RETZ (CARDINAL DE)
RETZ (CARDINAL DE)Paul de Gondi, cardinal de Retz, homme politique et écrivain français, né à Montmirail en 1613, a saint Vincent de Paul pour précepteur. Entré dans les ordres sans vocation, sur les ordres de son père, il essaie inutilement de s'y soustraire en affichant une vie licencieuse. Il complote contre Richelieu. Anne d'Autriche le fait nommer coadjuteur de l'archevêque de Paris (1643), où il gagne une réputation de bon prédicateur. Avide de popularité et de reconnaissance, il s'oppose à Mazarin, qu'il considère comme un rival politique, organise contre lui la journée des Barricades (1648) et prend une part active à la Fronde, excitant le peuple par son éloquence et ses largesses. Lorsque la régente doit se séparer de Mazarin, qui s'exile provisoirement, il se rapproche d'Anne d'Autriche et, sous le nom de Retz, obtient le titre de cardinal et devient à son tour archevêque de Paris (1654). Mazarin, revenu, le fait incarcérer à Vincennes puis à Nantes, d'où il s'évade. À la mort de Mazarin, il revient à Paris, se rapproche de Louis XIV dont il reçoit l'abbaye de Saint-Denis en échange de son archevêché. Il paye ses dettes, énormes, selon les contemporains, et se retire à Saint-Mihiel, où il rédige ses Mémoires, aussi intéressants par la forme que par le fond.
Homme politique et écrivain français né à Montmirail en 1613, mort à Paris en 1679. Saint Vincent de Paul fut son précepteur. Entré dans les ordres sans vocation, il complota contre Richelieu. Anne d’Autriche le fit nommer coadjuteur de l’archevêque de Paris. Sous Mazarin, il organisa la journée des Barricades (1648) et prit une part active à la Fronde. Sous le nom de Retz, il obtint le titre de cardinal et devint à son tour archevêque de Paris (1654). À la mort de Mazarin, il se rapprocha de Louis XIV dont il reçut l’abbaye de Saint-Denis. Il a laissé d’intéressants Mémoires.
RETZ Jean François Paul de Gondi, cardinal de. Né au château de Montmirail en Champagne, le 20 septembre 1613, mort à Paris, le 24 août 1679. Il était le fils du comte Emmanuel de Gondi, général des galères, et de Marguerite de Silly. La famille de Gondi était originaire de Florence où elle avait acquis quelque réputation — mais ni l’illustration ni la noblesse comme le laisse entendre Retz lui-même — et une assez belle fortune dans le commerce et la banque. L’un de ses membres, Antoine, vint s’établir en France, s’y maria et, bien qu’il n’ait guère connu de succès dans ses affaires, obtint la protection de sa compatriote, Catherine de Médicis, et fut maître d’hôtel d’Henri IL Avec ses fils commence l’élévation des Gondi, et de manière éclatante; l’aîné, Albert de Gondi (1522-1602) fut fort en faveur sous Charles IX et Henri III, devint maréchal de France et général des galères; il avait épousé Catherine de Clermont, qui lui apporta la baronnie de Retz; son frère cadet, Pierre de Gondi, entré dans les ordres, y fit grande carrière de prélat courtisan, ce qui le conduisit au siège épiscopal de Paris qu’il occupa à partir de 1570 — il n’avait alors que trente-sept ans — et à revêtir la pourpre cardinalice en 1587. L’évêché de Paris devint un fief de famille lorsqu’il passa de Pierre de Gondi à Henri, son neveu, fils aîné d’Albert qui fut coadjuteur de son oncle, puis évêque de Paris et cardinal. L’opération se renouvela avec le frère cadet de Henri, Jean François de Gondi pour qui le pape Grégoire XV érigea Paris en archevêché. Quant au troisième fils du maréchal, Emmanuel, homme d’une grande et très sincère piété, s'il ne pouvait recueillir lui-même l’héritage de ses frères, du moins, et ce fut la préoccupation de sa vie, entendait-il que l’archevêché restât dans sa famille. A sa naissance, Paul de Gondi était destiné à monter sur le trône archiépiscopal de Paris. Et ce fut là le drame de sa vie. Dès qu’il eut acquis à Montmirail les rudiments, il fut placé par son père auprès de Monsieur Vincent de Paul, puis entra au collège de Clermont qu’il ne quitta que pour la Sorbonne. Mais de cette instruction, de cet entourage, qu’avait-il retenu ? Une admiration sans bornes pour les héros de l’Antiquité plus que pour les saints, et surtout pour l’un d’eux qui était un singulier modèle pour un ecclésiastique, César. Plus proche de lui le séduisait la figure d’un conspirateur, Jean-Louis de Fiesque mais, il importe de le noter, d’un conspirateur qu’une stupide malchance empêche au dernier moment de toucher au but. Paul de Gondi compila à l’âge de dix-huit ans le récit de cette aventure — La Conjuration du comte Jean-Louis de Fiesque. Entre ses cours de Sorbonne et ce travail personnel, Gondi se dépensait en galanteries et en duels, bien décidé à jouir au plus vite de la vie laïque ou semi-laïque qu’il menait alors, plus encore, semble-t-il, à démontrer que la vocation à laquelle on le destinait n’était pas faite pour lui. La décision de son père était inébranlable. Après un voyage en Italie (1638), Paul de Gondi prétend être entré dans une conspiration contre Richelieu; ce qui est certain c’est qu’il participa effectivement à la tentative de soulèvement fomentée par le comte de Soissons. Mais ne pouvant échapper à son destin et contraint de poursuivre ses études de théologie, Gondi mit une coquetterie à être là aussi le premier. Il le fut lors de la fin de sa licence en Sorbonne. Peu après on le remarquait déjà à la cour comme prédicateur et on lui faisait même gloire d’avoir converti un huguenot. Il n’a que vingt-neuf ans quand, en 1643, la Régente, Anne d’Autriche, le nomme coadjuteur de l’archevêque de Paris, son oncle, et le pape archevêque de Corinthe in partibus. Cette fois, Paul de Gondi franchit le pas. Il reçoit les ordres, jusqu’à présent il n’était encore que clerc. Devenu le Coadjuteur, il cherche surtout à se concilier ses futurs diocésains et multiplie les largesses. Cette démagogie lui suscite des inimitiés, des méfiances en haut lieu. Elles ne paraissent que trop fondées lorsque se produit l’arrestation du vieux Broussel; on accuse alors le Coadjuteur de susciter la sédition dans le populaire. Il semble qu’en fait Gondi ait essayé de le calmer. Mais ces calomnies, cette fausse interprétation de son action l’irritent. On l’a traité d’agitateur, il le sera sans scrupules. Aussi se donne-t-il corps et âme à la préparation de la journée des Barricades (1648). Pendant la grande époque de la Fronde parisienne, il est un personnage de premier plan, essayant d’unir entre eux des conjurés qui se détestent, de leur imposer une direction commune, la sienne, tentant de faire des chefs en vue ses hommes de paille. Il lève à ses frais un régiment qu’il appelle fièrement le régiment de Corinthe, et apparaît tantôt en rochet et camail, imposant par sa présence sacrée silence aux bruyants, tantôt botté en chef de guerre. Cependant sa vraie passion est l’intrigue souterraine; celles qu’il combine sont beaucoup trop complexes pour ses partenaires qui se lassent de tant de sous-entendus et dont certains plantent là le Coadjuteur et ses chimères. Gondi n’avait pour ainsi dire pas cessé de proposer officieusement sa médiation, il manœuvre de plus en plus entre les partis lorsqu’il voit que définitivement la cause des séditieux est perdue. En 1651, il rentre en grâce; après la proclamation de la majorité de Louis XIV en septembre, il obtient l’éloignement de Mazarin et pour lui le chapeau de cardinal. C’est sous le nom de cardinal de Retz, qu’il est le second à porter, qu’il est désormais connu. En 1654, à la mort de son oncle, il lui succède sur le trône archiépiscopal de Paris mais il n’en prendra jamais possession. Lorsque lui parvient sa nomination, il est en effet en prison (à Vincennes, puis au château de Nantes) depuis quinze mois. Le retour de Mazarin a provoqué ce renversement de situation. Mazarin veut négocier avec le nouveau cardinal sa renonciation au siège de Paris. Retz naturellement s’obstine; il a assez souffert personnellement pour l’acquérir. D’ailleurs, le pape est formel, il n’accepterait pas cette démission. En août 1654, le prisonnier s’évade du château de Nantes et, après de nombreuses péripéties, gagne Belle-Isle, puis l’Espagne et enfin l’Italie, où il est bien accueilli par le pape Innocent XI; mais dès l’année suivante, à l’avènement du successeur d’innocent XI, Alexandre VIl, les affaires de Retz se compliquent, le pape lui est franchement hostile, Lionne le fait menacer. Retz juge prudent de s’éloigner et il voyage de par l’Europe, se tenant surtout dans T’Empire et dans les Flandres, travaillant quelque temps à la restauration des Stuart. Enfin, en 1661, Mazarin est mort et Retz peut faire sa paix. Lorsqu’il se rend compte que Louis XIV demeure inflexible, il renonce à son archevêché et reçoit la très riche abbaye de Saint-Denis. En 1662, il s’installe en Lorraine dans son château de Commercy et y vit dans une somptueuse retraite. Deux ans plus tard, il obtient permission de venir à Paris, à condition de ne pas paraître à la cour. Ses amis parisiens d’alors, ce sont Mme de Sévigné, Mme de La Fayette, La Rochefoucauld, un autre Frondeur; ses distractions ce sont les travaux de l’esprit. En 1668, Retz se rend au conclave qui devait aboutir à l’élection de Clément IX; le roi le chargera, non sans méfiance, de quelques autres missions romaines mais jamais il ne se départira vis-à-vis du cardinal de cette raideur hostile que suscitait toujours chez lui tout ce qui avait touché à cette Fronde qui avait tant effrayé son enfance. Il semble d’ailleurs que, finalement, Retz se soit résigné et qu’il ait mis son point d’honneur à faire une belle fin. Il paraît même que, vers 1672, il a été pris d’un mouvement de piété qu’il faut peut-être aller jusqu’à nommer une conversion. Toujours est-il que lorsque, trois ans plus tard, il veut déposer la pourpre, le pape refuse ce sacrifice. La même année, Retz abandonne tous ses revenus à ses créanciers. Il vit de plus en plus en son abbaye de Saint-Denis et c’est de là qu’il se fera transporter le 14 août 1679 chez sa nièce, la duchesse de Lesdiguières, pour y mourir. On a beaucoup épilogué sur le personnage et il n’est pas sûr que ses Mémoires aient servi sa réputation. Il y avait en lui sinon un fanfaron de vices, comme Louis XIV disait de son neveu, le futur Régent, du moins un fanfaron de cynisme. La vie de Retz est une série de défis. Son malheur, c’est d’avoir senti en lui de telles possibilités qu’obstinément on lui a refusé de développer. Sans doute, Retz était un ambitieux mais il n’était pas que cela, c’était avant tout un spectateur, le spectateur de sa propre ambition. Et peut-être devait-il cette particularité de son caractère à son ascendance italienne. Retz a joué toute sa vie et sans doute ne.se préoccupait-il pas tellement qu’il y paraît de perdre, car il aimait mieux le jeu que la victoire. Il est incontestable qu’il n’a pas joué dans l’histoire tout le rôle qu’il se donne mais il n’est pas prouvé qu’au moment où il écrivait ses Mémoires ce n’est pas de la manière qu’il les raconte qu’il revivait les exploits de sa jeunesse. Ce qui, en tout état de cause, est à retenir à sa décharge, c’est l’amitié qu’il suscita dans le public le plus raffiné et aussi le plus difficile, celui qui se rassemblait autour de Mme de La Fayette. Retz fut un esprit charmant, et il en reste quelque chose dans ses Mémoires qui séduit encore.
♦ « Voilà un dangereux esprit. » Richelieu. ♦ « C’est le plus méchant homme du royaume. » Mazarin. ♦ « Il se faisait aimer parce qu'il savait aimer. » Oraison funèbre du cardinal de Retz. ♦ « Il eut peu de piété et quelques apparences de religion; plus d’ostentation que de vraie grandeur... Il a suscité les plus grands désordres, sans avoir aucun dessein formé de s’en prévaloir. Il a paru ambitieux sans l’être véritablement...; il aima surtout le bruit, l’éclat, l’intrigue; son esprit un peu romanesque voulait éblouir, étonner, faire admirer la fécondité de ses ressources. C’était un homme de grands talents, qui lui servirent peu; ce n ’était pas un grand homme. » La Rochefoucauld. ♦ « S’il vécut en Catilina dans sa jeunesse, il vécut dans sa vieillesse en Atticus... Ses Mémoires sont écrits avec un air de grandeur, une impétuosité de génie et une inégalité qui sont l’image de sa conduite. » Voltaire. ♦ « Je ne peux lire que deux livres : Machiavel et Retz. » Benjamin Constant. ♦ « C’est l’idole des mauvais sujets. Il représentait son temps dont il était à la fois l’objet et le réflecteur. De l’esprit comme homme, du talent comme écrivain (et c’était là sa vraie supériorité) l’ont fait prendre pour un personnage de génie. » Chateaubriand. ♦ « Entre les trois grands styles de la prose au XVIIe siècle, Pascal, Retz, Saint-Simon, Pascal est le style de la pensée, Saint Simon celui du peintre et le Cardinal celui de l’action. Les trois plus grands styles de France. » A. Suarès. ♦ « Surtout il partage avec Saint-Simon une qualité qui a longtemps fait du français une langue aussi belle que le latin et qui est une sorte d’obscurité massive et pourtant pénétrable. Cette obscurité vient du ramassé excessif de la phrase et du refus de répéter des mots lorsque le lecteur à l’esprit vif peut aisément comprendre sans eux. » A. Maurois.
Retz, Jean-François Paul de Gondi, cardinal de (Montmirail 1613-Paris 1679); évêque et homme politique français.
La famille de R., originaire de Florence, s’est installée en France sous la régence de Catherine de Médicis, et y a rapidement fait fortune. Le pays de Retz avait été érigé en duché-pairie en faveur d’un grand-oncle de R., le maréchal Albert de Gondi (1581). Lui-même est le fils d’Emmanuel de Gondi, comte de Joigny, général des galères. Né en 1613 au château de Montmirail, R. a été destiné à l’Eglise, pour conserver à la famille l’archevêché de Paris dont est titulaire son oncle Jean-François de Gondi. R. fait des études chez les jésuites, après avoir reçu l’enseignement de saint Vincent de Paul. Il poursuit ses études de théologie à la Sorbonne, mais se signale surtout en publiant, à 18 ans, une remarquable Conjuration du comte de Fiesque. Après la mort de Richelieu, il est nommé coadjuteur de son oncle l’archevêque de Paris. Excellent prédicateur, il devient très populaire à Paris. Mais ses ambitions sont très grandes, et, quand la Fronde se déclenche, R. y voit l’occasion de jouer un rôle politique. Détestant autant Condé que Mazarin, il se réconcilie avec le second en janvier 1650, à condition d’obtenir le chapeau de cardinal. Mazarin n’ayant pas tenu ses promesses, R. conspire de nouveau contre lui en janvier 1651, mais oblige Condé à quitter Paris en août. Nommé cardinal en février 1652, R. est arrêté et mis au château de Vincennes après le retour de Louis XIV à Paris (oct. 1652). À la mort de son oncle (mars 1654), il prétend prendre possession de l’archevêché de Paris, mais accepte de l’abandonner si le pape y consent. Il est alors transféré au château de Nantes. Mais le pape refuse sa démission et le roi le maintien en prison. R. parvient à s’évader en août 1654 et passe huit ans hors de France, aux Pays-Bas, en Hollande, en Espagne, en Italie surtout. Il joue un certain rôle dans le conclave qui élit pape Alexandre VII (1656). Après la mort de Mazarin, il rentre en France et accepte de troquer son archevêché contre l’abbaye de Saint-Denis. Il remplit diverses missions diplomatiques pour Louis XIV et termine sa vie dans la plus grande piété. Il meurt à Paris en 1679, après avoir rédigé des Mémoires qui le placent au rang des plus grands écrivains du XVIIe siècle.
Bibliographie : Retz (Paul de Gondi, cardinal de), Mémoires, 1968 ; J.T. Letts, Le Cardinal de Retz. Historien et moraliste du possible, 1966 ; P.G. Lorris, Un agitateur au XVIIe siècle, le cardinal de Retz, 1956 ; S. Bertière, La Vie du cardinal de Retz, 1990.
RETZ, Paul de Gondi, cardinal de (Montmirail, 1613-Paris, 1679). Homme politique et écrivain français. Ses Mémoires (publiés en 1717) constituent un précieux témoignage des temps troublés de la Fronde. Ecclésiastique sans vocation, ses parents souhaitant le voir succéder à son oncle, archevêque de Paris, il intrigua d'abord sous Richelieu, puis son ambition politique l'opposa à Mazarin et il devint chef de parti lors de la Fronde parisienne. Emprisonné au château de Vincennes puis au château de Nantes, d'où il s'enfuit, il mena pendant huit ans une vie errante. Après la mort de Mazarin, Louis XIV lui accorda son pardon. Rentré en France en 1661, il démissionna de l'archevêché de Paris qu'il avait obtenu à la mort de son oncle (1654) et reçut en échange de riches bénéfices ecclésiastiques, dont l'abbaye de Saint-Denis où il se retira. Voir Bénéfice.