Databac

CRISE DE 1929

Cette crise fut la plus grave de celles que connut l'économie capitaliste moderne. Elle se déchaîna d'une manière tout à fait inattendue, au milieu de l'euphorie qu'avait suscitée la rapidité de la reconstruction après la Première Guerre mondiale. Dix ans après 1918, la production mondiale et le commerce international atteignaient des chiffres encore inégalés. Sauf en URSS, toute l'économie de l'après-guerre se développait sur la base du libéralisme économique (retour général à l'étalon-or), qui avait fait la prospérité de l'Europe au XIXe s. L'ampleur des progrès techniques et le succès des méthodes de rationalisation contribuaient encore à augmenter la confiance. Mais, au États-Unis, un formidable mouvement de spéculation boursière s'est développé, avec un recours excessif au crédit. Les premiers signes de malaise apparurent à Wall Street dès le 18 oct. 1929 et, le 24 oct., le « Jeudi noir », ce fut le déferlement de la panique. Près de 13 millions de titres furent jetés sur le marché, pour atteindre 16 millions le mardi suivant. Les valeurs baissèrent de 30 % en oct., de 50 % en nov. En juill. 1932, l'indice de la production industrielle américaine (100 en 1929) était tombé à 48,7 ; le drame de l'agriculture se manifestait spectaculairement par l'effondrement du cours du coton (1929 17,65 cents ; 1933 : 6 cents) et du blé (1920 : 98 cents ; 1933 : 40 cents) ; la crise bancaire atteignit son sommet au début de 1933, lorsque toutes les banques fermèrent après la proclamation d'un moratoire général. Des États-Unis, la crise s'était étendue rapidement à l'Amérique latine (1929/30), à l'Autriche (faillite de la Credit Anstalt, 11 mai 1931), à l'Allemagne (d'où les capitaux américains avaient été brusquement rapatriés), à la Grande-Bretagne et au Commonwealth, enfin, plus tardivement mais plus durablement, à la France (1932). Dans tous les pays, les manifestations de la crise furent à peu près semblables : a) baisse de la production (en 1932, la production industrielle mondiale était inférieure de 36 % à celle de 1929 ; cet écart atteignait près de 50 % aux États-Unis et en Allemagne) ; b) baisse des prix (entre 1929 et 1932, l'indice des prix de gros tomba de 100 à 68 aux États-Unis, à 70 en Allemagne, à 67 en Angleterre, à 68 en France) ; c) effondrement des valeurs boursières (de 1929 à 1932, les cours passèrent en moyenne de 100 à 25 aux États-Unis, à 40 en Allemagne, à 60 en Angleterre, à 47 en France, à 37 en Belgique) ; d) multiplication des faillites (en France, la Banque nationale de crédit, la Compagnie générale transatlantique, Citroën) ; e) multiplication des chômeurs, dont le nombre atteignait, à la fin de 1932, 12 millions aux États-Unis, 6 millions en Allemagne, près de 3 millions en Angleterre. Pour tenter de maintenir les prix, on détruisait les produits agricoles au moment même où des millions d'hommes connaissaient la faim avec la misère. Cependant, les grands États commençaient à prendre des mesures pour sortir du chaos. Elles se traduisirent partout par un abandon plus ou moins radical du libéralisme économique et par un renforcement de l'intervention de l'État dans la répartition, les prix, la production. Le 20 sept. 1931, l'Angleterre décida la dévaluation de la livre sterling et l'abandon de l'étalon-or ; puis elle renonça au libre-échange (nov. 1931), et la conférence impériale économique d'Ottawa (juill./août 1932) établit des tarifs préférentiels entre la Grande-Bretagne et les États du Commonwealth. Suivant l'exemple anglais, les États-Unis de Roosevelt dévaluèrent le dollar (avr. 1933), et le gouvernement, pour lutter contre le chômage et favoriser la reprise des affaires, inaugura le New Deal, qui consacrait l'intervention de l'État dans un pays qui avait été jusqu'alors la forteresse du libéralisme. En France, où le gouvernement se refusait à dévaluer le franc Poincaré (malgré les conseils de certains experts comme Paul Reynaud), les dévaluations anglaise et américaine accentuèrent la disparité des prix français avec les prix étrangers. Alors que la reprise se dessinait dans la plupart des pays à la fin de 1933, la crise française ne cessa de s'aggraver en 1934/35 et l'expérience déflationniste du cabinet Laval aboutit à un échec. La victoire électorale du Front populaire (mai 1936) devait marquer le ralliement français à l'évolution dirigiste qui entraînait désormais tous les États. Le franc fut dévalué (oct. 1936), mais la France allait, en fait, continuer à subir la crise jusqu'à la guerre de 1939. Les conséquences en avaient été encore plus graves en Allemagne, où des millions de chômeurs et de petits bourgeois ruinés portèrent Hitler au pouvoir (janv. 1933) ; le régime national-socialiste adopta une politique rigoureusement dirigiste et autarcique et mit en oeuvre un grand programme de travaux publics (autoroutes) et d'armements, qui résorba rapidement le chômage. Des mesures analogues furent prises par l'Italie fasciste. À la fin des années 1930, la crise n'était pas définitivement surmontée : la confiance des années 1920 était perdue ; des barrières s'étaient élevées entre les États, favorisant le retour de sentiments nationalistes parfois exacerbés.

CRISE ÉCONOMIQUE DE 1929. Crise économique qui se déclencha aux États-Unis le 24 octobre 1929 (le Jeudi noir ou Black Thursday) après le krach boursier de Wall Street, avant de s'étendre à la presque totalité du monde. Par son ampleur et sa durée, ses conséquences sociales et politiques, la crise des années 30 fut un des événements majeurs de l'histoire de la première moitié du xxe siècle. Révélateur des dysfonctionnements profonds de l'économie capitaliste américaine, le krach boursier de New York fut aussi le déclencheur de la crise. Il ruina en quelques jours les détenteurs d'actions et propagea la crise au secteur bancaire qui avait imprudemment engagé des fonds dans la spéculation. En outre, victimes des retraits de fonds provoqués par la panique, les banques furent privées de liquidités, et ne purent plus soutenir leurs prêts ni pour la consommation, ni pour l'investissement. Cette crise bancaire, amenant une raréfaction du crédit, précipita les entreprises dans la faillite, entraînant une grave crise sociale. La crise, d'origine américaine, finit par atteindre l'Amérique latine et de nombreux pays européens. Les États-Unis, en interrompant leurs prêts ou en rapatriant ceux arrivant à échéance, provoquèrent une grave contraction des liquidités internationales et la faillite de nombreuses banques. Les pays atteints furent ceux dont l'économie dépendait le plus des capitaux étrangers et du commerce international (Autriche et Allemagne, Angleterre), les pays d'Amérique latine subissant les effets de l'effondrement des prix des matières premières. Aucune politique anti-crise des années 30 n'apportera de succès durables, malgré l'intervention de l'État et les politiques d'armement. Les relations internationales subirent enfin inévitablement le contrecoup de la crise, certains pays (Allemagne, Japon) trouvant dans la conquête la solution aux difficultés intérieures. Voir Front populaire, Hitler (Adolf), Roosevelt (Franklin D.).




JEUDI NOIR DE WALL STREET

(24 octobre 1929). Nom donné à la journée qui marqua à la Bourse de Wall Street, à New York, le début de la grande crise économique de 1929. Ce jour-là, près de 13 millions de titres furent vendus sur le marché.

Liens utiles