analyse de texte venus anadyomène
Publié le 25/05/2026
Extrait du document
«
I.
L’apparition de Vénus v.
1 à 4
• baignoire comparée au v.
1 à « un cercueil en fer blanc ».
En effet, l’article
indéfini et le caractère commun du matériau « fer blanc » insistent sur le
caractère quelconque de l’objet dont va sortir Vénus.
Cette comparaison, qui
renvoie à l’image de la mort, prend le contre-pied du mythe de la naissance de
Vénus.
• lenteur de l’émergence tête est suggérée par contre-rejet qui ralentit la
lecture.
Ici, le groupe nominal « une tête » qui clôt le vers 1, est le sujet de la
proposition développée aux vers 2, 3 et 4 et se voit complété par le
complément du nom au vers 2 : « De femme à cheveux bruns fortement
pommadés ».
• Rimbaud poursuit sa relecture du mythe en inversant les valeurs : Vénus,
déesse de la Beauté, est métamorphosée ici en déesse laide et vulgaire.
La
chevelure blonde de la Vénus peinte par Botticelli est devenue brune (v.
2)
chez Rimbaud.
Les cheveux, loin de flotter au vent de la mer, sont « fortement
pommadés » (v.
2), c’est-à-dire gras et luisants.
L’adjectif renforcé par
l’adverbe d’intensité « fortement » renforce l’excès.
Cela montre l’artifice et le
mauvais goût de cette femme.
• Enfin, le regard traditionnellement pensif et doux de la déesse est remplacé
par un air « bête » (v.
3) qui insiste sur le manque d’intelligence qui
transparaît du visage de cette femme.
Les mots « tête » et « bête » sont
d’ailleurs associés à la rime.
Dans la mythologie grecque, Vénus se remarque par sa perfection physique et
naturelle, mais la Vénus de Rimbaud tente ici de cacher ses défauts
physiques : elle est dépeinte, laide et vieille, avec le CCM « des déficits assez
mal ravaudés » (v.
4) que son maquillage outrancier ne réussit donc
manifestement pas à masquer.
Ce CCM apparaît presque comme un
euphémisme qui pousse le lecteur à imaginer les nombreuses imperfections
physiques grossièrement camouflées sur le visage de cette femme.
II.
L’apparition du cou aux reins v.
5 à 8
• Le second quatrain s’ouvre sur un adverbe de temps : « Puis ».
Son rôle est
double : il permet, tout d’abord, de lier le premier quatrain au second en
créant un enchaînement syntaxique ; il permet aussi d’offrir un lien
explicitement chronologique entre les différents moments du dévoiement des
différentes parties du corps décrites, qui sortent de la baignoire.
• Le second quatrain s’organise autour de l’énumération des différentes parties
du corps de Vénus (champ lexical du corps humain) qui émergent
progressivement et maladroitement (« lente », v.
3) de l’eau : « le col », « les
omoplates », « le dos » et « les reins ».
• Ces différentes parties du corps ne renvoient pas à l’idéal poétique féminin.
La poésie ne fait que rarement mention des « omoplates » ou encore du « col
», termes qui relèvent d’un vocabulaire anatomique utilisé par la médecine ou
pouvant décrire un animal.
• Chacune de ces différentes précisions anatomiques s’accompagne de
qualificatifs qui ne relèvent pas de l’idéal esthétique féminin.
Rimbaud met en
avant combien le corps de cette Vénus est, de manière surprenante,
disgracieux.
Il évoque ainsi de manière dépréciative un col « gras et gris » (v.
5), des omoplates « larges » (v.
5)= l’adjectif «larges» et l’enjambement
soulignent l’embonpoint de la femme qui semble presque déborder du vers; un
dos « court » (v.
6), « les rondeurs des reins » (v.
7) et, enfin, « la graisse
sous la peau » (v.
8).
Là encore, la laideur du corps peu harmonieux et enrobé
est soulignée.
• L'allitération en [S] du deuxième quatrain illustre par la sonorité le
flétrissement de la Vénus.
« feuilles plates » (vers 8) semble indiquer que la
Vénus n'a pas les formes d'une belle femme.
La Vénus de Rimbaud apparaît
comme l’antithèse même de la perfection classique.
• Ainsi, le poète se moque de sa grosseur ou de ses hanches trop larges, qu’il
décrit au moyen de l’euphémisme suivant : « les rondeurs des reins semblent
prendre l’essor ».
• Dans tout le quatrain, une allitération en [r] est orchestrée par le poète: «le
col gras et gris», «le dos court qui rentre et qui ressort; / Puis les rondeurs des
reins semblent prendre l’essor».
Cette sonorité rugueuse semble donner à
entendre le mouvement peu gracieux de la femme dans l’eau.
Ces expressions,
associées à la sonorité répétée, donnent l’impression d’entendre le corps lourd
de cette femme se soulevant dans l’eau
III.
Un éveil sensoriel peu....
»
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