Boris Godounov (1551-Moscou 1605); tsar de Russie [1598-1605].
B., né en 1551, appartient à une famille de boyards d'origine tatare. Après s'être déjà fait remarquer sous le règne d'Ivan IV (il est membre de l'opritchnina), il profite des luttes d'influence qui éclatent à la cour après la mort de ce dernier, en raison de la faiblesse du nouveau tsar Fédor, son beau-frère, pour se faire nommer régent. S'avérant dans cette fonction comme un homme politique avisé et habile, il sait atténuer peu à peu les conséquences catastrophiques du règne d'Ivan le Terrible. La stabilité économique est restaurée, notamment grâce à des ordonnances liant plus étroitement les paysans à la glèbe et destinées à limiter leur mobilité. Prudent dans le domaine de la politique étrangère, il sait donner à F Église russe, par la transformation du titre de métropolite en celui de patriarche, en 1589, une structure autocéphale. Avec la mort de Fédor sans descendants (1598), la dynastie des Rurik s'éteint, du fait de l'assassinat du plus jeune fils d'Ivan IV, Démétrius (Dimitri), en 1591, assassinat que la rumeur publique, à tort ou à raison, attribue à B. Élu tsar par un Zemski Sobor en 1598, B. est traité d'usurpateur. Il brise l'opposition des nobles de haut rang (les Romanov, les Belski) et poursuit une politique favorable à la noblesse de service, au détriment des paysans. Les tensions sociales, aggravées par la terrible famine de 1601-1603, marquent le début du Temps des Troubles. Cette situation est mise à profit par un aventurier venu de Pologne, qui réussit en 1604 à se faire passer pour Dimitri, le jeune prince assassiné, d'où son surnom de « faux Dimitri ». B. meurt subitement au moment le plus aigu de la crise et son fils, qui lui succède, meurt à son tour assassiné. B. apparaît comme l'un des souverains russes les plus capables, tout en étant une personnalité extrêmement contestée ; il est le héros, entre autres, d'un drame de Pouchkine et d'un opéra de Moussorgski.
Bibliographie : C. de Grunwald, La Vraie Histoire de Boris Godounov, 1961.