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ALBERT CAMUS (1913 1960)

L'enfance de Camus se déroule dans une atmosphère de misère et d'authenticité qui imprégnera sa vie et sa réflexion futures. Le jeune Albert, né à Mondovi en Algérie, perd très tôt son père, ouvrier agricole, tué à la guerre de 1914. Boursier, il poursuit des études au lycée d’Alger jusqu'en 1930. Il entreprend alors des études de philosophie sous la direction d’un maître qui restera son ami : Jean Grenier. Journaliste, fondateur d'une troupe théâtrale, il s'intéresse de plus en plus à la politique. Pendant la guerre, le mouvement de résistance « Combat » le délègue à Paris en 1943. À la Libération, dès août 1944, il devient rédacteur en chef de l'organe de presse né de ce mouvement. Les pièces de théâtre, les romans, les essais se succèdent : l’Envers et l’Endroit (1937), Noces (1938), l'Étranger (1942), le Mythe de Sisyphe (1943), Caligula (1944), le Malentendu (1944), la Peste (1947), l'État de siège (1948), les Justes (1950), Actuelles I (1950), l'Homme révolté (1951) qui marque la rupture avec Jean-Paul Sartre, Actuelles II (1953), Actuelles III (1958). La Chute (1956), l’Exil et le Royaume (1957) témoignent d’un tournant dans son approche des hommes et des idées. Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 1957, alors qu'il n'a que quarante-quatre ans. Il est tué dans un accident de voiture trois ans plus tard, près de Villeblevin dans l'Yonne, le 4 janvier 1960. Tout Camus se résume, selon la formule de Jean-Paul Sartre, dans l' « admirable conjonction d'une personne, d'une action et d'une œuvre ». Absurde et révolte sont traditionnellement considérés comme les maîtres mots de Camus. Prolongeons-les par ceux de fraternité, une fraternité qui se confond avec une exigence passionnée de justice, et de bonheur, un bonheur qui correspond à un refus obstiné du désespoir.

Fraternité

Le lecteur de Camus est frappé d'emblée par la présence de la mort inscrite au cœur de la vie et de l’œuvre. Dès les pages de Noces (1938) s’affirme la menace du bonheur physique par le destin mortel de l’homme, lisible dans les signes d’une existence vouée à la communion charnelle avec la nature et d’un -paysage dont les beautés dessinent en secret un avenir funeste. La .mort, en fait, n'est que l’expression. d’une vérité qui hantera Camus, notamment dans ses premières œuvres : l’absurde. C’est la disparition brutale de sa sœur-maîtresse, Drusilla, qui rend Caligula fou. C'est surtout l'impossibilité de s’abandonner au plaisir serein et contemplatif de l'existence méditerranéenne qui souligne la profondeur d'une angoisse indépassable. Si l'enracinement algérien de Camus illumine les plus belles pages de l’Envers et l’Endroit (1937), de Noces (1939), il n'en détermine pas moins les images de pauvreté et de solitude. Dans une préface, écrite en 1958, à l'Envers et l’Endroit, Camus élève le chant lyrique d’une enfance pauvre et lumineuse : « La pauvreté, d’abord, n’a jamais été un malheur pour moi : la lumière y répandait ses richesses. Même mes révoltes en ont été éclairées. » Mais le bonheur natal s’accompagne d’un sentiment tragique de la vie : « Tout ce qui exalte la vie accroît en même temps son absurdité. Dans l’été d’Algérie, j’apprends qu'une seule chose est plus tragique que la souffrance, et c’est la vie d'un homme heureux » (Noces). Toute l’ambiguïté et la puissance de suggestion de Camus sont contenues dans ces lignes qui dégagent au mieux la douleur et la grandeur conjointes de l'existence humaine où la vie ne conserve son élan premier que si elle surmonte la .tentation du désespoir qui lui est consubstantielle.

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