fiche exorde La Boétie
Publié le 15/06/2026
Extrait du document
«
Discours de la servitude volontaire, Etienne de la Boétie
texte 1 : l’exorde
D’avoir plusieurs seigneurs aucun bien je n’y voi :
Qu’un, sans plus, soit le maître et qu’un seul soit le roi,
ce disait Ulysse en Homère, parlant en public.
S’il n’eût rien plus dit, sinon
D’avoir plusieurs seigneurs aucun bien je n’y voi…
c’était autant bien dit que rien plus ; mais, au lieu que, pour le raisonner, il fallait dire que la
domination de plusieurs ne pouvait être bonne, puisque la puissance d’un seul, dès lors qu’il
prend ce titre de maître, est dure et déraisonnable, il est allé ajouter, tout au rebours,
Qu’un, sans plus, soit le maître, et qu’un seul soit le roi.
Il en faudrait, d’aventure, excuser Ulysse, auquel, possible, lors était besoin d’user de
ce langage pour apaiser la révolte de l’armée ; conformant, je crois, son propos plus au
temps qu’à la vérité.
Mais, à parler à bon escient, c’est un extrême malheur d’être sujet à un
maître, duquel on ne se peut jamais assurer qu’il soit bon, puisqu’il est toujours en sa
puissance d’être mauvais quand il voudra ; et d’avoir plusieurs maîtres, c’est, autant qu’on en
a, autant de fois être extrêmement malheureux.
Si ne veux-je pas, pour cette heure, débattre
cette question tant pourmenée, si les autres façons de république sont meilleures que la
monarchie, encore voudrais-je savoir, avant que mettre en doute quel rang la monarchie doit
avoir entre les républiques, si elle en y doit avoir aucun, pour ce qu’il est malaisé de croire
qu’il y ait rien de public en ce gouvernement, où tout est à un.
Mais cette question est
réservée pour un autre temps, et demanderait bien son traité à part, ou plutôt amènerait
quant et soi toutes les disputes politiques.
Pour ce coup, je ne voudrais sinon entendre comme il se peut faire que tant
d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul,
qui n’a puissance que celle qu’ils lui donnent ; qui n’a pouvoir de leur nuire, sinon qu’ils ont
pouvoir de l’endurer ; qui ne saurait leur faire mal aucun, sinon lorsqu’ils aiment mieux le
souffrir que lui contredire.
Introduction:
Étienne de La Boétie, né en 1530, est un philosophe humaniste de la Renaissance,
proche ami de Montaigne.
Son œuvre majeure, Le Discours de la servitude volontaire,
rédigée vers 1549, interroge les mécanismes de la domination et la soumission des
peuples à un seul homme.
Par une réflexion lucide et engagée, il cherche à éveiller la
conscience des citoyens et à défendre la liberté et la dignité humaines.
L’extrait se
trouve au début du Discours de la servitude volontaire.
En partant d’une citation
d’Homère, La Boétie s’interroge sur la nature du pouvoir et l'assujettissement des
peuples.
Il remet d’emblée en question la légitimité d’un seul homme qui domine tous
les autres et lance ainsi sa réflexion sur les causes de cette servitude.
Comment La Boétie, dès l’ouverture de son discours, suscite-t-il la réflexion du
lecteur sur la soumission des peuples ?
I) Une référence à Homère pour capter l’attention du lecteur (l.
1->10)
II) Une réflexion critique sur le pouvoir et ses dérives (l.11->20)
III) Une ouverture sur un questionnement essentiel : pourquoi les hommes
acceptent-ils d’obéir? (l.19 -> fin)
I) Une référence à Homère pour introduire et capter l’attention du
lecteur
l.1-2: “D’avoir plusieurs seigneurs, aucun bien je n’y vois.”
●
mise en abyme d’un discours dans le discours
●
parole d’Ulysse, héros respecté et symbole d’intelligence et de sagesse ->
permet à l’auteur de se construire un ethos d’homme cultivé
●
choix du discours direct rend la parole vivante et donne au texte une entrée in
media res, qui attire l’attention du lecteur
l.3 : “S’il n’eût rien plus dit, sinon…” > La tournure hypothétique introduit la remise en
question de cette autorité antique dont LB s’émancipe
●
prise de distance critique: il corrige son illustre prédécesseur.
●
Par cette formule, LB affirme son indépendance intellectuelle
l.5-8: usage de la conjonction de subordination “puisque”
●
introduit une proposition subordonnée relative de cause et affirme une prise
d’autorité
●
raisonnement formulé comme une vérité universelle qui impose la thèse de La
Boétie de manière implicite: tout pouvoir individuel est par nature contraire à
la raison.
l.8 : juxtaposition de “dure” et “déraisonnable” associe violence physique et
faute morale -> ancre la tyrannie dans le registre de l’inhumanité.
l.9-10: “conformant son propos plus au temps qu’à la vérité”
●
●
formule ironique qui permet à LB de s’opposer à Ulysse sans
agressivité et d'atténuer sa critique
La Boétie distingue ici le discours du courtisan, soumis aux
circonstances, du discours du....
»
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