Analyse linéaire: un corbeau devant moi croasse
Publié le 19/10/2026
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Un Corbeau devant moi croasse
Théophile de VIAU 1590 - 1626
Ode
Un Corbeau devant moi croasse,
Une ombre offusque mes regards,
Deux belettes et deux renards
Traversent l'endroit où je passe :
Les pieds faillent à mon cheval,
Mon laquais tombe du haut mal,
J'entends craqueter le tonnerre,
Un esprit se présente à moi,
J'ois Charon qui m'appelle à soi,
Je vois le centre de la terre.
Ce ruisseau remonte en sa source,
Un bœuf gravit sur un clocher,
Le sang coule de ce rocher,
Un aspic s'accouple d'une ourse,
Sur le haut d'une vieille tour
Un serpent déchire un vautour,
Le feu brûle dedans la glace,
Le Soleil est devenu noir,
Je vois la Lune qui va choir,
Cet arbre est sorti de sa place.
2
UN CORBEAU DEVANT MOI CROASSE :
INTRODUCTION :
Théophile de Viau est un dramaturge et poète du XVIIème siècle, très
connu et apprécié en son temps notamment pour la pièce Les Amours
tragiques de Pyrame et Thisbé (1621).
Il représente l’instabilité et la
confusion de son siècle en matière religieuse.
En effet, il est d’abord
protestant puis se penche vers la pensée libertine et l'athéisme, il
remet en question l’immortalité de l’âme.
Plus tard, il se convertit au
catholicisme.
Cette instabilité religieuse, politique et personnelle a un
impact majeur dans son existence et donc sur son œuvre
Cette ode, publiée en 1621 dans le recueil Œuvres poétiques, est
mystérieuse, tragique et fantastique.
Dominé par la mort et le drame, le poème fait partie de ceux de
l’exil, de la disgrâce, où la nature elle-même se montre hostile.
Deux strophes (des dizains autosuffisants) en octosyllabes imposent,
par la force de l'hypotypose, la vision angoissante et étrange d’une
succession d’accidents et d’incidents funestes, puis (de manière
graduelle, dans la 2e strophe), d’événements terrifiants, infernaux et
contre natures.
Ce tableau, représentatif de l’esthétique baroque (qui, je le rappelle,
est fondée sur le mouvement, l’irrégularité, l’alliance des forces
opposées, vient de barocca perle irrégulière) donne à voir l’imaginaire
débridé du poète unis à la force hallucinatoire de ses vers (ce qui est
également représentatif de l’esthétique baroque qui donne à l’image /
au visuel une place particulière).
[LECTURE]
PROJET DE LECTURE : Quelle vision du monde ce poème baroque
offre-t-il au lecteur ?
MOUVEMENTS DU TEXTE :
Nous répondrons à cette question en analysant
mouvements :
1- Un décor inquiétant : V.1 – V.4
2- La descente aux enfers : V.5 – V.10
3- La découverte d’un monde sans loi : V.11 – V.20
3
principaux
1er mouvement :
1ERE STROPHE :
La première strophe est une vision étrange, voire diabolique, où une
nature anormale assaille et envahit le poète (grande présence du « je »
et de ses variantes, « moi, mes, mon, j’, je ») : enlisement du poète
3
dans un univers dominé par des animaux à la portée symbolique
infernale en lien avec le chemin jusqu’aux enfers.
Cette strophe peut être séparée en deux mouvements : le décor
inquiétant (qui est un mauvais présage) ainsi que la chute aux enfers.
: Un Corbeau devant moi croasse,
-le corbeau est un charognard, un oiseau chargé de symboles dans la
culture populaire, traditionnellement associé à des visions infernales
et au malheur (oiseau de malheur).
Sa présence en début de poème,
comme sa présence dans le ciel, semble être un mauvais présage.
-Début de l'hypotypose car le présent de narration rend l’image
vivante et vivace sous les yeux du lecteur.
-Allitération en r + “c” créant une cacophonie.
V.1
: Une ombre offusque mes regards,
-L’Ombre est un élément mystérieux et inquiétant car on ne
nomme pas ce qui fait l’ombre (connotation du mal et des
ténèbres).
-« Mes regards » est au pluriel et laisse supposer que l’ombre est
partout où se porte le regard, encore plus effrayant.
(Offusquer :
indisposer, choquer).
V.2
V.3-4 : Deux belettes et deux renards / Traversent l'endroit où je passe
:
-Le bestiaire se poursuit, et les animaux semblent assaillir le
poète de toute part.
Il y a un parallélisme de construction et
de vision étrange, diabolique (pourquoi deux couples ?).
-Écho : traverser / passer sont des verbes de mouvement qui
peuvent nous faire penser à l’évanescence des choses (traversée
vers quoi ? cf.
charon / passage : la vie ?) Comme le suggèrent les
“:”, la traversée des animaux va avoir des conséquences.
Donc ce 1er mouvement nous plonge dans un décor inquiétant et
hostile qui prépare la chute du poète dans le monde des ténèbres.
2ème Mouvement :
V.5-6 : Les pieds faillent à mon cheval, / Mon laquais tombe du haut
mal,
-Faillent et tombe sont deux verbes qui soulignent la chute
(mouvement de descente qui se poursuit).
– On note que les 2 fidèles compagnons (laquais : le valet, le
domestique, principalement destiné à suivre son maître ou maîtresse)
4
de l’auteur sont à terre : il est maintenant seul vaillant.
V.7 : J'entends craqueter le tonnerre, Verbe d’ouï : entendre (toujours
hypotypose), donne une vision vive mais aussi des sons à la scène.
Le
tonnerre résonne avec la terre (après) signifiant la présence des
éléments, violence et frayeur (connotations du tonnerre), effet
d’annonce du malheur et de l’enfer ?
V.8-9 : Un esprit se présente à moi, / J'ois Charon qui m'appelle à soi,
-L’Esprit est un mystère, une inquiétude, en lien avec le monde des
morts.
“se présente à moi”, le
« moi » semble acculé en fin de vers comme le poète semble
submergé par ses visions d’enfer.
L’esprit....
»
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