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CHRISTIANISME (origines du)

L'Église primitive groupée autour des Apôtres se recruta d'abord parmi les Juifs mais se heurta à la résistance de la plupart d'entre eux, qui ne pouvaient admettre que la religion d'Israël dût se transformer en une religion de salut universel. Paul fut le premier à porter résolument la foi nouvelle aux gentils (les « non-Juifs »), durant ses trois grands voyages missionnaires à travers l'Asie Mineure et l'Europe (44/58). La rupture avec le particularisme juif fut consacrée à l'assemblée de Jérusalem (48), et la destruction du temple de Jérusalem par les Romains (70) permit au christianisme de s'émanciper complètement de ses origines, tout en conservant les traditions de l'Ancien Testament, considérées comme préparant la venue de Jésus-Christ rédempteur de tous les hommes. La religion nouvelle se fonda sur un nouveau corpus de textes finalement formé par les quatre Évangiles, les Actes des Apôtres et les Épîtres, dont celles de Paul furent les plus nombreuses et les plus importantes. Cet ensemble qui est pour les chrétiens le Nouveau Testament ne fut pas fixé définitivement avant le cours du IIe s. apr. J.-C. Mais l'Église, libérée du particularisme d'Israël, se heurta à l'hostilité du monde païen. À la suite de l'incendie de Rome (64), Néron fit supplicier de nombreux chrétiens, parmi lesquels la tradition fait figurer Paul et Pierre ; le martyre de ces deux apôtres devait fonder la revendication de la prééminence de Rome sur le monde chrétien. Les persécutions ne furent longtemps ni générales ni continues. Les autorités impériales ont longuement hésité sur la position à prendre ; en 112, l'empereur Trajan, sollicité par Pline, gouverneur de Bithynie, répondit que les chrétiens qui se reconnaissaient comme tels devaient être punis ; mais il n'ordonna pas de les poursuivre et ne se réfèra à aucune loi ou cas de jurisprudence qui pourrait guider les fonctionnaires impériaux. Il est certain que la plus grande partie de la population était hostile aux chrétiens, accusés de crimes imaginaires. Dans un monde tolérant à l'égard de toutes les croyances, pourvu qu'il n'y eût aucune atteinte à l'ordre public, les chrétiens se singularisaient par leur refus de tout rapprochement entre leur Dieu et les dieux païens. Cet exclusivisme inhabituel se traduisait par leur absence de participation aux cultes de la cité, et notamment au culte impérial. Leur attitude était une offense à l'ordre public et un danger pour la cohésion morale de la société romaine. Cette méfiance, voire la haine qu'on leur portait, a obligé les autorités romaines à sévir pour satisfaire une sorte de demande populaire du maintien de l'ordre dans la cité. Même s'il a pu se produire des situations tragiques par l'excès de cruauté et le nombre élevé de victimes (ce fut le cas, par exemple, pour les 48 martyrs de Lyon, exécutés en 177 dans des conditions affreuses), il a fallu attendre le IIIe s. apr. J.-C. pour que commencent des persécutions systématiques. Ainsi celles qu'ordonnèrent les empereurs Dèce (249/51) et Valérien (253/60) et, plus largement encore, celle qui fut exercée dans tout l'Empire par les empereurs Dioclétien et Maximien après la publication des édits de 303 et 304. Sporadiquement, inégalement selon les provinces, cette dernière vague de persécutions dura une quinzaine d'années ; mais nos sources semblent indiquer que la haine populaire contre les chrétiens s'était largement dissipée depuis deux siècles et que les autorités cédèrent à une sorte de lassitude devant l'inefficacité de cette répression. 000200000C5800000DD2 C52,Pendant toutes ces années, l'Église s'organisa. Le culte fut pratiqué d'abord chez des particuliers, ou dans des lieux tels que les catacombes, utilisées comme cimetières où l'on ensevelissait les corps des martyrs, et nullement comme des refuges qu'auraient ignorés la police et la population païenne. Toute communauté chrétienne était dirigée par le groupe des presbytres (les « anciens ») et par des diacres. Peu à peu, chaque cité se trouva sous la responsabilité d'un episcopos (« surveillant »), ou évêque. Il nous est difficile d'apprécier les progrès et les modalités des conversions au christianisme. Elles se sont réalisées dans tous les milieux sociaux, des simples esclaves aux grands dignitaires et plutôt en milieu urbain ou péri-urbain. La résistance (ou la passivité) des milieux ruraux se révèle dans l'emploi du mot païen pour désigner ceux qui s'en tenaient aux dieux et aux cultes traditionnels : il vient du latin paganus qui signifie « paysan ». L'empereur Constantin (306/37) ouvrit une nouvelle ère dans l'histoire du christianisme : par l'« édit de Milan » (début 313), il accordait « à chacun d'adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel ». Cela revenait à accorder à tous, chrétiens compris, une totale liberté de croyance et de culte ; mais la faveur accordée aux chrétiens apparaissait dans le fait que l'État leur restituait les biens qui leur avaient été confisqués. Bien qu'il ne se soit fait baptiser lui-même qu'à la veille de sa mort, Constantin travaillait ainsi à préparer l'unité religieuse de l'Empire par le christianisme ; il garda le titre de pontifex maximus, mais s'abstint de plus en plus de paraître aux cérémonies du culte païen et orienta le droit pénal et le droit civil pour satisfaire aux exigences morales des chrétiens (suppression du supplice de la croix ; protection de la famille, des enfants, des esclaves ; lois renforcées contre l'adultère). La construction de nombreuses basiliques chrétiennes réservées au culte, la mise au jour du Saint-Sépulcre par l'impératrice Hélène, mère de l'empereur, la fondation d'une nouvelle capitale, Constantinople (330), consacrée au Dieu des martyrs, furent autant de signes de la bienveillance que le pouvoir témoignait au christianisme. Plus encore, Constantin voulut être un véritable « évêque du dehors » : c'est ainsi qu'il intervint personnellement dans les polémiques doctrinales ouvertes par l'arianisme : cette hérésie, qui niait la divinité de Jésus-Christ, fut condamnée au concile de Nicée (325), premier concile œcuménique convoqué par l'empereur lui-même, où fut adoptée une formule résumant la doctrine chrétienne, le symbole de Nicée. Constantin donnait en cette occasion l'exemple d'une intrusion du pouvoir impérial dans les affaires purement religieuses. La liberté accordée à l'Église se transformait en une tutelle de moins en moins tolérable lorsque les successeurs de Constantin, Constant et Valens, se firent les protecteurs de l'hérésie ; il fallut attendre l'empereur Théodose pour voir porter le coup décisif à l'arianisme, après plus d'un demi-siècle de controverses passionnées, au concile de Constantinople (381). 00020000077400001A24 76E,Pendant longtemps encore, l'Église devait être troublée par des conflits doctrinaux que s'efforcèrent de résoudre des conciles, à Éphèse (431) et à Chalcédoine (451) par exemple. L'Église approfondit ainsi sa doctrine et constitua peu à peu son dogme. Les IVe et Ve s. furent l'âge d'or des Pères de l'Église en Occident comme en Orient : Athanase (†  373), Hilaire de Poitiers (†  367), Ambroise (†  397), Jérôme (†  419), Augustin (†  430), le groupe des Pères cappadociens (Basile, †  379, son frère Grégoire de Nysse, †  394, et son ami Grégoire de Nazianze, †  390), le grand orateur Jean Chrysostome (†  407)... Après une éphémère tentative de restauration du paganisme sous le règne de Julien l'Apostat (361/63), l'Empire devint définitivement chrétien sous le règne de Théodose Ier (379/95), qui, par ses lois de 381/92, interdit les cultes païens, ferma les temples et fit du christianisme la religion officielle de l'État. L'humiliation de l'empereur devant Ambroise, évêque de Milan, après le massacre des habitants de Thessalonique (390), confirma que l'empereur était désormais dans l'Église, et non plus au-dessus d'elle. Mais l'Église, soudain grossie par un afflux de conversions souvent opportunistes, n'offrait plus la même ferveur ni la même pureté que l'Église de l'âge des persécutions : le recours des âmes fortes, avides de perfection, devint alors l'érémitisme, dont st Antoine (le Grand) (†  356) fut le précurseur. Les solitudes d'Égypte, de Palestine, de Syrie se peuplèrent de milliers d'ascètes, imitateurs de ce dernier. À la vie anachorétique succéda la vie cénobitique ou monastique, en communautés placées sous l'autorité d'un abbé, dont les premiers organisateurs furent Pakhôme (†  vers 348) et Basile. De l'Orient, le monachisme fut bientôt implanté en Occident par Jérôme, Augustin et Martin de Tours ; ce dernier fonda à Ligugé le premier monastère de Gaule (360).

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