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RESTIF DE LA BRETONNE Nicolas Anne Edme Rétif ou

RESTIF DE LA BRETONNE Nicolas Anne Edme Rétif ou. Ecrivain français. Né à Sacy, près d’Auxerre (Yonne), le22 novembre 1734, mort à Paris le 3 février 1806. Fils d’un laboureur aisé, il était le huitième enfant d’une famille qui allait en compter quatorze. Mis, en 1740, à l’école de son village, il montre peu de goût pour l’étude. Destiné, pourtant, par son père à la prêtrise, il passe, au sortir de l’école (1746), sous la férule d’un de ses frères, l’abbé Thomas. Mais il déçoit vite ce dernier, car s’il se signale par son esprit observateur et sa vive imagination, il montre en même temps de fort mauvais penchants. Si l’on en croit certaine pièce de vers, il comptait déjà douze conquêtes environ sa seizième année. Force est donc à la famille de laisser le jeune Nicolas se choisir un autre métier. En 1751, il est envoyé à Auxerre, pour être mis en apprentissage chez un imprimeur, où il séduit la belle épouse de son patron qu'il devait évoquer plus tard sous les traits de Mme Parangon. (On sait qu’elle devait mourir consumée par le remords.) Devenu ouvrier typographe en 1755, il décide de se rendre à Paris où il ne tarde pas à entrer à l’imprimerie royale. Il vient tout juste d’atteindre sa majorité. Esclave de son tempérament, il inaugure sans plus attendre la vie d’homme à bonnes fortunes qui sera toujours sienne. Environ 1760, et dans l’espoir de mettre un terme à ses fredaines, sa famille juge bon de lui faire épouser une fille d’Auxerre appelée Agnès Lebegue. Après avoir donné quatre filles à son épouse, il s’en sépare. De plus en plus il passe ses nuits à courir les mauvais lieux, afin d’y observer le vice, et, bien entendu, le pratique lui-même pour l’acquit de sa conscience. En 1767, il débute enfin dans les lettres en publiant La Famille vertueuse, roman en quatre volumes. Enhardi par le vague succès qu’il obtient, il décide de vivre uniquement de sa plume. Il se sent d’autant mieux armé pour cette lutte que, sachant la typographie, il sera capable d’imprimer lui-même ses ouvrages et, par là, pourra se moquer des exigences des imprimeurs. En 1769, il donne La Fille naturelle, puis Le Pied de Fanchette. En 1776, il publie Le Paysan perverti ou les dangers de la ville (4 vol.), en 1777, Le Quadragénaire (2 vol.), et, en 1779, La Vie de mon père (2 vol.), qui est peut-être son chef-d’œuvre. Si scandaleuse que fût sa vie, elle ne pouvait guère lui causer préjudice dans un temps où la corruption se donnait partout carrière avec la pire impudence. Ayant fait, à ce moment, la connaissance de Beaumarchais, il se vit bientôt introduit dans le grand monde. Un nouveau champ d’observation s’ouvre à ses yeux. Il saura vite en profiter. En 1780, il commence de publier Les Contemporaines ou aventures des plus jolies femmes de l’âge présent, vaste répertoire de nouvelles auquel il travaillera durant huit années consécutives (1780-1788). Cet ouvrage monumental, qui comporte quarante-deux volumes, allait lui valoir la plus grande notoriété. Davantage : il fit de lui un auteur vraiment populaire. Quant à sa vie privée, elle restait orageuse. Ayant rencontré, en effet, au Jardin des Plantes, une jolie Anglaise appelée miss Harriett Kircher, il voulut, à toute force, l’épouser sur-le-champ. Ce mariage ne devait pas être plus heureux que le premier, puisqu’il se vit assez vite quitter par elle, et, en même temps, délester de tous ses meubles. Ne vivant que pour son œuvre, et libre de tout préjuge, Restif se soucia peu de la mésaventure. Tout en poursuivant Les Contemporaines, il trouve encore le moyen de publier une « action adaptée à la scène » : La Prévention nationale (1784), et quatre gros romans : La Paysanne pervertie (4. vol., 1784), La Femme infidèle (4 vol., 1786), Les Parisiennes (4 vol., 1787), et enfin Ingénue Saxancourt ou la femme séparée (3 vol., 1789). Mais Restif ne se contentait pas d’être uniquement un romancier. Admirateur des idées de Rousseau, il crut avoir assez d’étoffe pour s’ériger en véritable réformateur de la société. Dès l’âge de trente-six ans, il inaugure, en effet, la série des curieux ouvrages qu’il réunira plus tard sous le titre général de : Les Idées singulières. Ce sont : Le Pornographe (1769), L’Educographe (1770), Le Mimographe (1770), Le Glossographe (1773), Les Gynographes (1777), L’Andrographe (1782) et Le Thesmographe (1789). Dans ces divers écrits où il devance Fourier, il vise successivement à réformer la prostitution, l’éducation, le théâtre, l’orthographe, la situation de la femme, la science de l’homme, et enfin les lois en général. Restif vit alors sa réputation s’étendre au-delà des frontières : en Allemagne, Gœthe lui-même, Schiller et d’autres aspiraient à le connaître. Mais la vogue inouïe dont il était l’objet lui fit presque perdre la tête. Dans son orgueil, il se crut le plus grand écrivain français de son époque. Aussi se mit-il à dos presque toute la critique. Il s’en faut pourtant que sa gloire et ses hautes fréquentations lui aient fait perdre d’autant le goût profond qu’il avait pour la solitude. Vêtu avec extravagance, il aimait à se promener de nuit dans les ruelles du vieux Paris, et surtout dans Il le Saint-Louis dont il couvrait d’inscriptions les parapets. Sentant venir la Révolution, il se comparait lui-même au hibou nocturne qui ouvre tout grands ses yeux sur un monde agonisant. II ne se gêne pas pour le dire : « Prenez garde, magistrats, un mauvais quart d’heure se prépare. » En 1789, il fut complètement ruiné par la banqueroute des assignats. Il n’en reprit pas moins courage quelques mois plus tard. Comme il s’est donné pour mission, depuis longtemps, de « disséquer l’homme ordinaire », en se prenant lui-même pour modèle, il décide de continuer, car il estime que son œuvre est « un utile complément » à l'Histoire naturelle de Buffon. En chroniqueur impénitent, il se racontera sans relâche, mêlant 1 ’anecdote polissonne à l’observation profonde et à la tirade moralisante. Après avoir fait paraître Le Palais-Royal (3 vol., 1790), il donne Les Nuits de Paris ou le spectateur nocturne (8 vol., 1788-1793) et enfin Théâtre (5 vol., 1793), où l’on trouve bon nombre de pièces qu’il ne fit jamais représenter. Dès 1794, il décide de s’atteler à son autobiographie qu'il termine trois ans plus tard : Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé (8 vol., 1794-1797). En 1795, il se vit accorder un secours de deux mille francs par la Convention. En fin de compte, il fut réduit à solliciter quelque place au ministère de la Police. Mais il dut, peu après, résigner ses fonctions, à cause de ses infirmités, et il mourut dans la misère, à l’âge de soixante-douze ans. Signalons que l’institut envoya une délégation à ses obsèques. Ayant écrit près de deux cent cinquante volumes, Restif de la Bretonne fut sans aucun doute un des esprits les plus hardis, les plus originaux de son temps. On sait qu’il fut souvent appelé le « Jean-Jacques des Halles » ou le « Voltaire des femmes de chambre ». Il est certain que sa langue y était pour quelque chose : langue qu’il avait, comme il disait, « enhardie à parler de tout ». Il n’empêche qu’il nous a laissé un tableau tout à fait fidèle des trente dernières années de la monarchie française — tableau souvent magistral. ♦ « Il y a dans ses tableaux une chaleur, une négligence, une vérité de style qui donne de l'intérêt et même une sorte de ressemblance aux événements les plus extraordinaires et le plus légèrement motivés; la bonne foi de l'imagination de l'auteur est, si l'on peut s'exprimer ainsi, la magie de son talent pour tous ceux du moins dont le goût n’est pas trop susceptible; car le choix de ses sujets et la bizarrerie sauvage de ses expressions doivent les blesser souvent. » Grimm. ▼ « Cet auteur met en action ce que j'ai mis en préceptes. » J.-J. Rousseau. ♦ « Je n'ai jamais rencontré une nature aussi violemment sensuelle. Il est impossible de ne pas s'intéresser à la variété des personnages, des femmes surtout, qu'on voit passer sous ses yeux, et à ces nombreux tableaux caractéristiques qui peignent d'une manière si vivante les mœurs et les allures des Français de la classe populaire. Pour moi qui ai eu si peu l’occasion de penser au-dehors et d'étudier les hommes dans la vie réelle, cette œuvre a une valeur inappréciable. » Schiller. ♦ « Un style bas et rampant, des aventures dégoûtantes, toujours puisées dans la mauvaise compagnie; nul autre mérite, enfin, que celui d ’une prolixité... dont les seuls marchands de poivre le remercieront. » Sade. ♦ « Je viens de lire une des Contemporaines de Restif, certainement la passion y parle avec chaleur. Malgré cela j’aurais laissé cinq ou six fois le livre à cause des traits de mauvais ton si je n’avais désiré connaître les passions avant toute chose.» Stendhal. ♦ «Jamais écrivain ne posséda peut-être à un aussi haut degré que Restif les qualités précieuses de l’imagination... Un cœur chaud, une plume pittoresque, une volonté de fer, tout cela fut insuffisant à former un bon écrivain. Il a vécu avec la force de plusieurs hommes; il a écrit avec la patience et la résolution de plusieurs auteurs. » G. de Nerval. ♦ « Je mets Restif au-dessus de Rousseau. » P. Valéry.




RESTIF ou RÉTIF DE LA BRETONNE, Nicolas Restif, dit (Sacy, 1734-Paris, 1806) Écrivain français, auteur de très nombreux romans et nouvelles où il se fit l'observateur attentif des moeurs de la fin du XVIIIe siècle. Parmi son oeuvre, on peut citer : Le Paysan perverti ou Les dangers de la ville, 1775 ; La Vie de mon père, 1779 ; Monsieur Nicolas ou Le coeur humain dévoilé, 1794-1797. Admirateur de Jean-Jacques Rousseau, il prôna aussi des réformes sociales (Les Idées singulières, 1794).

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