Kreisky, Bruno (Vienne 1911-id. 1990); homme politique autrichien.
Kreisky, Bruno (Vienne 1911-id. 1990); homme politique autrichien.
Quand il meurt à l'âge de 79 ans au terme d'une longue maladie, la presse est unanime à faire l'éloge d'une grande figure historique qui alliait l'originalité à la séduction, la simplicité à l'habileté. Ses compatriotes le surnomment le « Roi-Soleil » en raison de son autoritarisme et de son rayonnement qui dépasse les frontières de l'Autriche, à laquelle il confère un prestige international. Il en utilise la position géopolitique particulière pour en faire la plaque tournante des relations Est-Ouest et du dialogue israélo-palestinien. Il ne cesse de répéter aux Autrichiens qu'ils doivent « rester présents dans la conscience de l'opinion mondiale ». Cet esprit paradoxal et brillant naît à Vienne au sein d'une famille juive aisée originaire de la province tchèque de Moravie, mais solidement intégrée à la société autrichienne. Il entreprend des études de droit conclues par un doctorat. Il reçoit une éducation libérale et non religieuse. Dès sa jeunesse, il se montre totalement réfractaire à toute forme de nationalisme, ce qui explique son hostilité fondamentale au sionisme et au pangermanisme. A l'âge de seize ans, il s'inscrit aux Jeunesses socialistes. En 1935, il est le héros du procès intenté aux « socialistes révolutionnaires » par la justice du dictateur fasciste Dollfuss ; les tribunaux le condamnent à un an de prison pour « haute trahison ». Après l'Anschluss, il s'enfuit en Suède où il s'exerce au journalisme, tout en suivant des études en économie. En 1945, il rentre à Vienne où il commence une brillante carrière diplomatique. Il s'occupe tout d'abord du rétablissement des relations officielles avec les Etats Scandinaves. Dès 1953 il est secrétaire d'État et, à ce titre, il est l'un des artisans du traité de 1955 qui libère l'Autriche de la présence des troupes étrangères et garantit sa souveraineté sur une «neutralité permanente». En 1959, il détient pour sept ans le portefeuille des Affaires étrangères, en même temps qu'il devient vice-président puis président du parti socialiste (SPÔ). Il met en pratique son credo diplomatique : « susciter un maximum de confiance chez nos amis et un minimum de méfiance chez les autres ». Il déclare même : « Je suis l'ami de tous. » En tant que ministre des Affaires étrangères, il prend l'initiative vis-à-vis de l'Italie sur la question épineuse du Tyrol méridional et il s'efforce de normaliser les relations avec les pays communistes, afin de mettre un terme à la guerre froide et à la division de l'Europe. Il est en 1960 le premier dirigeant occidental à se rendre à Varsovie. Dans le même but, il soutient la politique à l'Est de son ami Willy Brandt, qui avait connu comme lui l'exil nordique. K. se montre partisan d'une « détente offensive ». Mais c'est en devenant en 1970 chancelier qu'il révèle tout son sens politique, ainsi que son pragmatisme puisqu'il préside un gouvernement socialiste minoritaire qui n'hésite pas à s'appuyer sur les libéraux, en fait d'anciens adeptes du nazisme. Personnage médiatique haut en couleur et habile tacticien, il réussit à gagner à trois reprises (1971, 1975 et 1979) la majorité absolue pour le SPÔ, ce qui est un réel exploit dans un pays habituellement conservateur. L' « ère Kreisky », qui dure treize ans, se caractérise sur le plan intérieur par la prospérité économique et la paix sociale basée sur le partenariat. Il commence également à préparer l'Autriche à son entrée dans la CEE (accord économique de 1972). Mais c'est dans le domaine extérieur qu'il donne toute sa mesure. Il considère comme sa mission d'oeuvrer à la paix mondiale en se faisant le militant inlassable et fervent du dialogue entre l'État hébreu et les Palestiniens, ce qui lui attire de solides inimitiés en Israël. Il se déclare partisan de la création d'un État palestinien à Gaza et Jéricho. En 1979, il est le premier chef de gouvernement européen à recevoir son « ami » Yasser Arafat et, en 1982, le turbulent colonel Kadhafi. La fin de son règne est ternie par des scandales politico-financiers (hôpital central de Vienne, cargo Lucona). Il quitte le devant de la scène politique en 1983, après la défaite électorale de son parti. Mais il continue d'être actif. Il critique Kurt Waldheim, ainsi que le chancelier Vranitzky. En 1987, il assiste comme vice-président de l'internationale socialiste à une réunion du Conseil national palestinien à Alger. La maladie le contraint à réduire ses activités et il s'éteint en 1990.
Liens utiles
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- Tixier-Vignancour Jean-Louis, 1907-1989, né à Paris, avocat et hommepolitique français.
- ARISTOTE, La Politique: L'homme est de par sa nature un animal fait pour la société civile (commentaire)
- "L'homme est un animal politique, Aristote
- Claude Roy définit ainsi la fonction de l'écrivain, dans Le Commerce des classiques, 1953 : « Il v a des hommes dont le métier est de répondre aux questions, de résoudre les problèmes. l'homme politique et le mathématicien, l'ingénieur et l'arpenteur, leur métier c'est d'avoir réponse à tout. Le romancier, le poète, le critique, etc., leur métier est d'avoir question à tout, c'est de s'interroger et d'interroger, c'est de mettre en question ce que personne ne songeait à mettre en quest