TURCS
Groupe de peuples liés par leurs idiomes qui se rattachent à une langue ouralo-altaïque, le « turc ». Les peuples turcs se sont fortement métissés au cours des siècles, mais ils appartiennent au même ensemble ethnique que les Mongols et les Toungouses (Mandchous). Les Turcs des steppes Les débuts de l'islamisation Les Seldjoukides (Xe/XIIIe s.) Les Turcs en dehors de la Turquie Les Turcs des steppes Les Turcs furent d'abord des nomades de la haute Asie. Parmi ces nomades, que les Chinois, dès le début du Ier millénaire avant notre ère, désignaient sous le terme d'abord assez vague de Hiong-nou, émergèrent successivement divers peuples qu'on ne peut partager avec précision entre Proto-Turcs et Proto-Mongols : les Hiong-nou de l'époque des empereurs chinois Han ; les Sien-pei ; les Avars ou Jouan-Jouan ; les Huns. C'est au IVe s. apr. J.-C. qu'apparaît à l'horizon historique le premier peuple turc nettement reconnaissable : les Tabghatch, en chinois T'o-pa. À la faveur de la longue décadence qui suivit la chute de la dynastie des Han, les nomades de la haute Asie avaient envahi, à partir du IVe s., la Chine du Nord, où ils fondèrent des royaumes éphémères. Les Turcs Tabghatch détruisirent ces royaumes au début du Ve s. et conquirent toute la Chine du Nord, sur laquelle ils régnèrent de 386 à 534. Ils se sinisèrent rapidement, donnèrent à leur dynastie le nom chinois de Wei et se convertirent au bouddhisme. Pendant ce temps, les steppes de la haute Asie passaient sous la domination des Avars, contre lesquels les Tabghatch menèrent des luttes sans merci pendant toute la première moitié du Ve s. Les Avars ne purent donc pénétrer en Chine du Nord, mais ils se renforcèrent au cur de la haute Asie par la conquête de Tourfan, étape septentrionale de la route de la Soie (460). Parmi leurs vassaux se trouvait un peuple turc, les T'ou-kiue (transcription chinoise de « Türküt », c'est-à-dire les Forts, par lequel ce peuple se désignait lui-même). Avec un autre peuple turc, les T'ien-lei ou Töläch, d'où devaient sortir plus tard les Ouïgours, les T'ou-kiue, dont le pays se trouvait dans l'Altaï, se révoltèrent au milieu du VIe s. et écrasèrent les Avars en 552. Les Tabghatch étaient, à cette époque, presque disparus. Les T'ou-kiue ne rencontrèrent donc aucun concurrent pour fonder, en une quinzaine d'années, un immense Empire turc des steppes qui comprit toute la Mongolie et, à partir de 565, le Turkestan occidental. Presque aussitôt, cet empire fut divisé entre deux branches de la famille de Boumin, le vainqueur des Avars, constituant deux khanats : le khanat des Turcs orientaux, en Mongolie, avec Mou-han (552/72) et ses successeurs ; le khanat des Turcs occidentaux, dans le Turkestan occidental, qui fut gouverné par Istèmi (552/72), oncle de Mou-han, et par ses descendants. Les Turcs orientaux luttèrent contre les Khitan et contre la Chine, laquelle exploita à plusieurs reprises les rivalités entre les deux khanats turcs ; les Turcs occidentaux s'allièrent d'abord à la Perse sassanide contre les Huns Hephtalites, qui furent dispersés, puis se retournèrent contre les Perses, auxquels ils enlevèrent le Tokharestan vers la fin du VIe s. Quand la Chine se redressa, sous la dynastie des T'ang, le grand empereur T'ai-tsong (627/49) détruisit en Mongolie le khanat des Turcs orientaux (630), imposa la suzeraineté chinoise aux oasis de l'Asie centrale (Kachgar, Khotan, Yarkand) et provoqua la dissolution du khanat des Turcs occidentaux. Cependant, à la mort de T'ai-tsong, ceux-ci recouvrèrent leur indépendance (vers 665), et, à son tour, le khanat des Turcs orientaux ressuscita en Mongolie (682). 000200000C1500000E44 C0F,L'Empire turc couvrait ainsi de nouveau toute la région des steppes et atteignit son apogée sous Bak-tchor (Kapaghan-kaghan), qui régna de 691 à 716. Cet empire, relativement centralisé, avait une civilisation encore rudimentaire. Les Turcs se donnèrent pourtant une écriture « runique », inspirée par l'alphabet syriaque, et les plus anciens monuments en langue turque sont les inscriptions d'Orkhon (vers 732/35). Un instant menacée par la pression des steppes, vers 700/15, la Chine fut sauvée par la mort de Bak-tchor (716). Les deux fils de ce dernier eurent à faire face à de nombreuses révoltes de tribus turques. Une révolte générale provoqua en 744 la dissolution définitive de l'empire des T'ou-kiue, et l'hégémonie en haute Asie passa, pour un siècle, à un nouveau peuple d'origine turque, les Ouïgours (v.). À la différence des T'ou-kiue, les Ouïgours entretinrent d'assez bonnes relations avec la Chine ; ils subirent surtout l'influence de la civilisation persane et adoptèrent le manichéisme comme religion d'État. Mais, en 840, l'Empire ouïgour s'effondra brutalement à la suite de l'irruption des Kirghizes, d'ethnie turco-mongole. Au Turkestan, à partir du milieu du VIIIe s. (prise de Tachkent par les Arabes, 751), l'influence chinoise était en régression devant l'islam, et les Turcs de cette région allaient s'acheminer vers la conversion. L'expansion turque vers l'Est fut définitivement arrêtée quand les Khitan (ou Khitaï), peuple mongol, eurent chassé les Kirghizes de Mongolie (vers 920/26). Les débuts de l'islamisation Avant le Xe s., des peuplades turques s'étaient déjà infiltrées en direction de l'Europe. Au VIe/VIIe s., les Khazars (v.) avaient fondé un royaume qui s'étendait entre la Volga et le Don et sur une partie de la Crimée ; ils se convertirent bientôt au judaïsme. Au début du Xe s., les Petchenègues commencèrent à se répandre sur les rives septentrionales de la mer Noire et, pendant près de deux cents ans, ils allaient faire peser une grave menace sur la Russie kiévienne et sur Byzance. Au milieu du XIe s., les Coumans, peut-être apparentés aux Ouïgours, apparurent eux aussi en Russie méridionale. Cependant, ces divers groupes ne devaient pas laisser de fondations durables, au contraire des Turcs venus de Transoxiane (Turkestan occidental) et islamisés au contact de la Perse. Beaucoup de ces Turcs étaient entrés dans l'armée des émirs perses samanides de Boukhara et de Samarkand. L'un d'eux, Alp-Tegin, fonda en 962 la dynastie musulmane des Ghaznévides, dont le siège se trouvait en Afghanistan. Devenus complètement indépendants des Samanides, les Ghaznévides, avec Mahmoud de Ghazni (998/1030), entreprirent même la conquête de l'Inde du Nord-Ouest. Une autre dynastie turque islamisée fut celle des Karakhanides, qui devait dominer la partie occidentale du bassin du Tarim du XIe au XIIIe s. Beaucoup plus glorieuse, une autre maison turque, celle des Seldjoukides, allait déborder largement la périphérie de l'Asie centrale et poser les premières bases de la puissance des Turcs en Mésopotamie, en Syrie et en Asie Mineure. 000200000F2800001A53 F22,Les Seldjoukides (Xe/XIIIe s.) Au cours du Xe s., la tribu des Seldjoukides, qui tire son nom de son premier chef connu, Seldjouk, s'était installée sur le Syr-Daria, puis en Transoxiane et enfin dans la région de Boukhara (vers 985). (v. SELDJOUKIDES.) Le plus important des États seldjoukides, du point de vue de l'Histoire universelle, fut le sultanat d'Asie Mineure, dit « sultanat de Roum » - c'est-à-dire le sultanat des anciens pays byzantins ou « romains » (roum étant une déformation arabe de romaios). Dans cette région, où le peuplement turc se développa après la défaite byzantine de Manzikert (1071), les Seldjoukides allaient se trouver aux prises, non seulement avec les Byzantins, puis avec les croisés, mais aussi avec d'autres Turcs, les Danichmendides, installés au cur du plateau anatolien, dans la région Kayséri-Sivas-Ankara. Cette rivalité entre Turcs devait longtemps sauver les Byzantins et facilita l'avance des croisés, qui, vainqueurs à Dorylée (juill. 1097), s'emparèrent, au cours de l'été 1097, de Konya (l'ancienne Iconium), d'Héraclée (Éregli) et de Césarée (Kayséri). L'année suivante, la prise d'Antioche acheva de reléguer les Turcs dans le centre de l'Asie Mineure. Dès 1101 cependant, les Turcs se ressaisissaient et, pour une fois unis, remportaient une série de succès qui allaient définitivement interdire aux croisés la traversée de l'Anatolie. Mas'oud (1116/55) établit sa capitale à Konya, élargit le sultanat seldjoukide au détriment des Danichmendides et fit échouer la deuxième croisade. Son successeur, Kilidj-Arslan II (1155/92), soumit définitivement les Danichmendides, dont les territoires furent annexés, et devint ainsi l'unique chef des Turcs en face des Byzantins et des Francs. Pendant ce temps, en Syrie, une autre dynastie turque, celle des Zenguides d'Alep, inaugurait une « contre-croisade », enlevait Édesse aux Francs (1144) et continuait de mettre en péril les États latins sous le règne de Nour ed-Din (1146/74). En 1169, Nour ed-Din imposa aux Fatimides d'Égypte un vizir de son choix, le Kurde Saladin, et les mamelouks turcs allaient rester pendant plus de six siècles les maîtres de l'Égypte. Malgré les furieuses rivalités ouvertes par presque chaque succession de sultan, les Seldjoukides d'Asie Mineure marquèrent encore, au cours du XIIIe s., de nombreux progrès contre les Grecs de Trébizonde, contre les Vénitiens et les Arméniens. Le « sultanat de Roum » atteignit sa plus grande extension sous le règne de Kaïkobad Ier (1219/37). Il comprenait alors presque toute l'Anatolie, avec Sinope, Harran, Erzeroum, Édesse, et entretenait d'actives relations commerciales tant avec l'Occident qu'avec l'Orient. Mais les conquêtes de Kaïkobad Ier à l'E. devaient avoir de fatals résultats en affaiblissant les principautés indépendantes qui formaient écran entre le sultanat seldjoukide et le péril redoutable des Mongols. Kaïkobad fut empoisonné par son propre fils, et, après sa mort, le sultanat fut secoué par une grave révolte turkmène (1241). Aussitôt après, les Mongols passèrent à l'attaque et écrasèrent l'armée des Seldjoukides à Keusé Dagh (26 juin 1243). Désormais, le sultanat de Roum, en proie à des querelles de succession endémiques, gouverné pendant quelques années par trois cosouverains, allait passer de plus en plus sous le protectorat mongol. Une tentative pour reconquérir l'unité et l'indépendance fut faite en 1277 par le gouverneur de Sinope, Mou'in ed-Din Suleyman, qui appela contre les Mongols le sultan mamelouk d'Égypte Baybars. Après le départ des Égyptiens, les Mongols exécutèrent Mou'in ed-Din, et c'en fut fait de l'État seldjoukide. En 1307, un vice-roi mongol s'installa à Konya. Le reste de l'Anatolie s'émietta en petites principautés turques, et l'une d'elles, celle des Ottomans, allait reprendre, avec plus de méthode, la tentative des Seldjoukides (v. TURQUIE). 00020000093E00002975 938,Ces derniers avaient cependant accompli une uvre importante pour l'avenir du Proche-Orient. « Ce sont eux, en effet, écrit R. Grousset, qui ont déshellénisé le plateau d'Anatolie pour en faire, à l'instar de leur patrie originelle d'Asie centrale, un autre Turkestan, destiné à devenir la Turquie définitive. » Les Turcs en dehors de la Turquie Les Ottomans portèrent l'expansion turque jusqu'au cur de l'Europe. Ils dominèrent les Balkans, la Hongrie, et parvinrent deux fois sous les murs de Vienne. Aux yeux des Occidentaux, les noms d'« ottoman » et de « turc » finirent par s'identifier. Pourtant, de nombreux peuples turcs devaient subsister jusqu'à nos jours en dehors des limites de l'Empire ottoman, en Asie centrale et en Russie. Dans le khanat de Djaghataï (v. MONGOLS. Les khanats gengiskhanides de l'Asie centrale et occidentale), particulièrement en Transoxiane, la féodalité turque se rendit indépendante dès le milieu du XIVe s. C'est d'elle que devait sortir Tamerlan. Son empire se disloqua rapidement, mais des khanats turcs continuèrent à fleurir en Iran oriental et en Transoxiane et furent, aux XVe/XVIe s., des centres de brillante civilisation (v. TIMOURIDES). Un dernier descendant de Tamerlan, Baber, envahit l'Inde du Nord-Ouest, détruisit le sultanat de Delhi en 1526 et fonda l'empire des Grands Mogols (v. INDE). En Russie, les divers groupes turcs au service des Mongols furent connus sous le nom de Tatars. En Asie centrale, les Turcs Ouzbeks, qui s'étaient installés au Turkestan après la dislocation de la Horde d'Or, fondèrent au XVIe s. les khanats de Boukhara, Khiva (v. KHOREZM) et Kokand. Mais l'indépendance de ces peuples fut menacée, à partir du XVIIe s., par des ennemis divers. Les Turcs du Tarim passèrent sous la domination kalmouke, puis furent annexés à l'Empire chinois dans les années 1750/60 (Turkestan chinois). Les khanats ouzbeks, attaqués par les Perses au XVIIIe s., passèrent au siècle suivant sous la domination de la Russie, qui avait déjà soumis les Turcs de Crimée et du Caucase. À la faveur de la dislocation de l'Empire des tsars, en 1917, des nationalistes turcs, en particulier Enver Pacha, caressèrent le rêve de libérer et de rassembler tous les peuples turcs de l'Asie : ce fut le touranisme (v. TOURANISME), qui devait échouer à cause du rapide redressement du pouvoir bolchevik en Russie.
Liens utiles
- Jeunes-Turcs.
- La Sublime Porte ou la Porte ottomaneOn appelait ainsi le gouvernement, la cour des anciens sultans turcs ;par extension, ce terme s'appliquait parfois à la Turquie elle-même.
- Jeunes-Turcs
- Toghroul-Begvers 993-1063On ne connaît pas avec certitude la date de naissance du fondateur véritable de l'Étatseldjoukide : il naquit, en effet, dans un milieu de nomades turcs où l'on ne devait guèretenir de registres.