RIVIERE Jacques
RIVIERE Jacques. Ecrivain français. Né à Bordeaux le 15 juillet 1886, mort à Paris le 14 février 1925. Fils d’un professeur à la Faculté de Médecine, il fit ses études au Lycée de Bordeaux, puis alla préparer à Lakanal le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure : c’est là qu’il rencontra en 1903 le jeune Alain-Fournier, son condisciple, avec lequel il entretint par la suite une correspondance qui constitue un des meilleurs documents sur l’état d’esprit des jeunes intellectuels français dans les premières années de notre siècle — v. Correspondance de Jacques Rivière et d’Alain-Fournier (posth., 1926-28). Après avoir passé sa licence és lettres à Bordeaux en 1907 et accompli son service militaire, Rivière regagna Paris et, gagnant sa vie comme professeur à Stanislas, prépara en Sorbonne un diplôme d’études supérieures pour une thèse sur la Théodicée de Fénelon. Mais sa vive sensibilité intellectuelle le rendait passionnément attentif à tous les courants spirituels du temps : il subit tour à tour l’influence de Barrés, de Gide, de Claudel — cf. Correspondance avec Paul Claudel (posth., 1926); cette dernière semble l’avoir un instant emporté, puisqu’en 1913 Rivière se rallia expressément au catholicisme; il connaîtra cependant encore bien des retours et des scrupules. Dans ses Études (1912), Rivière se révèle un psychologue de premier ordre, bouleversant les cadres de la critique littéraire traditionnelle pour atteindre toujours l’homme dans les œuvres. C’est à L’Occident qu’il avait fait ses débuts littéraires, en 1907, mais, dès 1909, son destin fut lié à celui de la jeune Nouvelle Revue française, dont il devint rapidement le secrétaire de rédaction. Mobilisé en 1914 au 220e régiment d’infanterie — cf. Carnet de guerre (posth.. 1929) —, Rivière fut fait prisonnier dès le 24 août, mais la guerre n’était pas tout à fait finie pour lui : envoyé au camp de Königsbrück, en Saxe, il tente de s’évader, est repris et dirigé vers le camp de représailles de Hülsberg, en Hanovre, où il consigné ses réflexions de captivité dans L’Allemand (1918). Gravement malade, il est transféré en Suisse et interné jusqu’à la fin des hostilités. En 1919, il prend la direction de la Nouvelle Revue française et y déploie des qualités de conseiller auxquelles tous les meilleurs représentants de la jeune génération ont rendu hommage. Malheureusement il ne peut plus consacrer qu’un temps restreint à son œuvre personnelle : en dehors de nombreux essais littéraires et politiques publiés dans la revue, Rivière, jusqu’à sa mort brutale, à la suite d’une fièvre typhoïde, ne fit paraître qu’un roman. Aimée (1922). Sa femme, Isabelle, sœur de son ami Alain-Fournier, qu’il avait épousée en 1909, se voua à la publication de ses nombreux inédits, particulièrement révélateurs de son évolution religieuse : A la trace de Dieu (1925), De la Sincérité avec soi-même (1926), De la Foi (1928), ainsi que sa correspondance et une étude sur Rimbaud (1931).
♦ « Je suis né pour écrire des choses très belles, qui embêteront tout le monde et que personne ne lira...» Jacques Rivière. ♦ «D’autres ont pu souhaiter de se connaître avec la même passion; nul ne l’a fait à ciel ouvert, comme Rivière : il ne fut un critique si persévérant, si pénétrant, que parce qu’il avait besoin de tous ses maîtres, de tous ses camarades, pour descendre plus avant dans son cœur; mais il n’a jamais rien aliéné de lui-même... Au vrai, sa grandeur — peut-être sa misère — fut de ne pouvoir être le disciple de personne : il n ’a rien atteint jamais — fût-ce l’immuable — qu’il n’ait résolu de dépasser. » François Mauriac.
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