SANTILLANA Inigo Lopez de Mendoza, marquis de
SANTILLANA Inigo Lopez de Mendoza, marquis de. Né à Carrion de los Condes (Léon) le 19 août 1398, mort à Guadalajara (Nouvelle-Castille) le 25 mars 1458. Il fut la personnalité la plus influente dans les lettres castillanes, au cours de la seconde moitié du XVe siècle. Resté orphelin de son Père, don Diego Hurtado de Mendoza, à âge de sept ans, il passa plusieurs années de sa jeunesse à la cour d’Aragon (1412-1418).
De retour en Castille, il prit une part très active aux troubles civils qui agitèrent le règne de Jean II. Il combattit contre les Aragonais, en 1429, à la frontière du Moncayo, et prit aux Maures de Grenade la forteresse de Helma (1438). Il fut aux côtés de Jean II à la bataille d’Olmedo (19 mai 1445), ce qui lui valut les titres de marquis de Santillana et de comte del Real de Manzanares. Il fut l’un des principaux conjurés qui causèrent la chute de don Alvaro de Luna (1453), contre lequel il écrivit l'Ecole de favoris (où il imagine que le favori du roi se confesse), et d’autres ouvrages de controverse. Il sut joindre l’activité et les conditions de vie d’un chevalier à celles d’un homme de lettres, consacrant à la lecture une grande partie de ses loisirs, rassemblant une bibliothèque très riche pour l’époque, et s’entourant de savants à qui il recommandait de faire des traductions — directes ou indirectes — d’œuvres classiques. Il connaissait bien la poésie courtoise et savante des différentes littératures romanes et le démontra dans sa Préface et lettre au connétable du Portugal, qu’il envoya à don Pedro de Portugal comme prologue à ses œuvres personnelles. L’œuvre de Santillana comprend des ouvrages qui recueillent et stylisent des motifs castillans traditionnels, comme la Serranillas , prodigieuse de grâce et de suave ironie, où le Villancico — attribution douteuse de nos jours — qui renferme des interpolations populaires dans un décor typiquement noble; des chansons et des maximes en vers complètent ses œuvres mineures. Développant et dépassant les intentions de Francisco Impérial, il cultiva abondamment l’allégorie dans ses poèmes d’amour et de circonstances, fréquemment liés à une attitude doctrinale; on trouve en eux l’influence de Dante, celle des Triomphes de Pétrarque, de Boccace et de la tradition savante française, à partir du Roman de la Rose . On compte, dans ce groupe de poésies, entre autres. Le Couronnement de messire Jordi de Sant Jordi, La Mort de son Enrique de Villena, Le Petit Triomphe de l’Amour, Le Songe , L’Enfer des amoureux et la Petite comédie de Ponça [1436]. Se trouvant auprès de son cousin le comte d’Albe, Santillana lui dédia le Dialogue de Bias contre la fortune, belle démonstration de doctrine stoïque. Dans ses poèmes longs, il s’efforça de créer un style pompeux, riche en latinismes et en érudition ostentatoire, correspondant au caractère des allégories dans lesquelles des personnages vêtus de riches ornements prennent des attitudes poétiques et cérémonieuses. Il composa quarante-deux Sonnets à la manière italienne, mais cette tentative prématurée n’eut pas de continuateurs immédiats. Ses Proverbes connurent une grande diffusion (1437); ils étaient destinés à l’éducation du prince don Enrique. On lui attribue en outre un recueil de Proverbes que les vieilles disent auprès du feu, le premier de ce genre en Castille. Sans abandonner la tradition de la poésie castillane antérieure et sans repousser l’influence française, Santillana dirigea l’intérêt de ses contemporains vers les grands auteurs italiens du XIVe siècle et donna une impulsion décisive au puissant désir de connaître l’antiquité gréco-latine.
♦ Santillana survit dans des poèmes de sa jeunesse, dans le genre léger : la grâce, la gaieté et la finesse de ses dezires, serranillas et vaqueiras n’ont pas été surpassées, même par Lope de Vega. S’il emprunte aux poètes de Provence, il se défait de leurs artifices, et, par son naturel et son tact artistique, il rend vivantes des émotions simples que des maladroits devaient alourdir et gâter à jamais dans les romans pastoraux... Quand il cesse d’imiter, il devient inimitable. » J. Fitzmaurice-Kelly.