ROUSSEL Albert
ROUSSEL Albert. Musicien français. Né à Tourcoing (Nord), le 5 avril 1869, mort à Royan (Charente-Maritime), le 23 août 1937. Elevé chez l’un de ses oncles après la disparition de ses parents et de son grand-père, maire de Tourcoing, Roussel connut d’abord la musique sous l’angle de l’amateurisme; il n’y consacrait que le temps laissé par ses études de lycée, puis, après 1884, à Paris, par la préparation du concours d’entrée à l’Ecole navale. Reçu au Borda en 1887, c’est au cours des sept années qu’il appartiendra à la Marine nationale que Roussel sentira grandir en lui le goût passionné de la vraie musique avec laquelle Paris lui avait permis de prendre contact. Roussel songe de plus en plus à la musique; profitant d’un congé, il sollicite quelques avis autorisés concernant ses possibilités, et la teneur de ceux-ci le détermine à démissionner en 1894. A cette date commencent les véritables études musicales de Roussel, d’abord à Roubaix, puis à Paris où il est l’élève d’Eugène Gigout, avant de passer à la Schola Cantorum que vient de fonder Vincent d’Indy. Ses études terminées, Roussel deviendra lui-même professeur de contrepoint dans cette école où il formera, entre autres, Erik Satie, son aîné (1902-1914). En 1908, Roussel se marie et il se remet à voyager, à travers l’Europe et surtout en Orient, aux Indes, qui l’impressionnent profondément. Il tirera d’abord de son voyage les Evocations (1912), trois tableaux symphoniques qui le révèlent au grand public et l’imposent à la critique; si d’aucuns lui reprochent son exotisme, tous s’accordent à louer son style absolument personnel et la puissance évocatrice de sa musique. L’attention de Jacques Rouché, alors directeur du théâtre des Arts, est attirée par ce succès et il demande à Roussel un ballet que sera Le Festin de l’araignée (1913), dont il est mutile de rappeler la carrière tant au théâtre qu’au concert. Nommé directeur de l’Opéra en 1914, Jacques Rouché commande, cette fois, une œuvre lyrique, et Roussel fixe son choix sur le livret que Louis Laloy tire de la légende hindoue de Padmâvati; l’ouvrage n’est pas terminé lorsque la guerre éclate, et, en dépit de sa mauvaise santé, Roussel s’engage dans la Croix-Rouge. Il sera réformé en 1918 et devra s’installer provisoirement dans le Midi pour se soigner; enfin, lors d’un séjour à Perros-Guirec, il termine cet opéra qui ne sera d’ailleurs joué que le 1er juin 1923. Le succès accueille désormais chacune de ses œuvres, car aucune n’est indifférente; Roussel avait détruit toutes ses premières compositions qu’il jugeait inférieures. Partageant son temps entre Varengeville et Paris, il travaillait inlassablement, et l’on put mesurer la grandeur de la tâche accomplie lors des grandes fêtes données en l’honneur de son soixantième anniversaire en 1929. Symphoniste, Roussel inscrit à son catalogue quatre Symphonies (1904-1934) et des poèmes symphoniques — dont la Suite en fa pour orchestre composée à la demande expresse de Serge Koussevitzky pour le Boston Symphony Orchestra; au théâtre, en dehors des ouvrages déjà cités il donne deux autres ballets, Bacchus et Ariane (1934), Aeneas (1935), un opéra-bouffe, Le Testament de la tante Caroline, composé sur un livret de Nino Weber en 1932 et joué à l’Opéra-Comique le 11 mars 1937; sa musique de chambre compte des pièces comme sa Sérénade (1925), son Quatuor pour cordes en ré majeur (1932), la Sinfonietta (1934), deux Sonates pour piano et violon, et des Mélodies qui sont parmi les plus belles du répertoire moderne. Mentionnons encore : Le Bachelier de Salamanque (1919) et Jazz dans la nuit (1928). Peu de musiciens ont réuni l’unanimité autour de leur nom de leur vivant comme Roussel réussit à le faire grâce à son talent sans cesse renouvelé; certaines de ses œuvres sont considérées comme des sommets de la musique française, et chacune d’elles est d’un caractère différent, car, loin de se cristalliser, Roussel a toujours « cherché » ; n’écrivait-il pas lui-même, à propos de son Psaume LXXX (1929) : « [il] témoigne du dernier état de mes recherches dans une forme qu’il m’a plu d’adopter ». Très malade dès 1936, Roussel composa jusqu’à sa mort — le Concertino pour violoncelle est de 1936 — survenue à Royan où il faisait une cure; il repose dans le magnifique cimetière de Varengeville (Seine-Maritime), selon sa volonté.
♦ « J’ai toujours poursuivi le dessein de la construction et du rythme, la recherche de la forme et du développement a été ma constante préoccupation. » Albert Roussel. ♦ « Le véritable, le meilleur Albert Roussel est musique toute pure. » André Cœuroy. ♦ « Albert Roussel, c’est l’esthétique de la pudeur. » P. 0. Ferroud.