Édouard III (1312-1377) ; roi d'Angleterre [1327-1377].
Édouard III (1312-1377) ; roi d'Angleterre [1327-1377].
Fils aîné du malheureux Édouard II et de l'ambitieuse Isabelle de France, E. est né le 13 novembre 1312. En 1325, il est en France avec sa mère, et le roi Charles IV, son oncle, l'investit de la Guyenne dont il a prononcé la confiscation sur Édouard IL La mère d'É., accompagnée de son amant Roger Mortimer, gagne ensuite le Hainaut et y trouve le soutien du comte Guillaume pour préparer une expédition contre son mari. L'alliance est sanctionnée par les fiançailles du jeune É. et de la fille du comte, Philippa de Hainaut (le mariage est célébré en 1328). Désigné roi à l'abdication de son père, É. est couronné le 29 janvier 1327 ; jusqu'en 1330, la reine mère exerce la régence et Mortimer la réalité du pouvoir. É., allié à Henri de Lancastre, renverse alors Mortimer et éloigne sa mère. Le jeune roi entreprend de restaurer son autorité. Mais en dépit de ses victoires et de celles de son protégé Édouard Balliol, il ne parvient ni à soumettre vraiment les Écossais, soutenus en sous-main par les Français, ni à reprendre les territoires anglais perdus sur le Continent. En 1337, éclate la guerre de Cent Ans. On y a longtemps vu un conflit dynastique où É. revendiquerait la couronne de France contre le nouveau roi, Philippe VI de Valois. E. est en effet neveu, par sa mère, du défunt roi Charles IV, dernier des Capétiens directs, et donc, par les femmes, son plus proche parent. L'argument est certes avancé par E., mais ne se développe qu'au fil des décennies : en 1329, E. reconnaît Philippe VI et lui prête hommage. Les vraies origines de la guerre sont dans le conflit au sujet des possessions anglaises dans le royaume de France et dans les heurts constants des intérêts, diplomatiques, économiques, des deux puissantes monarchies. Si, en 1337, É. qualifie Philippe VI de « Philippe qui se dit roi de France » et, en 1340, se proclame lui-même roi de France, c'est surtout par tactique et pour donner une plus grande légitimité à la guerre. Les opérations du début de la guerre sont décevantes pour E., qui fait la première de ses chevauchées dans le nord du royaume de France en 1339 : il n'a guère tiré de profit concret de son alliance avec l'empereur Louis IV et les princes allemands. E. se repose alors surtout sur les troubles de zones rétives aux interventions pesantes du roi de France : la Flandre (c'est dans ce contexte que la flotte anglaise écrase la française à L'Écluse, le 24 juin 1340), la Bretagne ; de même, il exploitera ensuite l'ambition de Charles le Mauvais de Navarre. Après des trêves, les opérations reprennent et débouchent sur les premières grandes victoires terrestres anglaises : Crécy (25 août 1346), chute de Calais (3 août 1347), capture du roi de France, Jean le Bon, à la bataille de Poitiers, remportée par le fils aîné d'E., le Prince Noir Édouard (19 sept. 1356). Au traité de Brétigny (8 mai 1360, ratifié à Calais le 24 oct.), E. abandonne ses prétentions à la couronne française et obtient Calais, le Ponthieu, une large Aquitaine, dégagés de tout lien vis-à-vis du roi de France. L'Écosse n'est plus dangereuse depuis que la défaite de Bannockburn a été vengée en 1346 à Neville's Cross. Capturé, le roi David II Bruce doit passer par les volontés d'E. Mais d'autres difficultés surgissent. Rentables quand les chevauchées et les victoires fournissent de nombreux gains, surtout par les rançons des captifs, les opérations militaires coûtent cher et le Parlement exige toujours de nouvelles concessions politiques en échange de nouveaux impôts. La puissance politique des grands nobles est d'autant plus menaçante que la politique familiale d'É., visant à allier ses enfants aux plus grandes maisons, voire à leur en assurer la succession, crée bientôt autant de clans rivaux : l'aîné Édouard épouse sa cousine Joan de Kent ; Lionel, ensuite créé duc de Clarence, s'allie à Élisabeth de Burgh, d'une puissante maison irlandaise, puis à une Visconti avant de mourir en 1368 ; Jean de Gand convole avec Blanche, héritière du duché de Lancastre ; deux autres fils, Henri et Thomas de Woodstock (duc de Gloucester), épousent les deux héritières de la maison de Bohun ; Edmond de Langley est marié à Isabella, soeur de la seconde femme de Jean de Gand, Constance de Castille, et devient duc d'York. Comme les autres nations enfin, l'Angleterre souffre terriblement de la Peste noire (1348) et des retours périodiques de la pandémie. Pour tenter de pallier le désordre économique, E. prend une législation originale, imitée dans toute l'Europe : en 1351, le statute of the Labourers tente de fixer autoritairement le montant des prix et des gages salariés pour enrayer leur envolée. Il s'intéresse aussi de très près aux exportations de laine, moyen de pression politique sur le comté de Flandre et, par la fiscalité, source de revenus essentiels pour le roi ; l'ordonnance de «l'étape» (staple) prise en 1313 avait obligé tous les marchands à concentrer les exportations en un seul lieu, d'abord Saint-Omer ; l'étape se déplace ensuite, à Bruges, à Calais (1348) ; en 1351, les Communes font décréter un régime de liberté ; E. revient au régime de l'étape, d'abord en Angleterre, puis à Calais (1363). Le malaise spirituel de l'époque se lit, comme sur le Continent, dans un mouvement anticlérical multiforme qui est, ici, exploité politiquement, par des personnalités aussi diverses que John Bail et Jean de Gand. La politique hostile à la papauté systématisée, plus que créée, par E. est unanimement approuvée dans le royaume (statute of Provisors, 1351, qui interdit les interventions pontificales dans les collations de bénéfices ; statute De praemunire, 1353, qui renforce les prérogatives des cours de justices royales). Point d'orgue, le roi annule en 1366 le lien vassalique instauré envers l'Eglise romaine par le roi Jean sans Terre. L'application du traité de Brétigny-Calais est particulièrement difficile et, en 1369, le roi de France Charles V se sent assez fort pour reprendre les hostilités. Les dominations anglaises se réduisent comme une peau de chagrin autour de Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux et Bayonne (trêve de Bruges, 1er juill. 1375). Le problème écossais resurgit à la mort de David II (25 févr. 1371) : le nouveau roi, son neveu Robert Stewart (Stuart), rejette à nouveau la tutelle anglaise. Les dernières années d'É., affaibli, sont dominées par les clans qui s'opposent à la cour et se cristallisent autour de Jean de Gand et du Prince Noir. Le roi meurt un an après ce dernier, le 21 juin 1377. Le fils du Prince Noir, Richard, lui succède dans des conditions délicates.
ÉDOUARD III (Windsor, 1312-Sheen, Richmond, 1377). Roi d'Angleterre (1327-1377). Souverain énergique et ambitieux, son long règne fut marqué par les débuts de la guerre de Cent Ans, la Peste noire et de graves troubles religieux. Monté sur le trône après le meurtre de son père Édouard II, il régna d'abord sous la tutelle de sa mère Isabelle de France et de Roger Mortimer dont il se débarrassa par une révolution de palais (exécution de Mortimer, 1330). Petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère, il revendiqua la couronne de France (1337) et engagea son pays dans la guerre de Cent Ans. Ses victoires de L'Écluse (1340), de Crécy (1346) et de Calais (1347) contre Philippe VI de Valois, mais aussi le traité de Brétigny (1360) qui lui reconnaissait la possession de l'Aquitaine aux limites de l'ancien duché d'Aliénor, semblaient lui offrir les plus belles espérances. Cependant, le redressement français sous Charles V et les victoire de Du Guesclin lui firent perdre toutes ses conquêtes et, à sa mort, les Anglais ne possédaient plus en France que quelques places maritimes (Calais, Cherbourg, Brest) et une étroite bande côtière de Bordeaux à Bayonne. Édouard III dut faire face à l'intérieur aux terribles conséquences de la Peste noire, aux progrès du Parlement réuni fréquemment pour voter les aides extraordinaires et à la naissance de l'hérésie de Wyclif. Il abandonna à la fin de sa vie le pouvoir à son fils Jean de Gand. Richard II, son petit-fils, lui succéda. Voir Jarretière (Ordre de la), Windsor (Château de).
Liens utiles
- Édouard II (1284-1327) Roi d'Angleterre.
- Édouard, dit le Prince Noir1330-1376Édouard de Woodstock est le fils aîné d'Édouard III, alors âgé de dix-huit ans, et roid'Angleterre depuis 1327.
- John Knox1505-1572Knox, réformateur écossais, fut chassé de son pays et reçut bon accueil en Angleterre, à lacour d'Édouard VI, qui le nomma prédicateur du roi en 1551.
- Édouard III1312-1377En 1327, Édouard II, prince sans énergie ni habileté, en lutte perpétuelle avec les grands etle Parlement, fut contraint d'abdiquer en faveur de son fils, Édouard III.
- Alice Perrersfin du XIVe siècleMaîtresse d'Edouard III d'Angleterre, en 1366, Alice Perrers (ou Alice de Windsor) trafiqua deson influence auprès du roi et se rendit si impopulaire que le Parlement exigea sonbannissement.