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BEN BARKA Mehdi (1920-1965)

BEN BARKA Mehdi (1920-1965)

C’est dans une famille profondément imprégnée de traditions populaires que vient au monde, à Rabat, Mehdi Ben Barka. Son père, fqih de zaouia (juriste), lui insuffle la passion du savoir. Après de brillantes études de mathématiques à l’université d’Alger, il rentre au Maroc. Brûlant de patriotisme, il s’engage dans le parti nationaliste de l’Istiqlal et signe en 1944 le Manifeste de l’indépendance, ce qui lui vaut deux années d’emprisonnement. À sa libération, il enseigne au collège Moulay Youssef et au collège impérial où il a comme élève le futur roi Hassan II. Il est en résidence surveillée (1951-1954) au moment où se durcit le conflit avec la France et quand Mohammed V est déposé (août 1953). Il participe cependant aux négociations d’Aix-les-Bains et reste fidèle à l’unité du couple sultan-Istiqlal.

M. Ben Barka organise les manifestations lors du retour de Mohammed V, mais il ne fera pas partie de son gouvernement. La dynastie alaouite voyait en lui un danger et un adversaire potentiel. Sa conception de l’allégeance conçue comme une délégation de la volonté générale, révocable en cas de violation du contrat, est une interprétation audacieuse du droit traditionnel. Trois idées guident l’action de M. Ben Barka : l’hégémonie de l’Istiqlal sur le mouvement politique, le renouvellement politique des générations et une vision autonome et dirigiste du développement. Le premier de ses objectifs lui aliène une partie des organisations de la résistance et notamment le Croissant noir d’Abdelkrim Ben Abdallah (communistes) et l’Armée de libération marocaine d’Abdallah el-Messaadi dit « Abbès », allié du FLN (Front de libération national algérien). La liquidation physique des deux hommes, dont il se sentait responsable et, qu’il regrettera amèrement, jouera au profit de la monarchie. Les deux autres objectifs lui attireront la faveur de la jeunesse et des intellectuels. Il veut accélérer la marche en compagnie de l’Union marocaine du travail (UMT) de Mahjoub Ben Seddik (1922-) et des organisations de la résistance armée (notamment Mohammed el-Basri [1930-2003], Abderrahmane Yousfi - né en 1924). Il se sépare de son parti en 1959 et crée l’UNFP (Union nationale des forces populaires) dont l’un des leaders, Abdallah Ibrahim (1918-2005), prend la direction du gouvernement. L’expérience échoue rapidement. L’UNFP se trouve en mauvaise posture avant même d’avoir sédimenté ses forces. Début 1960, une partie de ses dirigeants est accusée de complot alors que M. Ben Barka se trouve à l’étranger.

C’est l’exil forcé. De retour au Maroc en 1962, il est victime d’un attentat qui faillit lui coûter la vie. Dans le même temps, son rapport au congrès de mai 1962 Option révolutionnaire au Maroc, est mis sous le boisseau. Ses idées rayonnent, mais il n’a pas d’appareil pour les mettre en œuvre. En juillet 1963, faisant l’objet d’une nouvelle accusation de complot. M. Ben Barka quitte le Maroc. Définitivement. Condamné à mort par contumace pour avoir condamné la guerre dite « des sables » avec l’Algérie (1963), il se met au service du tiers monde et se bat contre l’instrumentalisation par l’URSS et la Chine de l’Organisation de solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine (OSPAAL). D’une activité débordante, ce « feu follet » selon Jean Lacouture, est le maître d’œuvre de la préparation de la conférence Tricontinentale qui se déroulera à Cuba en janvier 1966. Trop de forces avaient intérêt à sa disparition. Enlevé le 29 octobre 1965, à Paris, devant la Brasserie Lipp, il perd la vie dans des conditions non élucidées. Défendre sa mémoire est assimilé par la conscience démocratique à la lutte contre l’impunité.

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