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Svatopluk ; prince de Moravie [870-894]

Svatopluk ; prince de Moravie [870-894]. Dans la seconde moitié du IXe siècle, l'histoire extérieure du royaume carolingien de Francie orientale est remplie pour une grande part de combats acharnés contre un nouvel adversaire extérieur : la principauté ou royaume de Moravie, au nord du Moyen-Danube, citée pour la première fois en 822 et qu'à Byzance on appelle la « Grande Moravie ». La petite tribu des Moraves, des Slaves occidentaux, en forme le noyau : installés sans doute depuis le VIe siècle dans la vallée de la Morava, qui leur donne leur nom, ils sont placés à la fin du VIe et au début du viie siècle sous la domination des Avars, avant de faire partie du premier royaume des Slaves occidentaux de Samo. Au début du IXe siècle, les Moraves sont dans l'orbite franque et dans la zone des missions de l'Église bavaro-franque (Salz-bourg et Passau). Encouragés tout d'abord par les souverains francs, leurs princes, Moj-mir Ier puis son neveu Ratislav (846-870), réunissent sous leur domination les tribus slaves voisines de Moravie et de Slovaquie occidentale. Les efforts de Ratislav pour se détacher de la dépendance franque, qui conduisent à de nombreuses passes d'armes, aux issues variables, sont soutenus par le jeu diplomatique qu'il mène avec l'empereur de Byzance et qui culmine lors de l'envoi des missionnaires Constantin/Cyrille et Méthode en Moravie (863). Ratislav échoue au cours d'une insurrection des Moraves, des Bohémiens et des Sorabes, qu'il a visiblement fomentée : lors de la grande contre-attaque de la Francie orientale (869-870), son propre neveu S. (en vieux slave Svetoplk, dans les sources franques Sventobold) capture et livre aux Francs son oncle afin de s'emparer du pouvoir. Mais S. ne tarde pas à suivre la ligne politique du prédécesseur qu'il a renversé. La paix de Forchheim (874) met fin à des combats mouvementés contre les Francs orientaux. S., fin diplomate, y reconnaît la suprématie nominale du roi des Francs orientaux, Louis le Germanique ; cela lui laisse les mains libres à l'intérieur du pays, où Méthode oeuvre de manière indépendante par rapport à l'Église bavaro-franque, en se plaçant directement sous l'autorité du Saint-Siège. Par la suite, S. réussit à étendre considérablement son territoire, qui va du sud de l'actuelle Pologne et du Haut-Oder au Danube et de la Bohême à la Slovaquie et jusqu'aux frontières du royaume bulgare. De nouveaux conflits éclatent dans les années 880 pour la possession de la région au sud du Danube, colonisée alors pour l'essentiel par les Slaves, mais gouvernée par les Francs, l'actuelle Hongrie occidentale. Ils s'achèvent en 884 lorsque S. fait allégeance, en tant que vassal, à l'empereur carolingien Charles III. Mais il est peu probable qu'il ait dû alors évacuer la Hongrie occidentale qu'il avait conquise ; à tout le moins le voit-on par intervalles contrôler cette région jusqu'à Drau. Dans ses rapports avec l'Église, S. n'est pas moins habile à faire jouer les unes contre les autres les différentes tendances, celle des Bavaro-Francs, celle de Rome, celle de Byzance. Son soutien au Saint-Siège lui rapporte des gains politiques importants lorsque le pape lui attribue le titre de roi. En accord avec Rome, après la mort de Méthode en 885, il fait chasser les disciples de celui-ci et remplace le système religieux byzantin par un système strictement latin. Après la mort de S., les Sorabes et les Bohémiens se détachent de la domination morave, mais son fils Mojmir II conserve sous son pouvoir, face à son frère Svatopluk soutenu par la Francie orientale, les régions du centre (sans la Hongrie occidentale), dominées par les grandes places fortes prin-cières. La puissance morave est finalement abattue, non par les Francs, mais par les Magyars/Hongrois, cavaliers nomades d'origine asiatique, qui s'installent en 895 entre le Danube et la Tisza et, de là, progressent vers l'Occident. La défaite de la Bavière contre la Hongrie à Pressbourg/Bratislava (907) décide également du destin du royaume de Moravie. Malgré la brièveté et le tumulte de son histoire, ce premier État des Slaves occidentaux est devenu un centre culturel où fusionnèrent l'influence occidentale et orientale, dont l'importance ne se limite pas à l'élaboration d'une liturgie slave. Leurs voisins et anciens vassaux, les Przemislides tchèques, deviennent les héritiers des princes moraves sur le plan politique et culturel, en adjoignant la Moravie à leur État de Prague, une fois refoulée la vague hongroise. De leur côté, les Slovaques restent un millénaire entier sous la domination hongroise jusqu'à ce que, de 1918 à 1992, l'Etat tchécoslovaque les unisse de nouveau à la Bohême et à la Moravie.

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