ÉTHIOPIE
État de l'Afrique orientale ; capitale Addis-Abeba. Le terme grec d'Aithiopes, « Faces brûlées », apparaît pour la première fois chez Homère, dans l'Odyssée. Le territoire de l'Éthiopie actuelle est l'un des plus anciennement habités par l'homme (v. HOMME, origines de l') ; des hominidés ont été découverts dans des couches géologiques remontant à plus de 3 millions d'années. Le royaume d'Aksoum (Ier/Xe s. apr. J.-C.) L'Éthiopie du XIe au XIXe siècle L'Éthiopie moderne (de 1850 à la colonisation italienne) L'empire d'Éthiopie de 1947 à 1975 La République éthiopienne Le royaume d'Aksoum (Ier/Xe s. apr. J.-C.) La première forme historique d'État éthiopien fut le royaume d'Aksoum (ou Axoum), du nom de sa capitale, au N. de l'Éthiopie actuelle, dans la province du Tigré. Le royaume se forma vraisemblablement à la suite d'une importante émigration en provenance d'Arabie du Sud, au cours des derniers siècles avant notre ère, mais des influences juives et hellénistiques datent également de cette période. Le guèze, langue liturgique éthiopienne, ainsi que les autres langues parlées aujourd'hui sur le plateau éthiopien sont d'origine sémitique. Le titre de « roi des rois » (negusa nagast), porté dès les premiers siècles de notre ère par les souverains d'Aksoum, suggère que ces derniers régnaient sur des populations assez diverses. Les traditions originelles de la monarchie éthiopienne sont liées étroitement au judaïsme : d'après la légende nationale, la dynastie royale d'Aksoum descendait en effet de la reine de Saba, qui aurait donné le jour à un enfant du roi Salomon, Ménélik (Xe s. av. J.-C.). Grâce au grand port d'Adoulis (près de l'actuelle Massaouah), les Aksoumites ont joué un rôle important dans le commerce de la mer Rouge et ont été très tôt en relation avec l'Empire romain et le christianisme. Sous le règne d'Ézana (vers 325/50), l'Éthiopie fut évangélisée par un marchand syrien, Frumence, qui, vers 345 (?) vint à Alexandrie se faire consacrer évêque d'Éthiopie par st Athanase ; l'Église éthiopienne resta intimement liée à celle d'Alexandrie, avec laquelle elle adhéra au monophysisme, qu'elle professe toujours (v. ÉGLISES ORIENTALES MONOPHYSITES). Au début du VIe s., Aksoum conservait d'intenses relations avec l'empire d'Orient. Ses rois se considéraient comme les protecteurs des chrétiens de l'Arabie méridionale, et les persécutions exercées au Yémen fournirent au roi d'Aksoum, Kaleb, le prétexte d'une intervention (vers 525). Mais les Éthiopiens en furent chassés cinquante ans plus tard par les Perses. Ce fut le début du déclin du royaume d'Aksoum, que les conquêtes arabes, au VIIe s., isolèrent des régions méditerranéennes. Bientôt, les Arabes s'assurèrent la suprématie dans la mer Rouge et ravagèrent Adoulis. L'Éthiopie du XIe au XIXe siècle Ce fut dans la province de Lasta, au S. d'Aksoum, que commença, vers le XIIe s., la renaissance de l'État éthiopien. Elle fut l'uvre de la dynastie Zagoué, qui prétendait, elle aussi, descendre du roi Salomon et dont le plus grand souverain fut Lalibela (première moitié du XIIe s.). Ce dernier se fit construire une capitale sainte, Roha, dont il voulut faire une Jérusalem éthiopienne. Mais en 1270, les Zagoué furent renversés par un descendant présumé de la dynastie des Salomonides d'Aksoum, Yékouno Amlak. Aux XIVe et XVe s., la nouvelle dynastie entreprit une vigoureuse contre-offensive contre l'islam, qui n'avait cessé de faire des progrès sur les côtes. Les négus se firent les champions du christianisme, base de l'unité nationale. Ils s'appuyèrent sur le monachisme, renouvelé par un des plus grands saints éthiopiens, Téklé Haimanot ( -vers 1312). Les négus accordèrent à l'Église la propriété d'un tiers des biens de l'État et de nombreux privilèges. Jusqu'au règne de David Ier (1382/1411), les Éthiopiens furent constamment vainqueurs de leurs ennemis musulmans et réussirent à protéger efficacement les chrétiens coptes d'Égypte. Yetchak ou Isaac (1414/29) porta la puissance éthiopienne jusqu'à Zeila, sur le golfe d'Aden (à l'E. de Djibouti), et il s'efforça de nouer des relations avec des chrétiens d'Occident : en 1427, une ambassade éthiopienne fut envoyée en Aragon. 00020000106D00001069 1066,Le règne de Zara Jacob (1434/68), brillant sur le plan diplomatique, fut marqué par la lutte contre le paganisme et le judaïsme. Savant théologien et moraliste, Zara Jacob montra un zèle fanatique pour la réforme de l'Église ; il alla jusqu'à faire exécuter pour idolâtrie ses propres fils. Il resserra les liens avec l'Occident : une délégation éthiopienne participa en 1442 au concile de Florence, mais l'union avec Rome fut éphémère. Cependant, à la fin du XVe s., les négus éthiopiens connurent leurs premiers revers face à l'islam. Cette époque fut en effet marquée par l'ascension de Harrar, centre culturel et économique musulman, capitale du royaume d'Adal, qui, en 1527, passa sous le contrôle du conquérant Ahmed ben Ibrahim, dit Mohammed Granye (« le Gaucher »). Le négus Lebna Dengel refusa les offres d'alliance que lui firent les Portugais. Avec une armée équipée et entraînée par des Turcs, Mohammed Granye se jeta sur l'Éthiopie chrétienne qui fut complètement ravagée. Le négus fit alors appel aux Portugais. Débarqués à Massaouah en févr. 1541, les Portugais finirent par triompher de Mohammed Granye (févr. 1543) et permirent au négus Claudius (1540/59) de rentrer en possession de son empire, totalement ruiné. Cette crise à peine terminée, l'Empire fut menacé par un terrible péril, l'invasion des Gallas nomades, peuple hamitique venu de la région du lac Rodolphe. Au début du XVIIe s., les Gallas occupaient toute la partie méridionale de l'Empire, où ils finirent par s'intégrer peu à peu. L'Éthiopie se rapprocha alors du catholicisme, mais une réaction nationale se traduisit par un mouvement de xénophobie. Les deux siècles qui suivirent furent marqués par le déclin continu de l'autorité impériale, qui ne parvenait plus à s'imposer aux ras (gouverneurs de provinces), indépendants de fait. L'Éthiopie moderne (de 1850 à la colonisation italienne) L'Empire connut un renouveau politique au milieu du XIXe s. Après avoir vaincu de puissants féodaux, le ras Kassa se fit couronner empereur à Aksoum, en 1855, sous le nom de Théodore II. Il entreprit la réorganisation de l'État, mais il s'en prit aux étrangers : le consul et plusieurs résidents britanniques ayant été emprisonnés, l'Angleterre envoya des unités de l'armée des Indes, et Théodore, encerclé dans sa forteresse de Magdala, se suicida (avr. 1868). Le ras du Tigré prit le pouvoir sous le nom de Jean IV (1872/89). Il remporta des succès contre les Égyptiens (1876), mais trouva la mort, à Métemna, en essayant d'arrêter l'invasion des mahdistes (v. MAHDI) (mars 1889). Au même moment s'affirmait la puissance nouvelle du ras du Choa, Ménélik, qui descendait de la dynastie des Salomonides. Établi à Addis-Abeba, qu'il venait de fonder, Ménélik s'empara sans difficulté du trône à la mort de Jean IV. Son règne (1889/1907) consolida le nouvel État éthiopien. Pour parvenir au pouvoir, Ménélik avait profité de l'appui des Italiens, qui, installés depuis 1869 dans la baie d'Assab, s'étaient emparés de Massaouah en 1885 et espéraient faire un vassal du nouveau souverain. Ménélik s'empara du fort italien de Makalé (21 janv. 1896), puis infligea aux Italiens un désastre à Adoua (1er mars 1896). Le gouvernement italien renonça à ses tentatives d'expansion et signa le traité d'Addis-Abeba (26 oct. 1896), qui reconnaissait l'indépendance de l'Éthiopie. Ménélik passa le reste de son règne à agrandir son royaume en soumettant le pays des Gallas, le Harrar et l'Ogaden ; il fit reconnaître ses nouvelles frontières par les grandes puissances européennes et entreprit, avec la collaboration de la France, la modernisation de l'Éthiopie (chemin de fer franco-éthiopien Djibouti-Addis-Abeba). Le petit-fils de Ménélik, Lidj Yassou (1913/16), ayant montré des sympathies musulmanes, fut excommunié et remplacé par sa tante Zaouditou. Mais la régence fut confiée au ras Tafari, qui s'assura bientôt le pouvoir, se fit proclamer négus à la suite d'un coup d'État (1928) et, à la mort de Zaouditou, fut couronné empereur sous le nom d'Haïlé Sélassié Ier (1930). Tout en se posant en homme de progrès, il gouverna d'une manière autoritaire, et la Constitution libérale qu'il octroya en 1931 ne fut jamais appliquée. 0002000011A9000020CF 11A2,En 1923, l'Éthiopie devint membre de la SDN, soutenue par l'Italie, qui signa en 1928 un traité d'amitié et de coopération italo-éthiopien. Mais le 3 oct. 1935, Mussolini ouvrit les hostilités sans déclaration de guerre, et les troupes italiennes occupèrent Addis-Abeba le 5 mai 1936 ; quatre jours plus tard, alors que le négus se réfugiait en Europe, était proclamé l'empire italien d'Éthiopie, avec pour souverain Victor-Emmanuel III. La reconquête de l'Éthiopie fut menée par les troupes britanniques (dans ses rangs combattaient les premiers éléments de la France libre) de nov. 1940 au printemps 1941. Le 5 mai 1941, Haïlé Sélassié rentrait dans sa capitale. L'empire d'Éthiopie de 1947 à 1975 En 1950, l'ONU décida que l'ancienne colonie italienne de l'Érythrée constituerait une unité autonome fédérée à l'Éthiopie, laquelle obtenait ainsi un accès à la mer Rouge ; cette fédération devint effective en 1952, mais, en 1960, l'Éthiopie annexa purement et simplement l'Érythrée, suscitant ainsi la résistance armée du Front populaire de libération de l'Érythrée (FPLE), soutenu par le Soudan et divers pays arabes. D'autres difficultés opposaient l'Éthiopie à la république de Somalie, qui revendiquait la province éthiopienne méridionale de l'Ogaden. En dépit de la Constitution de 1955, le régime d'Haïlé Sélassié ne connut qu'une libéralisation très limitée ; l'empereur restait un monarque de droit divin, possédant tous les pouvoirs. L'Église éthiopienne conservait un monopole cultuel absolu, au vif mécontentement des minorités musulmanes. Le pays comptait encore 95 % d'analphabètes au début des années 1970. La police détenait des pouvoirs arbitraires, la presse était étroitement surveillée, l'esclavage, quoique officiellement supprimé depuis 1942, subsistait dans certaines régions. Toutefois, l'empereur jouait un rôle important dans les affaires africaines, et, en 1963, c'est à son initiative qu'était fondée l'Organisation de l'unité africaine (OUA), dont le siège fut fixé à Addis-Abeba. Cependant, la révolte en Érythrée, le mécontentement des officiers subalternes mal payés, l'incapacité du gouvernement à porter secours aux victimes de la terrible famine qui affecta les populations du Centre et du Nord-Ouest en 1973 constituaient autant de signes de la fragilité du régime. Un « Comité de coordination des forces armées », déclencha une mutinerie en févr. 1974. Haïlé Sélassié fut déposé et arrêté (12 sept. 1974). Les rivalités au sein de la junte militaire se traduisirent, en nov., par des dizaines d'exécutions. Le pouvoir passa alors à des militaires qui engagèrent l'Éthiopie dans la voie du socialisme révolutionnaire. Toutes les terres furent nationalisées, et l'ensemble des étudiants furent mobilisés pour un Service national du travail. La monarchie fut formellement abolie le 21 mars 1975 et le roi Haïlé Sélassié fut tué dans son lieu de détention en août 1975. La République éthiopienne Le lieutenant-colonel Haïlé Mariam Mengistu, instigateur d'un coup d'État le 3 févr. 1977, devint président du Conseil militaire gouvernemental provisoire. Radicalisant l'orientation marxiste-léniniste du pouvoir, il mena une sanglante épuration de tous les opposants potentiels du pays et la lutte armée contre les rebelles en Érythrée et au Tigré. La rupture avec les États-Unis coïncida avec un renfort des conseillers techniques cubains, un appui du Yémen du Sud et une aide soviétique. À la suite d'incidents frontaliers, une guerre s'engagea en 1977 avec la Somalie à propos du territoire de l'Ogaden. En août 1980, celle-ci redoubla de violence et Mogadiscio saisit l'OUA, qui tenta, sans succès, de jouer les médiateurs. La guerre de l'Ogaden se révéla tragique pour des milliers de Somalis piégés entre les combattants. En oct. et en nov. 1980, la supériorité militaire de l'Éthiopie, qu'aidaient des soldats cubains et des techniciens soviétiques, épuisa les guérilleros du Front de libération de la Somalie occidentale qui cessa le combat. Le conflit ne fut réglé qu'en avr. 1988. Engagé depuis 1960, le conflit avec l'Érythrée avait suscité de coûteuses campagnes. Une vaste opération politico-militaire, appelée « Étoile rouge », fut déclenchée en 1981/82. Si Asmara, la capitale, put être reconquise, le Nord resta aux mains des rebelles. Affectée par une sécheresse désastreuse (entraînant la mort de plus de 200 000 personnes en 1984 et 1985), entretenant une armée disproportionnée avec ses ressources, l'Éthiopie devint l'un des cinq pays les plus pauvres du monde. 000200000A4300003271 A3D,En 1984, Mengistu créait le parti (unique) des travailleurs éthiopiens, dont il fut le secrétaire général. En 1987, s'appuyant sur une nouvelle Constitution, H. M. Mengistu devint président d'une République démocratique et populaire d'Éthiopie. Mais les réformes économiques radicales du régime, impliquant des déplacements massifs de populations, se révélèrent désastreuses et firent d'innombrables victimes. Confronté à la coalition des rébellions qui avaient éclaté en plusieurs points du pays au cours des années 1980 et à l'arrêt du soutien militaire soviéto-cubain, le régime Mengistu s'effondra en mai 1991 avec l'entrée dans Addis-Abeba des rebelles tigréens. Un gouvernement provisoire jugula l'agitation à Addis-Abeba et accepta le principe de l'indépendance de l'Érythrée en juill. 1991, officiellement reconnue en mai 1993. Le pays fut transformé en une fédération de neuf régions, chacune ayant théoriquement le droit de faire sécession. Les élections législatives de mai 1995 virent la victoire sans partage du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (493 sièges sur 547) et le nouveau Parlement élut le président de la République, Negaso Gidada et le Premier ministre, Mélès Zenawi. En 1997, après trois ans de répit, et malgré une amélioration de la gestion agricole, l'Éthiopie fut encore touchée par la famine. L'année suivante fut marquée par une nouvelle guerre contre l'Érythrée, à la suite d'un conflit frontalier et de nombreux contentieux portant sur l'accès à la mer Rouge. Malgré les nombreuses tentatives de médiation, le conflit se poursuivit en 1999 et en 2000, avec un coût humain très élevé dû aux combats sanglants et aux déportations organisées par les deux belligérants. À la veille des élections générales, qui virent un véritable plébiscite du pouvoir, Addis-Abeba lança en mai 2000 une offensive qui bouscula l'armée érythréenne et permit de conquérir une grande partie du pays. Les efforts permanents de l'OUA et de l'ONU aboutirent enfin à un accord de cessez-le-feu signé à Alger le 18 juin 2000, qui prévoyait le déploiement d'un important contingent de casques bleus, dont les premiers éléments débarquèrent en sept. En février 2001, les troupes éthiopiennes commencèrent à évacuer les territoires occupés en Érythrée, et le 13 avril 2002, la Cour de justice de La Haye partagea les territoires contestés entre les deux pays. À l'intérieur du pays l'agitation sociale se poursuivait, nourrie par des manifestations étudiantes sévèrement réprimées (60 morts en avril 2001, 30 à 60 morts en mai 2002), tandis que la famine continuait de sévir dans certaines régions.