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La décolonisation de l'Inde : le joyau brisé de la couronne

Publié le 12/05/2026

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« Le "Joyau de la Couronne" brisé Aujourd'hui, nous allons vous présenter de quelle manière l'Inde a conquis son indépendance au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Nous démontrerons en quoi cette décolonisation, bien qu'initialement pensée comme pacifique, a abouti à une tragédie humaine au cœur de la Guerre froide, et dont les conséquences géopolitiques résonnent encore jusqu'à nos jours. I.

De l'hégémonie commerciale au Raj : La colonisation d'un empire (XVIIe - XIXe siècles) DAYMANN L'arrivée des Britanniques en Inde ne se fait pas par une invasion militaire classique, mais par l'intermédiaire de la Compagnie britannique des Indes orientales.

Cette société d'investissement mène des expéditions maritimes et commerciales à travers toute l’Asie du sud, du Moyen-Orient jusqu’au porte de l’Indonésie.

Au XVIIe siècle, le sous-continent indien est dominé par le puissant Empire moghol. La compagnie anglaise voit à travers le rayonnement technologique et culturel de l’Empire un potentiel économique sans précédent et décide donc d’y installer des comptoirs dans les villes de Calcutta et Bombay afin de renforcer ses échanges de marchandises, telles que le coton, la soie ou encore les épices.

Cette relation commerciale va néanmoins se révéler être de plus en plus invasive à mesure que la Compagnie se militarise, pour faire face à ses concurrents français et hollandais présents dans la région mais également pour profiter de l’instabilité politique régnant à la cour de l’empereur afin de prendre possession de terres. Le véritable tournant survient en 1857 avec la mutinerie des cipayes à Calcutta, plus connue sous le nom de “Première guerre d'indépendance indienne”.

Même si cette vaste rébellion a été mâter en quelques mois, elle a fourni à la Couronne britannique un motif suffisant pour dissoudre la Compagnie des Indes orientales et prendre le contrôle direct du sous-continent en 1858: c'est la naissance du Raj britannique.

Avec ses 4M de km2, le "Joyau de la Couronne" représente à lui seul ¼ de la population mondiale et produit 10% de la richesse de son époque.

L’Inde est ainsi devenue une colonie d'exploitation dont l'économie est systématiquement drainée au profit de la métropole industrielle avec une exportation massive de marchandises locales. La gestion du nouveau Raj est cédée aux anciens états princiers de l’empire, mit sous la tutelle d’une poignée de fonctionnaires britanniques concentrant l’entièreté des pouvoirs. Les indiens ne possédant aucun représentant dans la chaîne de décision les concernant, sont devenus les malheureuses victimes d’une pauvreté extrême, tandis que les colons britanniques eux jouissaient d’un train de vie luxueux. Pour maintenir son emprise sur cet immense territoire et sa population mosaïque, l'administration coloniale s'appuie sur une doctrine redoutable : diviser pour mieux régner. Les Britanniques institutionnalisent ainsi les différences religieuses.

L'exemple le plus frappant est la partition en 1905 de la plus grande province du Raj, le Bengale, par le vice-roi Lord Curzon.

Ce dernier à délibérément séparé les populations hindoues et musulmanes afin d’accroître les tensions entre ces 2 communautés.

Cette décision, bien que annulée quelques années plus tard face à la fronde populaire, a définitivement inoculé le poison de la division communautaire au sein de la colonie mais a également nourri un désir grandissant de liberté et d’indépendance. I.

La marche vers l'indépendance et la fracture communautaire VIRASACK Au-delà d’alimenter les tensions entre les communautés musulmanes et hindous au début du 20e siècle, la stratégie de subdivision religieuse du Raj a avant tout donné naissance à un désir grandissant d’indépendance.

Ce rêve commun à toute la population indienne est mené par le parti du Congrès avec à sa tête Jawaharlal Nehru et Mahatma Gandhi.

Ce dernier a notamment encouragé la population civile à manifester pacifiquement à travers une désobéissance civile non violente.

La marche à Bangalore de 1944, durant le mouvement Quit India, en est un parfait exemple.

Cette manifestation pacifique a mobilisé massivement toutes les communautés composant la diaspora indiennes, au-delà de toutes dissensions religieuses et de la répression brutale perpétrée par les autorités. Afin de stopper la propagation de ce désir d’indépendance au reste de la population, l’administration britannique a d’abord tenté une approche pacifique, en accordant une plus grande part de responsabilité politique aux locaux dans les États princiers.

Une décision qui n’eut aucun impact car seulement 12% des indiens possédaient le droit de vote en 1935. Par la suite, l’empire britannique a choisi de réprimer violemment ces boycotts et marches pacifiques en arrêtant les principaux dirigeants du parti du Congrès, dont Gandhi, ou encore en organisant une famine dans la province du Bengale en 1943 qui fit des millions de morts. Cette brutalité dont on fait preuve les britannique, au lieu d’éteindre le désir ardent d’indépendance parmi les civils, a au contraire rallier encore plus de partisans à la cause du Congrès. L’inde apparaît ainsi unie dans le combat pour l’indépendance face au colon Britannique. Cependant, cette unité de façade s’est peu à peu fissurée au fil du temps, alors même que l’indépendance était à portée de main.

Face au Parti du Congrès qui prône un État laïc et unifié, se dresse la Ligue musulmane, dirigée par Muhammad Ali Jinnah.

Ce dernier craint qu’après l’obtention de l’indépendance et la mise en place d’un état démocratique, inspiré du modèle britannique, les musulmans ne soient perpétuellement dominés et contrôlés par la majorité hindoue au sein de la population et du parti du Congrès.

Cette peur s'est d'ailleurs renforcée lors des élections provinciales de 1937, où le Parti du Congrès a raflé la quasi-totalité des sièges, marginalisant politiquement les musulmans.

Ainsi, dès 1940, Jinnah et la ligue musulmane abandonnent l'idée d'une Inde unie et militent pour la création d'un État séparé : le Pakistan, mot qui signifie "le pays des purs". Les tensions explosent après la guerre.

L'échec des négociations entre les 2 groupes en 1946 mène à une journée d'action directe appelée par Jinnah le 16 août 1946.

Des émeutes intercommunautaires sanglantes éclatent à Calcutta, faisant plus de 4 000 morts et 10 000 blessés en seulement 72 heures.

La méfiance entre les deux communautés religieuses a alors atteint un point de non-retour. II.

1947 : Une partition précipitée et sanglante CAMILLE L’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale ont agi comme des catalyseurs qui ont accéléré l’indépendance du Raj Britannique. Face à l'impossibilité de réconcilier le Congrès et la Ligue musulmane, aux bords de la guerre civile, et ruiné par le conflit, l’Empire Britannique décide de se séparer précipitamment de son Joyau qu’il aura lui-même brisé. Le Roi Georges VI envoie ainsi son cousin et dernier vice-roi d’Inde, Lord Mountbatten, mener le retrait de l'Empire dans le sous-continent.

Ce dernier est parvenu à convaincre les deux partis de la création de deux états séparés : L’Inde pour les Hindous et le Pakistan pour les musulmans.

Bien qu’il lui fut accordé un délai de 1 an pour rendre sa carte, Mountbatten délégua le tracé des frontières à un avocat britannique, Cyril Radcliff, et ne lui laissa que 5 semaines pour diviser l’immense colonie en 2 et délimiter les nouveaux états. Ce dernier, n’ayant jamais mis les pieds en Inde, ne possédait aucune connaissance cartographique, politique ou culturelle indienne et avait comme seul cahier des charges de diviser les provinces en fonction des majorités religieuse, musulmanes ou hindous.

La ligne Radcliffe s’est rapidement heurté à la difficulté que représente des régions comme le Bengale ou le Penjab, des zones dans lesquelles les communautés religieuses sont équivalentes et largement dispersées sur l’ensemble des 2 provinces. C’est ainsi que les 14 et 15 août 1947 naissent les 2 nations, l’Union indienne et le Pakistan, sous le statut de dominions de la couronne.

Ce titre leur promet un jour l’accès à une indépendance totale et complète.

Cependant, la conclusion de cette scission,mal planifiée par le gouvernement britannique, fut l’avènement du plus grand mouvement migratoire de l’histoire de l’humanité.

Le Pakistan, suite à la division du Bengale et du Pendjab, se retrouve scindé en deux territoires : le Pakistan occidental et le Pakistan oriental, futur Bangladesh, séparés par 1 500 kilomètres de territoire indien.

Des millions d'individus se retrouvent soudainement du "mauvais" côté de la frontière. C’est donc dans la peur et la confusion que plus de 18M de civils fuient en direction du “bon pays”.

Ce chassé-croisé fut le théâtre de massacres sans précédent avec des viols, pillages et assauts systématique sur les migrants.

La haine accumulée des minorités envers les majorités respectives de chaque région s’est violemment libérée pendant près de 3 ans.

3 ans durant lesquels, malgré leurs statuts de dominions, les deux nations sœurs n’ont reçu aucune aide en provenance de la couronne britannique.

Le bilan au début des années 1950 est révélateur de la brutalité de cette partition, avec une estimation de 3,4M de morts ou disparus.

Parmi ces victimes figure le Mahatma Gandhi, assassiné le 30 janvier 1948 par un extrémiste hindou lui.... »

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