POULENC Francis
POULENC Francis. Compositeur français. Né et mort à Paris (7 janvier 1899-31 janvier 1963). Passionné de musique dès sa plus tendre enfance, il sera néanmoins en grande partie autodidacte : il se perfectionne, non pas dans l’enseignement officiel, mais auprès de Ricardo Vinès pour le piano, et de Charles Koechlin pour la composition. Très jeune, il a assimilé Mozart, Chopin, Schubert — musiciens chez qui la sensibilité prime la spéculation formelle; plus tard s’y ajouteront Chabrier, Moussorgsky, Couperin, Scarlatti, Ravel, Debussy. Mais il reçoit le choc du Sacre du printemps et de sa rencontre avec Satie, découvrant ainsi les vertus de la simplicité, voire de la banalité en même temps que du trait juste. Ses premières œuvres sont très marquées par cette double influence : Rapsodie nègre (1917 — il n’a que dix-huit ans), Mouvements perpétuels pour piano (1918), Le Bestiaire, d’après Apollinaire (1919). Ces dernières mélodies révèlent déjà en lui le grand amoureux de la voix humaine et le passionné de poésie, qui illustrera, outre Apollinaire, Max Jacob, Desnos, Louise de Vilmorin, et surtout Paul Eluard. En 1920, il est, avec Auric, le benjamin du « Groupe des Six » (en compagnie de Milhaud, Honegger, Durey, Tailleferre, sous la houlette de Cocteau), et écrit avec ses amis la musique des Mariés de la tour Eiffel, spectacle de Cocteau (1921). Peu après, il se rend à Vienne, avec Darius Milhaud, pour y rencontrer Schoenberg, Berg et Webern. A Paris, il écrit un ballet, Les Biches, pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev (1923). Dès lors, il vit exclusivement comme compositeur, et accompagne les récitals de mélodies de son ami Pierre Bernac. Egalement stimulé par le travail de ses amis peintres — Picasso, Braque, Matisse, Mirô —, il produit une gerbe d’œuvres étincelantes, tout à tour canailles et charmeuses, tendres et cocasses. On a appelé « période fauve » cette époque qui, jusqu’en 1936, voit paraître Concert champêtre, pour clavecin et orchestre (1928), Aubade, concerto chorégraphique pour piano et 18 instruments (1929), Le Bal masqué, cantate d’après Max Jacob (1932). C’est le Poulenc faubourien et mondain, antisublime, volontiers pasticheur, inventif, poète et impertinent, écrivant de la musique comme le pommier produit des pommes — veine qui ne s’épuisera pas lorsque d’autres courants traverseront son œuvre. En 1936, il retrouve la foi catholique à la suite d’un pèlerinage à Rocamadour. Désormais, toute une partie de sa production sera d’inspiration religieuse, dans un caractère dépouillé, d’abord, « roman » — Litanies à la Vierge noire (1936), Messe en sol majeur pour chœur a cappella (1937), Motets pour un temps de pénitence (1939), à quoi il faut rattacher les mélodies Tel jour, telle nuit (Eluard, 1937), Sécheresse (Edward James, 1937) et le Concerto pour orgue, orchestre à cordes et timbales (1938). Son style religieux évoluera vers la pompe versaillaise du Stabat Mater (1950) ou du Gloria (1959), et vers l’expression dramatique des Dialogues des carmélites, opéra d’après Bernanos (1956). C’est que son amour pour la voix humaine s’exprime dans un autre registre que la mélodie ou le motet, celui du théâtre, avec deux autres ouvrages qui sont de rares réussites d’intelligence, de goût et de sensibilité : Les Mamelles de Tirésias, opéra bouffe d’après Apollinaire (1944) et La Voix humaine, monodrame sur un texte de Cocteau (1958). Musicien ignorant les problèmes formels, il est peu attiré par le développement d’école et lui préfère la spontanéité de l'Instant — et cela jusque dans sa musique de chambre (Sonates pour divers instruments, Trio, Sextuor). Son imagination sans cesse en éveil, sa veine lyrique intarissable, la séduction et la facilité de sa plume, son élégance aussi, trouvent leur terrain d’élection dans les nombreuses mélodies qui jalonnent sa vie, et dans lesquelles il éclaire subtilement les mots de ses poètes de prédilection : Cocardes (Cocteau, 1919), Chansons villageoises (Fombeure, 1942), Calligrammes (Apollinaire, 1948), La Fraîcheur et le feu (Éluard, 1950), Le Travail du peintre (Eluard, 1956). Dans les œuvres pour piano enfin, instrument dont il jouait à ravir, il se refusa toujours à la grande composition pour se limiter à de petites pages, comme improvisées, où brille ce merveilleux don de séduction qui reste la dominante de son art. Poulenc a écrit également une biographie de Chabrier (Paris, 1961), et Journal de mes mélodies (Paris, 1964).
Liens utiles
- Jolivet, André Milhaud, Darius Poulenc, Francis
- Francis Poulenc1899-1963Par sa musique élégante et vive, Poulenc incarne le courant classique qui côtoyait, au débutdu siècle, les éclats révolutionnaires d'un Stravinski ou d'un Ravel.
- POULENC, Francis (1899-1963)Compositeur, il fait partie du groupe des Six.
- Francis Poulenc
- Objet d'étude : La poésie du XIX et du XX siècle. Parcours complémentaire : Alchimie poétique : réinventer le monde. Analyse linéaire 2/2 « Le Pain », Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942