QUEVEDO Y VILLEGAS Francisco Gomez de
QUEVEDO Y VILLEGAS Francisco Gomez de. Écrivain espagnol. Né à Madrid le 26 septembre 1580, mort à Villanueva-de-los-Infantes (province de Ciudad-Real) le 8 septembre 1645. Son père avait rempli la charge de secrétaire de l’impératrice Marie d’Autriche à Vienne, où il résida quelque temps, puis d’Anne d’Autriche, reine d’Espagne, quatrième femme de Philippe II, et sa mère fut dame d’honneur de la reine. Après avoir étudié au Collège impérial des jésuites, il passa en 1596 à l’Université d’Alcalà de Henares pour y étudier, outre les langues classiques et modernes, la philosophie, le droit et les sciences, notamment les mathématiques. Quevedo, une fois obtenue sa licence ès arts (1600), s’inscrivit à la Faculté de Théologie, mais en 1601 on le retrouve, sans emploi bien défini, à Valladolid où la cour résidait alors. Là, il put observer à loisir ces cabales politiques et cette vanité des grands insultant à la misère du peuple, qui devaient inspirer son génie satirique. Ce génie se révéla dans Histoire de Don Pablo de Ségovie, en 1603. A la même époque remontent ses premières poésies, dont quelques-unes furent réunies dans l'Anthologie des poètes illustres d’Espinosa (1605), et la précieuse correspondance qu’il échangea avec le célèbre philologue flamand Juste Lipse. En 1606, l’écrivain accompagna la cour à Madrid et poursuivit dans cette ville ses études de théologie, mais on ignore s’il les poussa jusqu’au doctorat. Quevedo entreprit alors la composition des Visions, recueil de fantaisies satiriques à tendance moralisante, et se lia d’amitié avec le duc d’Osuna auquel il dédia quelques traductions d’Anacréon. Le Jeudi saint 1601, si l’on en croit Astrana Marin, le poète, ayant tué en duel un chevalier à la porte d’une église, dut s’enfuir en Sicile, mais ce meurtre n’est nullement prouvé. Il est seulement établi que, vers 1613, Quevedo servit le duc d’Osuna, vice-roi de Sicile, tantôt comme secrétaire d’Etat, tantôt comme chargé de missions auprès du roi ou du pape. On sait également qu’il fut l’agent secret du duc dans ses intrigues contre les républiques italiennes. C’est ainsi qu’en décembre 1613 il souleva le peuple de Nice contre Charles-Emmanuel de Savoie; de même, il favorisa la fameuse conspiration de 1618 contre Venise, n’échappant à la mort que grâce à sa parfaite connaissance de l’italien. En 1615, Quevedo s’acquitta avec bonheur d’une mission délicate auprès de Philippe III : il s’agissait en apparence de présenter au roi les actes du Parlement sicilien, mais en réalité de défendre la nomination de son maître comme vice-roi de Naples, et le duc, en récompense, le nomma Ministre des Finances. En 1617, il revint encore en Espagne pour recevoir du souverain l’habit de chevalier de l’ordre de Santiago. L’échec de la conjuration de Venise l’obligea finalement à regagner l’Espagne. En 1620, Osuna tomba en disgrâce. Les ennemis du duc jetèrent alors Quevedo en prison, l’accusant d’avoir trompé la famille royale et abusé des faveurs du vice-roi, mais il put finalement quitter le couvent de Santiago, à Ucles, pour se rendre dans sa maison de la Torre de Juan Abad, près de Valdepenas, A la mort de Philippe III (1621), des poursuites ayant été ordonnées contre le duc, Quevedo dut se rendre à Madrid pour déposer contre lui. Néanmoins, l’année suivante, on le renvoya à la Torre. Enfin libre (1623), il suivit Philippe IV en Andalousie et, trois ans plus tard, dans un voyage en Aragon. Il publia alors quelques œuvres satiriques, et cela lui valut de nouveaux ennemis. Cependant, le comte-duc d’Olivarès, favori de Philippe IV, le prit sous sa protection et obtint pour lui le titre honorifique de secrétaire royal. On le relégua de nouveau, en 1628, au couvent de San Marco de Léon pour être intervenu dans le conflit relatif à la reconnaissance de sainte Thérèse d’Avila patronne de l’Espagne. Quevedo demeura insensible aux flatteries d’Olivarès qui lui offrait l’ambassade de Gênes, et continuait à soutenir saint Jacques de Compostelle contre sainte Thérèse. Il eut une longue liaison avec une actrice nommée Ledesma qui lui aurait donné plusieurs fils, mais, en 1634, pour complaire à la femme d’Olivarès, épousa dona Esperanza de Mendoza, dame de Cetina, veuve quinquagénaire dont il se sépara deux ans plus tard. Ses malheurs, joints au spectacle de la corruption des mœurs espagnoles, rendirent ce misanthrope de plus en plus amer et agressif. En 1639, Olivarès le rendit responsable de libelles contre son gouvernement que le roi avait trouvés sur sa table. Sous ce prétexte et pour d’autres raisons fort obscures, il le fit emprisonner, le 7 décembre 1639, au couvent de Saint-Marc, à Léon, dans une cellule humide, d’où il ne sortit qu’à la chute du favori, en 1643. Retiré à la Torre, puis à Villanueva-de-los-Infantes, il s’y éteignit, malade et presque aveugle, à l’âge de soixante-cinq ans. Quevedo, un des plus grands écrivains d’Espagne, brilla dans les genres les plus variés : poésie, philosophie, critique littéraire, roman, politique, théâtre, religion, etc. Parmi ses ouvrages les plus célèbres, citons : La Politique de Dieu (écrite en 1617, imprimée en 1635), la Vie de Fray Tomàs de Villanueva [1620], Les Grandes Annales des quinze jours [1621], Lettres du chevalier de la Tenaza [1625], Histoire de don Pablo de Ségovie (1626), La culta latin iparla (1629), Libro de todas las cosas (1631), L’Heure de tous (1635), Marcus Brutus (1644), Parnasse espagnol (1648).
♦ «De tous les écrivains de l'Espagne, Quevedo est celui qui s'est le plus rapproché de Voltaire, non par le génie, il est vrai, mais par l'esprit : il avait comme lui cette universalité de connaissances et de facultés, ce talent pour manier la plaisanterie, cette gaieté un peu cynique, lors même qu'elle était appliquée à des objets sérieux, cette ardeur pour tout entreprendre et pour laisser des monuments de son génie dans tous les genres à la fois; cette adresse à manier l'arme du ridicule, et cet art de faire connaître les abus de la société au tribunal de l'opinion. » J. C. L. Simonde de Sismondi. ♦ « Quevedo est le satiriste le plus terrible, le plus désinvolte, dur, sec et dévergondé de toute l'Espagne. » Cejador.