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SUD-AFRICAINE (République), Republic of South Africa

État de l'Afrique australe ; capitale administrative Pretoria, capitale législative Le Cap. • Des débuts de la colonisation à la guerre des Boers (XVIe/XIXe s.) • Les débuts de l'Union sud-africaine (1899/1914) • De la Première Guerre mondiale à la victoire du parti nationaliste (1914/48) • Les nationalistes au pouvoir et l'indépendance de la République • L'Afrique du Sud multiraciale Des débuts de la colonisation à la guerre des Boers (XVIe/XIXe s.) Le premier peuple connu dans cette région est celui des Bochimans, chasseurs qui furent rejoints, probablement vers le XIe s., par des pasteurs nomades, les Hottentots (ou Namas). À partir du XVIIe s., des peuples bantous (v.) (principalement Xhosas et Zoulous) s'établirent à leur tour. En 1488, le Portugais Bartolomeu Dias (v.) découvrit le cap de Bonne-Espérance, et, en 1498, Vasco de Gama (v.), en route vers l'Inde, aborda à la côte du Natal. Cependant, les Portugais n'essayèrent pas de se fixer en Afrique du Sud. Après une vaine tentative des Anglais (1620), ce fut seulement en 1652 que la Compagnie hollandaise des Indes orientales établit un centre de ravitaillement pour ses navires au Cap. Vers la même époque, pour constituer la main-d'œuvre de la colonie, on commença à importer des esclaves de l'Angola. Après la révocation de l'édit de Nantes (1685), un groupe de huguenots français réfugiés arriva au Cap, et, en 1707, la colonie comptait environ 1 700 personnes, qui avaient à leur service 1 100 esclaves. Des Javanais, des Malais, des Malgaches et des Indiens furent également expatriés en Afrique du Sud à partir de 1860 ; enfin, de nombreux métissages eurent lieu entre Blancs et Noirs. Alors qu'agriculteurs et viticulteurs s'implantaient dans la région du Cap, d'autres Blancs se faisaient pasteurs nomades et, poussant en diverses directions, enlevaient terres et bétail aux Hottentots. En 1713, les premiers contacts des Bantous avec les Blancs entraînèrent une terrible épidémie de variole qui les engagea à migrer vers l'Est. Pour sauvegarder la route des Indes contre toute menace française, les Anglais occupèrent Le Cap (sept. 1795) ; ils le restituèrent aux Hollandais en 1803, à la suite du traité d'Amiens, le réoccupèrent en 1806 et s'en assurèrent définitivement la possession au traité de Paris (1814). Les Boers, qui avaient eu beaucoup à se plaindre de l'incurie de la Compagnie hollandaise, accueillirent d'abord assez bien la domination britannique, mais le début d'une importante immigration anglaise et surtout l'abolition de l'esclavage (1833) soulevèrent une vague de mécontentement. Ce fut le début du Grand Trek boer (vers 1834/37), qui fit suite aux bouleversements sanglants que l'épopée zoulou de Tchaka (v. ZOULOUS) avait provoqués chez les Bantous. Fuyant l'administration britannique, quelque 12 000 Boers se mirent en route, à la recherche de nouvelles terres. Le premier groupe s'établit dans le Natal, sous la direction d'A. Pretorius. Attaqués par les Zoulous, les Boers les écrasèrent à Blood River (déc. 1838) et ils commencèrent à organiser une république du Natal, que l'Angleterre annexa en 1843. D'autres groupes, partis en direction du nord, fondèrent deux autres républiques boers : l'une entre le Vaal et le Limpopo, la première République sud-africaine (Transvaal actuel) ; la seconde entre le Vaal et l'Orange, l'État libre d'Orange. L'indépendance de ces États boers fut reconnue par les Anglais, respectivement en 1852 et 1854. 000200000D0A00000D83 D04,La coexistence entre Anglais et Boers était déjà difficile lorsque la découverte des diamants dans les rivières Orange et Vaal (1867) donna à l'Afrique du Sud une importance économique imprévue. Les Anglais, qui entendaient s'assurer le contrôle des gisements, annexèrent le Transvaal en janv. 1877, mais les Boers de cette région, conduits par Kruger (v.), Joubert et M.W. Pretorius, se révoltèrent et, en févr. 1881, battirent les troupes britanniques à Majuba Hill. Par les conventions de Pretoria et de Londres (1881/84), le Transvaal recouvra son autonomie sous la suzeraineté théorique de la couronne britannique. Cependant, l'exploitation des gisements de diamants du Kimberley (à partir de 1870) et la ruée vers l'or qui suivit, vers 1885, la découverte des immenses réserves d'or du Witwatersrand, au S. de Pretoria, accéléraient la transformation économique de l'Afrique du Sud. Un flot d'immigrants, surtout britanniques, que les Boers appelaient des uitlanders (étrangers), vint s'installer au Transvaal. Président de cette république depuis 1883, Kruger essaya de maintenir la suprématie politique des « Afrikaners » en refusant le droit de vote aux uitlanders, mais il avait en face de lui le champion de l'impérialisme colonial anglais, Premier ministre de la colonie du Cap, Cecil Rhodes (v.), qui contrôlait en outre la plus grosse entreprise de prospection de diamants et de métaux précieux, la De Beers Consolidated Mines. En annexant le Zoulouland (1887), Rhodes ferma au Transvaal tout accès à la mer, puis il tenta de renverser Kruger en montant le raid de Jameson (déc. 1895/janv. 1896). Cette opération fut un échec, et Cecil Rhodes dut donner sa démission de Premier ministre du Cap. Kruger conclut une alliance militaire avec l'État libre d'Orange, et, comme les Anglais renforçaient leurs troupes, il leur envoya un ultimatum et leur déclara la guerre (12 oct. 1899). (v. BOERS, guerre des). Les débuts de l'Union sud-africaine (1899/1914) Le traité de paix de Vereeniging (31 mai 1902) équivalait à une reddition pure et simple des Boers, qui durent accepter la souveraineté britannique, mais obtinrent l'amnistie, la reconnaissance de l'usage de leur langue et la promesse, pour une date indéterminée, d'une certaine autonomie politique. Le premier haut-commissaire anglais, Milner, essaya d'imposer sans ménagement la domination britannique, mais cette politique aboutit rapidement à un échec. Le soulèvement des Herreros dans le Sud-Ouest africain allemand (1904) et une nouvelle révolte africaine au Natal (1906) firent comprendre aux Blancs la nécessité de s'unir en face des Noirs, qui représentaient alors près de 70 % de la population. Arrivé en Afrique du Sud en 1905, Lord Selborne accorda un gouvernement autonome au Transvaal et à la colonie d'Orange. Une convention constitutionnelle, réunie d'oct. 1908 à févr. 1909, prépara la naissance de l'Union sud-africaine, qui devint effective le 31 mai 1910. L'Union, qui avait pour souverain le roi d'Angleterre, représenté par un gouverneur général, recevait sa pleine autonomie interne, avec un système parlementaire bicaméral ; la langue néerlandaise (et l'afrikaans à partir de 1925) était reconnue comme langue officielle, sur un pied d'égalité avec l'anglais ; le siège du Parlement était établi au Cap, le siège du gouvernement à Pretoria. 000200000DBC00001A87 DB6,Les Afrikaners étant nettement majoritaires dans la population blanche de l'Union, ce furent deux anciens chefs de la guérilla contre les Anglais, Louis Botha (v.) et James Hertzog, qui prirent la tête du pays. En avr. 1910, ils fondèrent le parti sud-africain, qui se donnait pour objectif de rassembler tous les Blancs, quelle que fût leur origine. Ce parti, qui avait pour adversaire un parti unioniste, purement britannique, remporta largement les premières élections, et Botha devint Premier ministre de l'Union (1910/19). Mais Hertzog, chef de la tendance conservatrice des Afrikaners, se sépara rapidement de lui et fonda, en 1914, le parti nationaliste, exclusivement boer. Dès ses débuts, l'Union sud-africaine se trouva aux prises avec le problème racial. Les Blancs, qui détenaient le pouvoir politique et entendaient bien le conserver exclusivement, ne formaient qu'une petite minorité en face des Noirs, des métis et des Asiatiques. Les Sud-Africains d'origine indienne, frappés à partir de 1907 par les lois restrictives sur l'immigration, menèrent sous la conduite de Gandhi une campagne de « résistance passive » et, en juin 1914, obtinrent des concessions importantes. L'éveil politique des Bantous commença avec la fondation de l'African National Congress (ANC) (1912), laquelle passa d'ailleurs à peu près inaperçue. Le désir du gouvernement sud-africain était de confiner toute la population noire dans des réserves ; le Natives Land Act de juin 1913 interdit aux Noirs l'acquisition de terres en dehors des réserves. De la Première Guerre mondiale à la victoire du parti nationaliste (1914/48) En 1914, le gouvernement sud-africain, en dépit de l'opposition de Hertzog, se rangea aux côtés de l'Angleterre dans la guerre contre l'Allemagne. Son armée, commandée par Botha, s'empara du Sud-Ouest africain allemand (janv./juill. 1915), mais en Afrique-Orientale, le commandant allemand, von Lettow-Vorbeck, réussit à résister jusqu'à l'armistice de 1918. Des troupes sud-africaines combattirent également en Europe ; le général Smuts (v.) fit partie du cabinet de guerre britannique et, avec Botha, il participa à la signature du traité de Versailles (1919). L'ancien Sud-Ouest africain allemand fut confié en mandat à l'Union sud-africaine. À la mort de Botha (août 1919), le général Smuts lui succéda comme Premier ministre et chef du parti sud-africain, mais, aux élections de juin 1924, il fut battu par une coalition du parti nationaliste et des travaillistes. Devenu Premier ministre (1924/39), Hertzog atténua quelque peu son programme originel et renonça à rompre les liens avec la Grande-Bretagne ; mais il affirma la personnalité « afrikaner » de l'Union, dont il fit reconnaître l'indépendance au sein du Commonwealth (statut de Westminster, 1931). Il renforça la législation raciale qui, depuis 1921, s'efforçait d'empêcher les Noirs de résider dans les villes où ils n'étaient pas employés. En 1926, le Colour Bar Act exclut les Noirs de presque tous les emplois qualifiés de l'industrie. La coalition nationaliste-travailliste ne résista pas aux conséquences de la grande crise économique mondiale. En mars 1933, Hertzog dut former un gouvernement national de coalition avec Smuts, et, en juin 1934, son parti nationaliste fusionna avec le parti sud-africain de Smuts pour former le parti uni national sud-africain (United Party). Mais une minorité d'Afrikaners intransigeants refusèrent cette union et formèrent, sous la direction du Dr Malan, un nouveau parti nationaliste. 000200000D310000283D D2B,La coalition gouvernementale se disloqua au début de la Seconde Guerre mondiale. Contre Hertzog, qui, comme en 1914, était partisan de la neutralité, Smuts, devenu Premier ministre (1939/48), obtint à une faible majorité l'entrée en guerre contre l'Allemagne. Les troupes sud-africaines devaient prendre une part importante aux opérations qui se déroulèrent en Éthiopie, en Afrique du Nord, en Italie, mais une forte opposition, sympathisant avec le national-socialisme, s'affirmait dans les milieux nationalistes. À partir des années de guerre, l'Afrique du Sud connut une très rapide expansion économique. Mais cette expansion rendait plus aiguë la question raciale, car le développement de l'industrie, surtout à partir de 1945, avait provoqué un exode vers les villes, non seulement des « pauvres Blancs », mais aussi des Noirs. En 1951, en dépit de toutes les mesures de ségrégation déjà prises, plus d'un quart de la population noire habitait en milieu urbain. D'où une inquiétude croissante des Blancs, favorisant les progrès du parti nationaliste, résolument ségrégationniste, qui obtint la majorité absolue aux élections de mai 1948. Les nationalistes au pouvoir et l'indépendance de la République Premier ministre de 1948 à 1954, le Dr Malan, chef des nationalistes, appliqua aussitôt son programme d'« apartheid », qui se donnait pour objectif le « développement séparé des races ». Le gouvernement nationaliste entreprit en premier lieu d'établir une séparation aussi complète que possible entre les Blancs et les Noirs. En 1949, une loi prononça l'interdiction des mariages et même des relations sexuelles entre Blancs et Noirs. La ségrégation résidentielle fut établie par le Group Areas Act de 1951. Ces mesures ayant provoqué des manifestations et des émeutes, les libertés politiques furent sévèrement restreintes par les lois « sur la suppression du communisme » (1950), « sur la sécurité publique » (1953) et « sur les réunions subversives » (1956). Le Code du travail permit de reléguer les Noirs dans les emplois inférieurs et non spécialisés. La politique de l'apartheid fut poursuivie et même renforcée par les successeurs du Dr Malan, J.G. Strijdom (1954/58), H.F. Verwoerd (1958/66) et B.J. Vorster (1966/1978). En 1956, la ségrégation fut étendue aux universités, et, deux ans plus tard, le gouvernement créa des « collèges universitaires » bantous et indiens. Des efforts importants furent accomplis pour obtenir une centralisation industrielle permettant d'installer les travailleurs noirs loin des zones occupées par les Blancs. À la suite du rapport de la Commission Tomlinson, il fut décidé en 1959, par la loi « sur la promotion de l'autonomie bantoue », de remplacer les réserves par huit régions noires séparées, appelées à se suffire économiquement et à se gouverner elles-mêmes, les bantoustans (ou homeland). Le Transkei, pays à la population bantoue homogène, à la limite de la province du Cap et du Natal, fut pourvu en 1959 d'un conseil dont le président était un Bantou et, en 1962, d'un Parlement particulier. La politique de développement séparé fut poursuivie dans les bantoustans, qui, dans les plans gouvernementaux, devaient représenter environ 13 % de l'ensemble du territoire sud-africain et accueillir la moitié de la population noire. Il était prévu que ces bantoustans devaient, tôt ou tard, accéder à l'indépendance. 000200000D2D00003568 D27,La politique de l'apartheid, soutenue par la plus puissante des Églises protestantes, l'Église réformée néerlandaise (Nederduits Hervormde Kerk), ne rallia pas l'unanimité de la population blanche ; elle fut rejetée par la majorité des Blancs d'origine britannique et, sur le plan religieux, par la majorité des anglicans et des catholiques. Politiquement, l'opposition blanche à l'apartheid fut représentée par l'United Party et, d'une manière plus radicale, par le Progressive Party. Du côté des Noirs, la lutte fut menée par l'African National Congress, présidé à partir de 1952 par Albert Luthuli (v.) ; celui-ci prit l'initiative d'une campagne de « résistance passive », mais ne put empêcher le vote de la loi sur la sécurité publique. En 1959, une aile radicale se détacha du mouvement noir pour créer le Panafrican Congress, qui organisa de grandes manifestations contre le contrôle des laissez-passer ; l'une d'elles, à Sharpeville, près de Johannesburg, se termina dans le sang, après que les forces de l'ordre eurent ouvert le feu (21 mars 1960). L'apartheid rencontra aussi une vive opposition sur le plan international, tant au sein du Commonwealth qu'à l'ONU ; dès 1946, celle-ci émit son premier vote défavorable à la politique raciale de l'Union sud-africaine et essaya d'empêcher celle-ci d'annexer l'ex-Sud-Ouest africain allemand (v. NAMIBIE). Répliquant aux critiques venues des membres du Commonwealth, le Premier ministre Verwoerd fit adopter par référendum (5 oct. 1960) la transformation de l'Union en une République sud-africaine complètement indépendante, qui fut proclamée officiellement le 31 mai 1961 ; en même temps, l'Afrique du Sud se retira du Commonwealth et rompit tout lien d'allégeance envers la couronne britannique. Les nationalistes augmentèrent encore leur représentation parlementaire aux élections de 1961 et 1966 et, après un léger recul aux élections de 1970, ils rétablissaient leur position en 1974. L'assassinat de Verwoerd par un déséquilibré blanc (13 sept. 1966) fut sans portée politique, et Vorster, son successeur, poursuivit la politique de l'apartheid. Frappée de sanctions économiques par l'ONU en 1962/63, la République sud-africaine, géant industriel de l'Afrique, vers laquelle les investissements étrangers continuaient d'affluer, et forte de son rôle indispensable comme exportateur d'or et d'uranium, ne devait guère souffrir d'un boycottage international qui fut peu observé. Cependant, la politique d'apartheid, maintenue en théorie, s'atténua quelque peu à partir de 1970. Le gouvernement sud-africain dut admettre, en effet, que l'apartheid compromettait l'expansion économique, qui ne pouvait se poursuivre sans l'apport de la main-d'œuvre noire mieux formée. En 1973, les travailleurs noirs furent officiellement admis aux emplois qualifiés. Cette relative détente à l'intérieur s'accompagnait d'un changement dans les relations de la République sud-africaine avec divers États africains. Mais ces efforts de normalisation avec les États africains furent compromis par l'intervention des forces de Pretoria dans la guerre civile d'Angola (fin 1975), puis, en 1976, par les graves émeutes raciales de Soweto et de Johannesburg, qui furent suivies d'une vague d'arrestations. Poursuivant sa politique des bantoustans, la République sud-africaine donna, le 26 oct. 1976, son indépendance au Transkei. 0002000018E50000428F 18DE,En 1978, P.W. Botha, ministre de la Défense, succéda à J. Vorster comme Premier ministre. Résolu à rendre l'apartheid plus présentable pour les alliés occidentaux de son pays, il fit voter, en 1982, une nouvelle Constitution plus favorable aux Indiens et aux métis. Mais il perpétua la politique des bantoustans inaugurée par ses prédécesseurs : après le Transkei, le Bophuthatswana fut déclaré indépendant en 1977, puis le Venda en 1979 et le Ciskei en 1981. Cette indépendance toute formelle, qui faisait des Noirs sud-africains des étrangers dans leur propre pays, ne fut pas reconnue par l'ONU. En même temps qu'il s'efforçait de multiplier les petits « États noirs » faibles au sein d'un « État blanc » central tout-puissant, P. Botha tentait de déstabiliser les gouvernements des pays voisins hostiles à la politique de l'apartheid et y parvint souvent (expulsion des cadres de l'ANC réfugiés au Lesotho, au Swaziland et au Mozambique, trop vulnérables pour résister à la pression économique et militaire de l'Afrique du Sud). En Angola, en revanche, l'armée sud-africaine fut contrainte de se replier, en 1988, obtenant certes le retrait des troupes cubaines et de l'ANC, mais consentant, en même temps, à l'indépendance de la Namibie (v.). L'ANC n'en continuait pas moins d'étendre son influence, en Afrique du Sud, mais aussi dans le monde entier grâce à la figure emblématique de son chef historique, Nelson Mandela (v.), maintenu en prison depuis 1964. L'opposition à l'apartheid n'était d'ailleurs plus l'affaire de l'ANC seule : en 1983, Allan Boesak, pasteur et président de l'Alliance mondiale des Églises réformées, créait l'UDF (United Democratic Front) ; Desmond Tutu (v.), évêque anglican noir, recevait en 1984 le prix Nobel de la paix ; les syndicats noirs, autorisés depuis 1979, menaient de grandes grèves, alors qu'une partie des milieux d'affaires estimaient l'apartheid contraire à la bonne marche de l'économie. Les États-Unis et plusieurs pays occidentaux tentaient, en 1986, après la proclamation de l'état d'urgence, de faire pression sur Pretoria par des sanctions économiques. L'Afrique du Sud multiraciale En févr. 1989, P. Botha, malade et isolé au sein du parti national, dut abandonner la direction du gouvernement à F. De Klerk. Les élections de sept. ne donnèrent la majorité absolue au parti gouvernemental que d'extrême justesse, mais la personnalité du nouveau dirigeant blanc allait rapidement faire évoluer la situation : certaines lois d'apartheid particulièrement odieuses furent abolies, les système policier réformé, les principaux dirigeants de l'ANC libérés. F. W. De Klerk abrogea les dernières lois ségrégationnistes et libéra les dirigeants de l'ANC emprisonnés, dont Nelson Mandela, détenu depuis vingt-sept ans (févr. 1990). Le gouvernement annonça l'ouverture de négociations avec l'ANC légalisé, dont N. Mandela prit la tête. La volonté de dialogue du gouvernement, symbolisée par l'abolition de l'apartheid (juin 1991), se concrétisa par la convocation, en déc. 1991, d'une conférence nationale à laquelle tous les partis furent invités, la CODESA, Conference for a Democratic South Africa. Celle-ci s'organisa rapidement autour de deux blocs, l'un favorable à l'avènement d'un État multiracial, constitué de l'ANC et du parti national, l'autre constitué de l'Afrikaner Weerstand Beweging (à dominante afrikaner) et de l'Inkatha (parti zoulou), favorables à la création d'États ethniques séparés. Alors que les sanctions internationales étaient levées, les partis extrémistes multipliaient les troubles, en particulier au Natal, majoritairement zoulou. Malgré ce développement de la violence et l'action d'une fraction de la police en faveur des extrémistes, un référendum organisé dans la communauté blanche vint, en mars 1992, approuver les évolutions démocratiques en cours. Une Constitution transitoire adoptée pour cinq ans garantit les droits de la minorité blanche et le caractère libéral du système économique. Préparées par un accord de gouvernement entre le parti national et l'ANC signé en févr. 1993, les premières élections démocratiques du pays se déroulèrent dans le calme en avr. 1994. L'ANC remporta 63 % des sièges et le parti national 20 %. L'Inkatha fut laminée au plan national mais obtint de bons scores au Natal. Couronnés par le prix Nobel de la paix 1993, N. Mandela, au poste de président, et F. De Klerk, à celui de deuxième vice-président, se partagèrent le pouvoir. Le maintien de dirigeants de l'ancien régime aux postes ministériels liés à l'économie apparut comme une garantie pour les investisseurs étrangers, qui restèrent pourtant timides. Le pays, profondément réorganisé, divisé en neuf provinces, - auxquelles furent réintégrés les bantoustans - disposant dorénavant de onze langues nationales, se heurtait à des défis économiques majeurs. En mai 1996, l'adoption par le Parlement d'une nouvelle Constitution mit fin à la période de transition et au gouvernement d'union nationale qui associait l'ANC et le parti national. Une commission « Vérité et Réconciliation » (TRC) fut chargée d'examiner les crimes commis pendant l'apartheid ; elle convoqua notamment, en 1998, l'ancien président P.W. Botha et Winnie Mandela (ancienne femme de N. Mandela) et remit à la fin de l'année un rapport qui n'épargnait pas l'ANC. Par ailleurs, la politique étrangère volontariste de l'Afrique du Sud suscitait une hostilité grandissante chez ses voisins qui la taxaient d'impérialisme. Ainsi, en sept. 1998, l'Afrique du Sud intervint au Lesotho voisin pour y rétablir l'ordre et instaura une autorité transitoire présidée par l'ambassadeur d'Afrique du Sud. Le 2 juin 1999 eurent lieu les deuxièmes élections législatives démocratiques. Elles attribuèrent la majorité des sièges à l'ANC et portèrent à la présidence un proche de N. Mandela, Thabo Mbeki (v.), qui renforça les pouvoirs de son poste tout en maintenant la plupart des anciens ministres, dont le chef de l'Inkhata à l'Intérieur. Adepte d'une politique très libérale, le nouveau gouvernement dut affronter, en août 1999, une importante contestation syndicale. Au début de l'année 2000, l'accord de libéralisation des échanges signé par l'Afrique du Sud et l'Union européenne entra en vigueur, alors que le pays continuait à lutter contre ses deux principaux fléaux, l'épidémie de sida et le chômage dans la jeunesse noire.

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