CONSEILS OUVRIERS
L'idée des conseils ouvriers, conçus comme l'organisation autonome du prolétariat en lutte, joua un rôle essentiel, tout particulièrement en Allemagne, dans les mouvements révolutionnaires européens des années 1918/20. Elle trouve son origine immédiate dans les soviets russes, apparus dès la révolution manquée de 1905, mais elle pouvait se réclamer d'une vieille tradition socialiste remontant à Proudhon et à Marx, qui avait proclamé que « l'émancipation des travailleurs sera l'uvre des travailleurs eux-mêmes », ainsi qu'à la Commune parisienne de 1871. En nov. 1918, les conseils d'ouvriers et de soldats (Arbeiter-und Soldatenräte) furent à l'avant-garde de la révolution allemande. Des conseils de marins et d'ouvriers se rendirent maîtres de Kiel le 4 nov. 1918. Dans les jours suivants, des conseils similaires, formés de matelots ou de soldats et d'ouvriers, se constituèrent dans la plupart des ports et des grandes villes du Reich. Dominés soit par les socialistes majoritaires, soit par les socialistes de gauche ou indépendants, les conseils se posaient comme les seuls représentants du pouvoir populaire ; dès le 10 nov. 1918, les conseils ouvriers de Berlin, où prédominaient les socialistes majoritaires, se donnèrent un Comité exécutif qui délégua aussitôt ses pouvoirs au Conseil des commissaires du peuple constitué sous la direction du socialiste majoritaire Ebert. Or, ce dernier était résolu à sauver l'unité du Reich, à préserver les structures fondamentales de l'État et de l'économie. Pour empêcher le développement de l'anarchie, il accepta, dès les premiers jours de la révolution, l'appui des militaires. Dès lors, le Conseil des commissaires du peuple s'efforça de limiter les pouvoirs des conseils, que les spartakistes voulaient étendre. Le congrès des conseils qui se réunit à Berlin du 16 au 21 déc. 1918 fut dominé par les socialistes majoritaires qui prêtèrent la main à Ebert. Le parti communiste allemand, qui se constitua à la fin de déc. 1918, adopta les vues de Rosa Luxemburg, fondées sur la croyance en la spontanéité révolutionnaire des masses et sur l'hostilité à la conception léniniste d'un parti centralisé. Cette attitude favorisa les entreprises du gouvernement social-démocrate ; avec l'aide des corps francs, le socialiste Noske, commissaire aux Affaires militaires, écrasa dans le sang les conseils de Berlin (janv. et mars 1919), de Magdebourg (avr. 1919) et de Leipzig (mai 1919)... Dans la Bavière séparatiste, au contraire, le gouvernement révolutionnaire de Kurt Eisner s'appuya sincèrement sur les conseils d'ouvriers et de soldats. Après l'assassinat d'Eisner par un officier (févr. 1919), les conseils de Munich supprimèrent la presse bourgeoise, armèrent le prolétariat, ordonnèrent des prises d'otages et, à l'exemple de Béla Kun en Hongrie, proclamèrent une « république des Conseils » (Räterepublik), le 7 avr. 1919. Cette République bavaroise des Conseils fut écrasée par les corps francs de von Epp et d'Ehrhardt les 1er/3 mai 1919. Cependant, durant toute l'année 1919, de nouveaux conseils ouvriers ou « organisations d'usines » apparurent dans toutes les régions d'Allemagne. 0002000001AF00000C4C 1A9,Cette tendance gauchiste du communisme allemand, particulièrement forte à Berlin, dans le Nord, le Nord-Ouest et la Saxe, fut dénoncée par Lénine dans La Maladie infantile du communisme et fut exclue du PC allemand en févr. 1920. Elle forma alors l'Union générale ouvrière d'Allemagne (AAUD) (févr. 1920), puis le parti ouvrier communiste d'Allemagne (KAPD) (avr. 1920), qui perdit dès 1922/23 toute influence sur les masses.
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