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Introduction à l'éthique: Hobbes et Aristote

Publié le 02/12/2021

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Aristote et Hobbes semblent être deux philosophes qui ont, à priori, peu de choses en commun. Hobbes a notamment critiqué l’aristotélisme par rapport à la perception sensible qui était la pensée dominante à son époque. Cependant, Aristote et Hobbes semblent être proche sur certains points lorsqu’ils affirment respectivement que “ la vertu est un état décisionnel qui consiste en une moyenne, fixée relativement à nous «[1] (Aristote, 1106b35, p.116) et  « ces mots de bon, de mauvais et de digne de dédain s’entendent toujours par rapport à la personne qui les emploie «[2] (Hobbes, ch. 6, p.48). Je m’interroge donc à savoir s’ils entendent la même chose par ces citations. Dans un premier temps, je démontrerai qu’Aristote croit que tout homme recherche son bien et que pour se faire, il doit disposer de réactions émotionnelles appropriées qui respectent le juste milieu. En second lieu,  je démontrerai, tout en le comparant avec Aristote, qu’Hobbes définit plutôt le bien comme étant ce que chaque individu désire et qu’il pose chaque action dépendamment de ses désirs qui le motive à se rapprocher de celles-ci, à s’en éloigner ou à éprouver de l’indifférence. Finalement, je démontrerai que la position d’Hobbes est préférable à celle d’Aristote car cette dernière se contredit en elle-même.

À prime abord, Aristote affirme que la vertu est un état décisionnel. Il entend par état décisionnel le fait d’avoir des réactions émotionnelles appropriées. Ce qu’il entend par réaction émotionnelle appropriée est le fait d’éprouver des bons sentiments dépendamment de la situation. Les bons sentiments sont ceux qui respectent le juste milieu, c’est-à-dire un sentiment qui va être la bonne réaction à adopter selon les circonstances et qui va se situer entre deux états opposés, celui de manque et celui d’excès.

 Prenons par exemple le courage, qui est une vertu à développer pour Aristote. Celui qui est courageux est entre le manque de vertu, le lâche et l’excès de vertu, le téméraire. Cela en va de même pour les autres vertus comme la tempérance et la générosité. Donc, le courageux n’est pas celui qui ne fait aucune expérience de la peur, c’est plutôt celui qui en fait l’expérience, mais dans une juste mesure, à un niveau approprié. Cependant, il ne faut pas voir le juste milieu comme étant l’endroit où chaque extrême est à égal distance de cet endroit, comme un intermédiaire entre deux opposés. C’est davantage l’endroit approprié entre ces deux extrêmes d’après les circonstances particulières. Par exemple, la colère est un état d’excès, mais il peut être normal de se fâcher. La vertu peut donc être près de l’excès ou du manque, mais elle ne l’est jamais complètement.

Pour Aristote, ces sentiments doivent être développés par des bonnes habitudes inculquées lorsque la personne est jeune. Il est donc impératif d’être bien socialisé dès notre jeune âge pour devenir vertueux. C’est  le même principe qu’un violoniste doit jouer du violon pour devenir un bon violoniste. Il faut qu’une personne s’habitue à devenir vertueux pour pouvoir éventuellement l’être. Ce n’est que plus tard qu’il développera la vertu intellectuelle, qu’Aristote appelle la sagacité, qui lui permettra de savoir par lui-même ou se situe ce juste milieu. Mais pour se faire, il devra d’abord avoir une réaction émotionnelle appropriée. Celle-ci est fixée par rapport à nous car il faut toujours tenir compte des circonstances. Ce n’est pas une sorte de règle qui dicte qu’on doit toujours agir d’une telle façon, comme un commandement ou une loi universelle. Cela exige que nous réfléchissions à propos des circonstances et de ce que l’on devrait faire d’où l’importance de posséder aussi une vertu intellectuelle, la sagacité, qui permet de délibérer à propos des bonnes actions à prendre.

Pour ce qui est d’Hobbes, on peut penser qu’il affirme quelque chose de près de la pensée d’Aristote lorsqu’il dit que « ces mots de bon, de mauvais et de digne de dédain s’entendent toujours par rapport à la personne qui les emploie. « Cependant, ce n’en est point le cas. Tout d’abord, il faut commencer par dire que le point de départ de la philosophie d’Hobbes est que notre perception dépend du mouvement. En effet, pour lui, la perception sensible dépend du mouvement des choses et sans mouvement, nous ne pourrions pas distinguer les choses qui nous entourent. Il explique la façon dont nous percevons les choses par le mouvement de l’objet sensible qui entre dans nos sens. Les qualités sensibles ne sont que ce que notre cerveau, qui est intérieur à nous, traduit comme information du mouvement extérieur des objets. Il en résulte donc que toutes les qualités que l’on perçoit de ce monde ne sont en fait que des phénomènes mentaux naturels. Se faisant, on ne peut pas donner une qualité quelconque à une chose, car celle-ci dépend uniquement de notre perception subjective de cette chose.

Pour expliquer l’action, il faut introduire une autre idée chère à Hobbes qui est celle des passions. En effet, pour Hobbes, ce qui motive un être humain à agir peut être expliquée par les passions qui l’animent. Ces dernières sont des mouvements internes du corps qui porte à se rapprocher ou s’éloigner de nos passions. . Par exemple, lorsque nos efforts pour agir ont pour but de se rapprocher de la cause de nos passions, Hobbes parle alors d’appétit ou de bon. Au contraire, lorsque nous tentons de nous éloigner de la cause de notre passion, il parle alors d’aversion, ou de mauvais. Ces deux formes de passions sont comme des polarités positives et négatives, et l’homme, un aimant entre les deux. Il distingue aussi une troisième forme de passion, qui est le dédain, ou le mépris, qui est la passion des choses pour lesquelles la personne ressent de l’indifférence, qui ne crée pas d’effet. C’est donc le fait que chaque homme possède ses propres passions qui fait en sorte qu’on ne peut pas affirmer qu’une chose est toujours bonne pour l’homme et une autre toujours mauvaise. C’est pour cette raison que Hobbes affirme que le bon, le mauvais ou le digne de dédain doivent toujours être considérés en fonction de la personne et de ses propres passions. Il n’y a donc pas de choses qui sont bonnes ou mauvaise par nature, mais elles ne peuvent être une ou l’autre uniquement en considérant la personne et ses passions. Le bien et le mal ne sont donc pas des choses objectives, mais plutôt des fictions subjectives. Ceci est donc différent de ce qu’Aristote affirme, lui qui croit plutôt que certaines choses sont bonnes à tout homme, c’est-à-dire les choses qui font que l’être humain se réalise en tant qu’être humain, ce qui réalise sa fonction propre.

Ensuite, pour Aristote, même si l’état décisionnel est une moyenne fixée relativement à nous, il n’en demeure pas moins qu’il existe une bonne action, une bonne réponse vis-à-vis la situation. Il n’existe peut-être pas de règle qui dit qu’il faut toujours agir ainsi, mais il y a un bien universel selon lequel il faut tenter d’agir en conséquence. Tandis que pour Hobbes, il ne croit pas en un bien universel. Étant donné que la mesure de toute chose doit être fixée par rapport à la subjectivité de la perception du sujet, il n’y a pas une seule conception du bien et c’est cette divergence d’opinion qui crée les conflits. C’est lorsqu’une personne ou un groupe de personne tente d’imposer sa vision qu’il peut y avoir des tensions. Hobbes définit plutôt le bien comme étant ce que chaque personne désire, conformément à son mouvement intérieur.

Je crois que la doctrine du juste milieu d’Aristote se contredit en elle-même car l’homme vertueux, en respectant en tout temps la doctrine du juste milieu, se situe lui-même dans un extrême. En effet, la vertu ne peut pas être vertu si elle n’est pas extrême dans sa volonté. J’entends par cela le fait que pour qu’un acte soit vertueux, il est obligatoire que la volonté d’accomplir cet acte soit extrême, sinon cela n’est pas un acte vertueux. Par exemple, une personne généreuse, qui est dans le juste milieu entre l’égoïsme et l’oubli de soi, ferait quand même l’expérience de l’extrême par sa volonté à agir selon le juste milieu. Cette personne ne pourrait pas hésiter à être généreuse, car cela ne serait plus un acte vertueux qui respecte le juste milieu au sens où une personne qui agit selon cette doctrine est supposée savoir que c’est la chose à faire. Il est donc paradoxal de constater que le vertueux contredit la doctrine du juste milieu en la respectant, car par sa volonté d’agir, il n’a pas le choix de faire l’expérience de l’extrême. Dans le même ordre d’idée, si la vertu est située dans le juste milieu et que cela est la bonne proportion entre le trop et le moins, il s’ensuit que celle-ci se retrouve dans un extrême, celui du milieu. En effet, si elle est la bonne mesure entre le trop et le moins, on ne peut donc rien rajouter à celle-ci, sinon elle ne serait plus dans le juste milieu. Donc, si on ne peut rien rajouter à la vertu, elle est dans un extrême, car ce à quoi on ne peut rien rajouter est dans l’extrême. On peut donc affirmer que la vertu est dans l’extrême du milieu.

En guise de conclusion, il aurait été possible de croire qu’Aristote et Hobbes prônaient un certain subjectivisme par rapport à la morale mais il en est tout autre. En effet, Aristote croit qu’il faut agir selon un juste milieu entre deux états de manque et d’excès et que ce juste milieu est la bonne action à faire tandis que pour Hobbes, le bon ou le mauvais est le mouvement de rapprochement ou de répulsion que chaque individu ressent par rapport à une chose et qui implique que rien ne peut être jugé comme étant bon ou mauvais par nature. La thèse d’Aristote, comme nous l’avons vu précédemment, est contestable car elle se contredit en elle-même en affirmant que la bonne action se situe toujours dans le juste milieu alors que celui qui respecte cette doctrine fait lui-même l’expérience de l’extrême par sa volonté à agir selon ce principe.



[1] Aristote, Éthique à Nicomaque, Paris, Flammarion, 2004, p.116.

[2] Thomas Hobbes, Léviathan, Paris, Dalloz, 1999, ch.6, p.48.

 

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