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FRONT POPULAIRE

Nom donné, dans les années 1930, à la coalition rassemblant les communistes, les socialistes et des partis de gauche non marxistes, tels que les radicaux en France, au nom de la lutte contre le fascisme. En France, le danger représenté, en 1933, par l'arrivée de Hitler au pouvoir n'avait pas suffi à provoquer une union des forces de gauche. La crise du 6 févr. 1934 à Paris, déclencha un mouvement : le 12 févr., la gauche organisa sur le cours de Vincennes une manifestation imposante (de 80 000 à 100 000 personnes) à laquelle prirent part communistes et socialistes. En mars 1934 fut fondé le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes qui rassemblait des communistes, des socialistes et des radicaux. Cependant, seul un retournement politique au sein des états-majors des trois partis permit la définition d'un programme commun. Dès juin 1934, les dirigeants communistes acceptèrent d'entrer en pourparlers avec ceux de la SFIO et, le 12 juill. 1934, fut signé un pacte d'unité d'action socialo-communiste. En juin 1935, le ralliement des radicaux permit de préparer le grand défilé d'union qui eut lieu le 14 juill. 1935, de la Bastille au cours de Vincennes. Cette journée marqua la naissance du Front populaire. Il comprenait les partis communiste, socialiste SFIO, socialiste indépendant, radical, les deux confédérations syndicales : CGT (socialiste) et CGTU (communiste) et diverses organisations comme la Ligue des droits de l'homme et le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Le principe de la réunification syndicale fut admis en sept. 1935 et le congrès de réunification eut lieu à Toulouse en mars 1936. Cependant, la collaboration des radicaux, attachés à des solutions économiques libérales, avec les deux grands partis marxistes, rendait difficile l'élaboration d'un programme commun de Front populaire, programme qui fut cependant publié le 10 janv. 1936. Ce programme était plus précis sur le plan politique (interdiction des ligues ; défense des droits syndicaux et de l'école laïque ; défense de la paix et nationalisation des industries de guerre) que sur le plan économique. L'alliance électorale de la gauche ne devait jouer qu'au second tour des élections, la discipline s'imposant au second tour en faveur du candidat de gauche le mieux placé. Le premier tour (26 avr. 1936) fut décevant pour le Front populaire, mais la victoire fut très nette au second tour (3 mai). Le Front populaire obtenait finalement 378 sièges contre 220. Cette majorité de Front populaire n'existait qu'avec les radicaux qui restaient ainsi les arbitres de la situation. Léon Blum forma un gouvernement composé de socialistes et de radicaux (4 juin 1936), les communistes ayant adopté l'attitude du soutien sans participation. Le Front populaire n'allait pas se montrer, une fois au pouvoir, à la hauteur des grands espoirs qu'il avait éveillés. En dépit de ses réalisations sociales (v. FRANCE. Du Front populaire à la guerre), il se trouva très tôt handicapé par la surenchère communiste et par les hésitations radicales. La politique de non-intervention adoptée par Blum à l'égard de la guerre civile d'Espagne contribua à créer une tension entre socialistes et communistes. Ces derniers s'abstinrent dans un vote de confiance sur la politique étrangère du gouvernement, le 5 déc. 1936. Aux prises avec l'hostilité des milieux financiers et industriels, Blum dut annoncer une pause sociale (13 févr. 1937) et, lorsqu'il demanda les pleins pouvoirs, l'opposition du Sénat le força à démissionner (21 juin 1937). Les deux ministères Chautemps qui lui succédèrent (juin 1937/mars 1938) continuèrent la politique du Front populaire mais en l'atténuant. Le second ministère Blum (13 mars/8 avr. 1938) aboutit rapidement à un échec. Daladier, qui forma le nouveau gouvernement, allait signer les accords de Munich (30 sept. 1938), qui portèrent un coup définitif au Front populaire. Malgré l'opposition des communistes, les députés ratifièrent le traité par 535 voix contre 75. 0002000004BB00000FA5 4B5,En Espagne, le Front populaire (Frente popular) se constitua autour de Manuel Azaña à la suite des négociations menées de juin à août 1935 entre les syndicalistes, les communistes, les socialistes, les anarchistes, les trotskistes, l'Union de la gauche républicaine et les républicains. Cette coalition obtint une victoire décisive aux élections du 16 févr. 1936 qui lui donnèrent 256 sièges, contre 52 aux partis du centre et 165 à la droite. Azaña forma le nouveau gouvernement (19 févr.) puis fut élu président de la République (10 mai 1936). La victoire du Front populaire fut immédiatement suivie d'une vague de grèves, de violences anticléricales (en quatre mois, 170 églises furent incendiées), d'attentats politiques, d'occupation des terres par les fermiers... Azaña, de crainte de se laisser couper du peuple, suivait le mouvement plus qu'il ne le dirigeait. Ce climat d'anarchie contribua, en quelques semaines, à rejeter la plus grande partie de la bourgeoisie vers le fascisme. L'assassinat d'un des chefs de l'opposition, Calvo Sotelo (13 juill.), fut suivi, le 18, par le soulèvement militaire, dont le commandement passa au général Franco. Voir ESPAGNE. D'Alphonse XIII à la guerre civile.

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