PSICHARI Ernest
PSICHARI Ernest. Écrivain français. Né à Paris le 27 septembre 1883, tombé au champ d’honneur le 22 août 1914 à Saint-Vincent-Rossignol, près de Virton (Belgique). Fils du philologue Jean Psichari, petit-fils d’Ernest Renan, il reçut une éducation laïque, scientiste et républicaine dans une maison qui était un des centres de l’agitation dreyfusiste. Jeune homme, il partage en tout point les idées de sa famille et, avec son ami Jacques Maritain, lui aussi adepte, à cette époque, d’une sorte de socialisme mystique, il collabore aux Universités populaires, et, dans les couloirs de la Sorbonne, où il prépare sa licence en philosophie (1902), fait des collectes pour entretenir la propagande syndicaliste. Il rêve aussi de devenir écrivain et, dès l’âge de dix-huit ans, a publié dans des revues des poèmes d’inspiration symboliste. Il a naturellement lu les œuvres de Renan, mais semble en avoir été moins touché que des cours de Bergson au Collège de France et surtout, en 1903, de sa rencontre avec Charles Péguy, lui aussi ardent « dreyfusard », mais déçu par l’exploitation politique de l’Affaire à laquelle était en train de se livrer le parti combiste. Impatient de se dévouer, de servir, Psichari commence à souffrir profondément du manque de certitudes intellectuelles, et il pressent que le vague idéalisme dont on a nourri sa jeunesse ne l’a pas suffisamment armé pour affronter la vie. Peu après sa vingtième année, une déception sentimentale vient précipiter la crise morale déjà latente : en plein désarroi, Ernest quitte le domicile familial, fait une tentative de suicide et, vivant ensuite des métiers les plus divers — il fut même débardeur sur les quais de la Seine —, il traîne une vie misérable dans les faubourgs parisiens. A l’automne 1903, après quelques semaines de repos dans la maison de campagne de ses parents, il prend la décision de s’engager au 51e régiment d’infanterie, cherchant dans l’armée « la force et l’énergie ». Ayant obtenu par la suite sa mutation dans l’artillerie coloniale, il part au Congo au début de 1906, avec la mission Lenfant, et reçoit la médaille militaire. Ce dur apprentissage de la discipline militaire — cf. L’Appel des armes (1913) — donne enfin à Psichari la certitude morale, et l’exaltant sentiment de participer à une longue tradition qu’il avait vainement demandé a ses maîtres de la Sorbonne. Un long séjour dans les solitudes de la Mauritanie (1909-12) va lui permettre de mener à son terme cette révolution intérieure : le désert agit sur le jeune officier à la manière d’un cloître, et bientôt le petit-fils de Renan comprend qu’il doit faire un pas décisif, « prendre, comme il dit, le parti de ses pères contre son père », et, après avoir retrouvé la France, retrouver aussi la religion de la France : la foi catholique. A son retour dans la métropole, le 15 novembre 1912, Psichari est déjà chrétien de tête et de cœur. Le 8 février 1913, dans la chapelle du Petit Séminaire de Versailles, il communie pour la première fois et bientôt, dans les loisirs de la vie de garnison, il écrit son second livre, récit à peine transposé de son expérience, qui rejoint celle de ses amis Péguy, Maritain, Massis, tout trois convertis à la même époque, Le Voyage du centurion (posthume, 1915). Sans quitter l’armée, Psichari aspire cependant désormais à une règle plus haute encore. A la suite d’une retraite au couvent dominicain de Ryjkholt, en Hollande, il décide d’entrer dans l’ordre des Frères prêcheurs, dont il est d’ailleurs déjà « tertiaire ». Mais la guerre éclate, le régiment d’Ernest Psichari se porte à l’ennemi dès les premiers jours des hostilités et le « centurion » tombe lors d’un combat dans la forêt de Neuchâteau, frappé d’une balle dans la tête. Psichari n’est pas un grand écrivain; il a été une figure morale, le témoin exemplaire de la « génération sacrifiée » qui s’était exprimée dans l'Enquête d’Agathon en 1913. ♦ « ... le témoignage le plus saisissant et le plus clair d'une génération que nous avons vue se former sous nos yeux éblouis de bonheur, et qui rature les enseignements officiels de ses maîtres immédiats, pour aller chercher sa parole de vie plus haut dans la race, plus loin dans le passé. » Maurice Barrés. ♦ « Homme de grand soleil, homme aux yeux frais, au cœur émerveillé... vous, qui seul de nous avez entendu le silence... et qui ainsi avez gardé la pureté de votre âme. » Charles Péguy. ♦ « Dans l'éloignement, et par cet éloignement même, qui le gardait intact, Ernest Psichari a plus agi sur nos âmes et sur nos pensées qu'aucun de nos compagnons. C'est toute notre jeunesse qui s'exaltait en lui. » H. Massis.