HASSAN II (1929-1999)
Roi du Maroc (1961-1999).
Dès son jeune âge, précoce en Realpolitik et féru d’histoire de France, le futur Hassan II se référait volontiers à Louis XI, non pas le « roi des cages et des oubliettes » mais le bâtisseur de royaume. Lorsque, le 23 juillet 1999, à soixante-dix ans, Hassan II s’est éteint, il avait rassemblé le Maroc, tel le « petit roi de Bourges » l’Hexagone, grâce à sa longévité au pouvoir, la ruse, la terreur et l’argent. Ni la question berbère, ni les séquelles des colonisations française et espagnole, pas plus que les rémanences du « grand féodalisme » ou l’explosif dossier du Sahara occidental n’ont disloqué son royaume.
Quand, à trente-deux ans, Hassan II accède au trône, le 1er mars 1961, nul n’aurait prédit ce destin au prince héritier, un play-boy, qui succède au « père de l’indépendance », Mohammed V (1957-1961), victime d’un accident chirurgical. Le pays est en ébullition, la guerre d’indépendance algérienne le menaçant de contagion, sa classe politique étant prête à la lutte armée pour arracher l’« indépendance totale », recouvrer le « Maroc saharien », pour imposer le parti unique ou la révolution. Complots et vagues de répression alternent. En octobre 1963, la « guerre des sables » est gagnée contre l’Algérie. En mars 1965, les émeutes de Casablanca, matées, font des milliers de victimes. En octobre 1965, Mehdi Ben Barka, chef de file de la gauche, est enlevé à Paris. Son corps ne sera jamais retrouvé. Hassan II s’impose par la force.
Mais l’« étudiant couronné » jouit aussi d’une réelle popularité jusqu’aux deux tentatives de putsch de l’armée au début des années 1970. Il la renouvelle en ordonnant, en novembre 1975, la « marche verte » afin de faire valoir la « marocanité » du Sahara espagnol. Jusqu’à la fin, son prestige international d’allié sûr de l’Occident et d’honnête courtier au Moyen-Orient restera intact. Mais, de plus en plus méfiant et aigri, le monarque gouverne par la crainte. « Au cours d’un règne, il y a souvent des obligations qui sont contraires au droit », expliquera-t-il, lapidaire, à la veille de sa mort. Quand celle-ci survient, les prudentes réformes de la dernière décennie n’ont pas encore effacé l’image de l’homme au chapeau pointu, geôlier de son pays. Mohammed VI lui succède.
HASSAN II (Rabat, 1929-). Roi du Maroc depuis 1961. Fils et successeur de Mohammed V, Hassan II accéda au pouvoir en 1961 et établit un système parlementaire dans lequel il garda de larges prérogatives. Il entra cependant rapidement en conflit avec les partis, décapita le mouvement de gauche après l'enlèvement puis l'assassinat de Ben Barka à Paris (29 novembre 1965), suspendit le Parlement et, par la promulgation d'une nouvelle Constitution (1970), renforça son pouvoir personnel. Les partis politiques affaiblis, il se trouva en conflit avec l'armée dont il avait pourtant favorisé l'importance et échappa à deux tentatives d'attentat (1971, 1972) dans lesquels furent impliqués ses chefs militaires les plus proches (dont le général Oufkir qui se suicida). À partir de 1975, les revendications marocaines sur le Sahara occidental (ancienne colonie espagnole) aboutirent, après la « marche verte » de 350 000 volontaires, à l'occupation des régions du Nord (puis de la totalité des territoires après le retrait en 1979 de la Mauritanie de la partie méridionale). Cette décision, condamnée par l'ONU et l'OUA (Organisation de l'unité africaine), entraîna jusqu'en 1985, après un cessez-le-feu unilatéral, un affrontement permanent entre le Maroc et le Polisario soutenu par l'Algérie et la Libye. Cependant, la « marche verte » avait contribué à forger l'unité nationale autour du roi qui libéralisa quelque peu le régime en organisant en 1977 les premières élections législatives depuis 1963. Disposant d'une autorité renforcée à l'intérieur, Hassan II mena une diplomatie active (aide militaire au président zaïrois Mobutu dans la province du Shaba en 1977 puis à Kolwezi en 1978). Les dépenses occasionnées par le conflit avec le Polisario, les difficultés économiques liées à la crise mondiale provoquèrent des émeutes de la faim (1981, 1984) durement réprimées. Promises de longue date, les élections législatives de septembre 1984 provoquèrent une atténuation de la politique autoritaire et en 1988, le Maroc et le Polisario acceptaient le principe d'un référendum sous l'égide de l'ONU. Aux élections législatives de 1993 (les premières depuis 1984), l'opposition (Union socialiste des forces populaires ou USFP et l'Istiqlal) a marqué un progrès spectaculaire.