétablir soi-même la justice au risque de transgresser la loi. Pour cela, nous verrons dans un premier temps qu’il peut sembler être juste de se faire justice soi-même au nom du droit naturel puis que les risques de l’auto-justice sont très importants, et enfin, que les raisons qui nous conduisent à nous faire justice nous-mêmes sont en général très subjectives et qu’elle dépendent donc de chacun. Tout d’abord, il semble légitime de vouloir « se faire justice soi-même » au nom de ce qui serait pour nous la véritable justice.

Il faut en effet distinguer le droit naturel et le droit positif : le premier se veut universel l’autre ne correspond qu’aux lois qui sont en vigueur dans une société donnée.

Nous pourrions donc vouloir agir par justice au nom du droit naturel même si cela va à l’encontre du droit positif. Droit naturel et droit positif sont effectivement eux notions bien distinctes.

Le droit positif renvoie à la justice légale déterminée par des codes, tels que le code civil qui affirme par exemple (article 2) que la loi ne dispose que pour l’avenir.

Ce droit est cependant culturel et changeant, comme nous l’explique Hans Kelsen théoricien du positivisme juridique, mouvement qui défend l’idée selon laquelle il n’existe que du droit positif.

Dans ce cadre, une loi n’est juste que si elle est conforme à la loi et notamment à la constitution.

En ce sens, il y aurait autant de justice que de constitutions.

En revanche, le droit naturel, lui se prétend universel et repose sur l’idée qu’il existerait une justice supérieure, le juste en soi, dont chaque être humain pourrait se réclamer.

Pour le philosophe Alain, il est « ce doute sur le droit qui sauve le droit » puisque son existence pourrait nous permettre de faire la critique du droit positif ainsi que l’illustre le mythe d’Antigone, jeune fille qui défia l’autorité du roi Créon pour pouvoir enterrer son frère Polynice afin d’obtenir justice.

Elle prétend donc faire ce qui est juste au nom de ses valeurs en dépit de l’autorité du roi et du droit positif auquel elle est supposée obéir. Un droit naturel se prétend universel comme l’illustre La Déclaration universelle des droits de l’homme dont l’article 1er affirme que « tous les hommes naissent libres et égaux en droits ».

Mais ce droit est-il vraiment universel ? N’est-il pas malgré les valeurs qu’il défend, une invention de la culture occidentale et le reflet d’une certaine culture.

Pour Pascal, philosophe du 17ème la « vraie justice » est ignorée des hommes qui ne font que suivre leur croyances et leurs coutumes, comme il le dit dans les Pensées : « Plaisante justice que borne une rivière, vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà » ; En effet, même si les droits de l’homme paraissent être pour nous occidentaux fondamentaux, d’autres cultures ne partagent pas cette philosophie et pratique encore la torture ou les mariages forcées pour tant interdit par nos lois.

Il en va de même pour le statut des femmes dans le monde : en Occident, les femmes sont les égales des hommes ce qui n’est pas du tout le cas dans un pays comme l’Afghanistan par exemple puisqu’elle n’ont pas accès à l’éducation notamment. Ainsi l’hypothèse d’un « juste en soi », l’hypothèse d’un droit naturel, pourrait rendre légitime un acte d’autojustice, un acte que nous accomplirions nous-mêmes en prétendant qu’il est juste même s’il n’est pas forcément légal : quand la loi n’est pas satisfaisante et ne prévoit pas de réponse à un problème auquel nous sommes confrontés, n’est-il pas nécessaire d’agir nous-même par justice et de rendre les choses plus justes ? Si, en effet, au nom du droit naturel, il semble parfois légitime de faire quelque chose d’illégal en pensant que nous accomplissons la justice, cela peut-il être le cas lorsque nous pratiquons un acte de vengeance ? Autrement dit, une vengeance peut-elle être juste ? Il existe un risque dans ce cas, celui de confondre ce qui est juste en soi avec ce qui serait le juste pour moi mais qui ne ferait en réalité que refléter la logique de mon intérêt.

On pourrait alors supposer que la vengeance n’est pas la justice ce qui nous interroge : un acte d’autojustice peut-il prétendre être juste ? Prenons le temps de différencier les termes : la vengeance repose sur les émotions et tend à vouloir punir celui qui nous a fait du mal en regardant le passé.

La justice, au sens de l’institution, est basée sur une procédure et une démarche rationnelle : elle cherche à être objective.

Et tend à vouloir punir en vue de l’avenir.

Comme nous l’explique Platon.... »

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