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PORTUGAL

État de l'Europe méridionale qui occupe presque toute la partie occidentale de la péninsule Ibérique ; capitale Lisbonne. • Des origines à la fin du XIVe s. • La dynastie d'Aviz et les conquêtes maritimes (1383/1580) • De l'union avec l'Espagne à la chute de la maison de Bragance (1580/1910) • Les débuts de la République et le régime salazarien (1910/1974) • La « révolution du 25 avril » Des origines à la fin du XIVe s. La préhistoire du Portugal semble remonter à la période la plus ancienne du paléolithique (industries à bifaces dans la région de Lisbonne et sur la côte) ; au paléolithique moyen, les industries moustériennes ont laissé de nombreux vestiges près de Lisbonne et dans les grottes de la province d'Estrémadure ; le paléolithique supérieur a été marqué par l'art rupestre du Haut-Alentejo (abri de Vale de Junco, grotte de Santiago do Escoural). Au mésolithique, entre - 7500 et - 3300, se développa dans la vallée du Tage, au sud de Santarém, la culture de Muge, dont l'industrie se rattache au tardenoisien, et qui a laissé des amas de coquillages analogues à ceux du Danemark. À partir de la fin du IVe millénaire, et au IIIe millénaire, le territoire portugais, en particulier l'Alentejo, connut une belle floraison de monuments mégalithiques (v.) (dolmens, menhirs, cromlechs). Trois siècles environ avant le début de notre ère, le pays était occupé par divers peuples celtes et ibériques avec lesquelles les Carthaginois avaient déjà noué des relations ; la plus importante était celle des Lusitaniens ; ceux-ci opposèrent une résistance farouche aux Romains et ne furent définitivement soumis qu'au milieu du Ier s. av. J.-C. D'abord compris dans l'Hispania ulterior, le pays entra en 27 av. J.-C. dans la province de Lusitania, créée par Agrippa, et qui s'étendait bien au-delà des actuelles frontières portugaises. Le christianisme pénétra en Lusitanie dès la fin du IIIe s. L'invasion des Alains et des Suèves (début du Ve s.) fut suivie par celle des Wisigoths, qui, en 585, restèrent complètement maîtres du pays. Le territoire qui forme aujourd'hui le Portugal ne se distinguait en rien du reste du royaume wisigoth. Il fut conquis par les Arabes en 711, mais, dès la fin du IXe s., les rois des Asturies avaient libéré toute la région au N. de Douro. C'est vers le Xe s. que la région comprise entre le Douro et le Minho commença à être désignée sous le nom de Terra portucallis, de Portus Calle, nom romain de la ville de Porto, à l'embouchure du Douro. En 1064, les conquêtes de Ferdinand Ier de Castille portèrent les limites de cette Terra portucallis jusqu'au Mondego, et Alphonse VI, roi de León et de Castille, donna le « comté de Portugal » à son gendre, Henri de Bourgogne (1095). Le fils de ce dernier, Alphonse Ier le Conquérant (1128/85), se déclara indépendant du León après sa victoire d'Ourique sur les musulmans (25 juill. 1139), prit le titre de roi et plaça ses États sous la protection directe du Saint-Siège, auquel il s'engagea à payer un tribut annuel. Continuant à repousser les Maures, il entra à Lisbonne (oct. 1147). Son fils, Sanche Ier (1185/1211), attira des colons dans les pays reconquis et accorda de nombreuses franchises (forais) aux villes. 00020000110900000C8D 1102,Le Portugal avait fait reconnaître son indépendance par le León, et, aux côtés des autres rois de la péninsule Ibérique, Alphonse II (1211/23) participa à la bataille de Las Navas de Tolosa (v.) (1212). Alphonse III, en soumettant l'Algarve (1250/52), libéra le sud du pays et donna au Portugal ses frontières actuelles ; pour apaiser l'animosité de la Castille, qui lui disputait la partie orientale de l'Algarve, il dut épouser Béatrice, fille d'Alphonse X, se mettant ainsi dans un cas de bigamie qui lui attira les foudres de l'Église. Sans se soucier de l'excommunication, il lutta contre la puissance du clergé en s'appuyant sur la bourgeoisie des villes, qui, pour la première fois, fut représentée aux Cortés de Leiria (1254). Ce renforcement de l'autorité royale porta tous ses fruits sous le règne de son fils, Denis (1279/1325), qui favorisa la vie urbaine, l'industrie, le commerce, appela à son service un amiral génois pour créer une marine et fonda l'université de Lisbonne (1291). La lutte du pouvoir royal contre les nobles et le clergé se poursuivit sous les règnes d'Alphonse IV (1325/57) et de Pierre Ier (1357/67). Ferdinand Ier (1367/83) dut combattre pendant presque tout son règne contre la Castille : la péninsule Ibérique subissait en effet les contrecoups de la guerre de Cent Ans (v.) où, devenu une puissance maritime, le Portugal s'allia à l'Angleterre. La mort de Ferdinand ouvrit une grave crise dynastique : le roi ne laissait en effet qu'une fille, Béatrice, mariée à Jean Ier de Castille, allié de la France. Alors que la noblesse était favorable à la candidature castillane, la bourgeoisie se groupa autour d'un prince national, Jean, grand maître de l'ordre d'Aviz, bâtard de Pierre Ier et demi-frère de Ferdinand. Après deux années troublées, c'est lui qui fut désigné comme roi par les Cortés de Coïmbre (printemps 1385). La dynastie d'Aviz et les conquêtes maritimes (1383/1580) Peu après l'avènement de Jean Ier, le connétable Nuno Álvares Pereira, dont l'armée était renforcée par un corps d'archers anglais, mit la chevalerie castillane en déroute à la bataille d'Aljubarrota (14 août 1385). L'indépendance portugaise fut confirmée par l'alliance avec l'Angleterre, que scella le traité de Windsor (1386), et par le mariage de Jean Ier avec la fille de Jean de Gand (1387). Tous ces succès furent acquis en dépit de l'opposition de la noblesse et du clergé, qui regardaient la reine de Castille comme l'héritière légitime du trône. La dynastie d'Aviz devait donc s'appuyer surtout sur la bourgeoisie, et elle entreprit de créer une nouvelle noblesse recrutée parmi les fonctionnaires. C'est pendant le règne de Jean Ier (1385/1433) que le Portugal commença sa grande aventure maritime et coloniale. L'expansion vers l'Afrique ne fut d'abord qu'un prolongement de la « Reconquête », et, dès 1415, les Portugais s'emparèrent du port marocain de Ceuta. Des expéditions plus lointaines furent préparées par un fils de Jean Ier, le prince Henri le Navigateur dans un dessein à la fois scientifique, missionnaire et mercantile. Henri lui-même ne prit part à aucun voyage, mais il fut l'inspirateur et l'organisateur des grandes découvertes portugaises du XVe s. Après avoir atteint Madère (vers 1418/20) et les Açores (vers 1432), les navires du Portugal doublèrent le cap Bojador (1434), abordèrent au Rio de Oro (1436), parvinrent à la baie d'Arguin (1443), aux îles du Cap-Vert (1444) et en Sierra Leone (avant 1460). L'expansion connut ensuite une pause, mais reprit avec une audace accrue sous Jean II (1481/95) et sous Manuel Ier le Grand (1495/1521). Diogo Cam découvrit l'embouchure du Congo (1484), et Bartolomeu Dias parvint en 1488 à la pointe méridionale de l'Afrique, qu'il appela cap des Tempêtes, mais que le roi Jean II préféra baptiser du nom de cap de Bonne-Espérance. Quand Christophe Colomb (v.), auquel le roi de Portugal avait refusé des vaisseaux, annonça, en 1493, qu'il avait atteint l'Inde par l'ouest (il s'agissait en fait de l'Amérique), Jean II se montra sceptique et prépara une expédition par la route orientale. Ce fut celle de Vasco de Gama, qui, parti de Lisbonne en juill. 1497, contourna pour la première fois le cap de Bonne-Espérance, longea la côte africaine de l'océan Indien, puis cingla franchement vers l'Est et atteignit Calicut, en Inde (1498) (v. DÉCOUVERTE DU MONDE). 00020000105200001D8F 104B,Dès cette époque, Espagnols et Portugais rivalisaient pour obtenir la maîtrise absolue de la mer ; en 1454, le Portugal avait obtenu une sorte de monopole de la navigation le long des côtes occidentales de l'Afrique (bulle de Calixte III). En 1493, le pape Alexandre VI, à la demande des Rois Catholiques, traça au milieu de l'Atlantique une ligne de démarcation (méridien d'Alexandre VI), située à cent lieues à l'O. des îles du Cap-Vert ; la zone située à l'O. de ce méridien fut attribuée à l'Espagne, la zone orientale aux Portugais. Ceux-ci, mécontents de ce partage, obtinrent une importante rectification au traité de Tordesillas (7 juin 1494) : la zone attribuée au Portugal fut élargie jusqu'à une ligne passant à 370 lieues à l'O. des îles du Cap-Vert. Ce nouvel accord permit au Portugal de prendre possession du Brésil, que Cabral découvrit en avr. 1500. Manquant d'hommes, les Portugais ne purent créer à cette époque un véritable empire colonial, au sens moderne du mot. Ils se contentèrent d'aménager la route des Indes et s'efforcèrent d'éliminer le commerce arabe et vénitien de l'océan Indien. Le premier vice-roi de l'Inde portugaise, Francisco de Almeida (1505/09), définit une politique modeste qui limitait au minimum les établissements territoriaux. Ainsi furent installées les bases de Cochin (1502) et de Quiloa en Afrique orientale (1502). Almeida détruisit une flotte arabe à Diu (1509). Après un conflit avec Almeida, Albuquerque, qui avait des conceptions beaucoup plus ambitieuses, fut nommé vice-roi en 1509 ; dès l'année suivante, il fit la conquête de Goa, qui devint la principale place du Portugal en Asie. Il comprit que les routes commerciales devaient être appuyées, non par de simples comptoirs, mais par des établissements solidement fortifiés, capables de surveiller, non seulement le rivage, mais l'arrière-pays. Il s'empara de Malacca (1511), lança deux expéditions vers les Moluques, attaqua Aden (1513) et occupa Ormuz, dans le golfe Persique (1515). Cependant, la colonisation portugaise ne put dépasser des ambitions commerciales et, en ce domaine, le système du monopole d'État appliqué par les fonctionnaires de la Casa da India e da Guiné à Lisbonne se révéla décevant. Les Portugais ne parvinrent pas à organiser sainement la distribution des richesses qu'ils recevaient. Lisbonne, qui fut pendant quelque temps le principal entrepôt des produits de l'Inde, déclina au fur et à mesure des progrès de la concurrence hollandaise, qui, elle, était animée par l'initiative privée. Au moment où ce petit pays, aux prises avec le défi de l'aventure coloniale, aurait eu besoin de faire appel à toutes ses forces vives, les cadres de la monarchie portugaise commençaient à se scléroser. En 1525, Jean III décida de ne plus convoquer les Cortés que tous les dix ans. Entraîné par l'exemple des Rois Catholiques espagnols, Manuel Ier, en 1497, avait ordonné l'expulsion des Juifs, privant ainsi le pays de financiers et de commerçants qui allèrent mettre leurs compétences au service des Hollandais. En 1536, l'Inquisition fut introduite au Portugal, et, quatre ans plus tard, s'installèrent les premiers jésuites, qui contrôlèrent bientôt toute l'instruction publique. Le Portugal devint un des bastions de la Contre-Réforme (premier autodafé en 1540) ; le fanatisme religieux se répandit dans le pays, prenant pour victimes les Juifs et les musulmans convertis, qu'on soupçonnait de pratiquer leurs anciennes religions en secret. Tandis que les marchands portugais monopolisaient la traite des esclaves noirs, le roi Sébastien (1557/78) rêvait anachroniquement de croisade contre l'islam : après avoir longuement préparé son expédition, il débarqua au Maroc et fut vaincu et tué à la bataille d'Alcazar-Quivir (4 août 1578). La dynastie d'Aviz survécut encore pendant deux ans, avec l'oncle de Sébastien, le cardinal Henri. À la mort de ce dernier (31 janv. 1580), une demi-douzaine de prétendants au trône (entre autres, dom Antoine, prieur de Crato, bâtard d'un frère de Jean III) se présentèrent. Ce climat d'incertitude fut mis à profit par Philippe II d'Espagne, qui chargea le duc d'Albe d'occuper le Portugal (1580/81). 000200000C4500002DDA C3F,De l'union avec l'Espagne à la chute de la maison de Bragance (1580/1910) Philippe II, neveu de Jean III de Portugal, feignit de se contenter d'une union personnelle des deux royaumes, comme celle qui avait uni la Castille et l'Aragon. Toute la haute administration du pays passa en fait aux mains d'Espagnols, et le Portugal subit les conséquences désastreuses des guerres de l'Espagne contre les Provinces-Unies. Les Hollandais firent chasser les Portugais du Japon, ils s'emparèrent de Ceylan et des Moluques ; ils furent même sur le point d'annexer le Brésil. Des révoltes contre la domination espagnole éclatèrent au Portugal en 1634 et 1637. Enfin, avec l'aide de Richelieu, la révolution triompha le 1er déc. 1640 et plaça sur le trône Jean IV, prince de la maison de Bragance (apparentée aux anciennes dynasties bourguignonnes). Après une longue guerre, au cours de laquelle les Portugais reçurent une aide anglaise (Charles II d'Angleterre épousa Catherine de Bragance en 1662), l'Espagne dut reconnaître l'indépendance du Portugal (traité de Lisbonne, 1668). Cette lutte contre l'Espagne provoqua un traumatisme durable dans la mentalité portugaise : par aversion pour la brève domination espagnole, le Portugal fut amené à rompre ses liens anciens avec la culture hispanique. Le souci d'affirmer sa particularité, sa différence, le jeta dans l'alliance anglaise, qui, scellée par le traité de Lord Methuen (27 déc. 1703), devait rester jusqu'au XXe s. la pierre angulaire de la politique étrangère du Portugal. Cette alliance fut surtout avantageuse pour les Anglais et se transforma en une mise sous tutelle économique et commerciale du pays, qui tirait cependant de grandes richesses du Brésil. Au XVIIIe s., sous le règne de Joseph Ier (1750/77), le ministre Pombal (v.) entreprit une série de réformes dans l'esprit du « despotisme éclairé ». Il limita les privilèges accordés aux Anglais, ranima le commerce par la création de compagnies à charte (pour les vins et la pêche), créa des industries nouvelles (soie, coutellerie), réorganisa l'université de Coïmbre et donna un exemple aux autres États européens en prenant l'initiative de l'expulsion des jésuites (1759). Entraîné par l'alliance anglaise, le Portugal entra en guerre contre la France révolutionnaire dès 1793. Après la rupture de la paix d'Amiens, il essaya de garder sa neutralité ; Napoléon voulut le forcer à accepter le Blocus continental, puis, devant le refus des Portugais, il signa avec l'Espagne le traité secret de Fontainebleau (oct. 1807), qui préparait un partage du pays. Tandis que le prince régent (futur Jean VI) s'enfuyait vers le Brésil sur un navire anglais, les troupes françaises commandées par Junot pénétrèrent au Portugal (nov. 1807). Elles se heurtèrent au corps expéditionnaire de Wellington, et Junot dut se résigner à l'évacuation (capitulation de Cintra, 30 août 1808). L'offensive de Soult (1809) fut un nouvel échec. Celle de Masséna (1810/11) se brisa contre les lignes fortifiées que Wellington avait installées à Torres Vedras, au N. de Lisbonne, et, en mars 1811, les Français furent complètement chassés du Portugal. 0002000011EB00003A19 11E4,Après la chute de Napoléon, le roi Jean VI décida de rester au Brésil, cependant que l'ambassadeur anglais Beresford assumait en fait le gouvernement du Portugal. Cette situation contribua à déclencher le mouvement révolutionnaire de Porto (août 1820), suivi de l'instauration d'un gouvernement constitutionnel qui fut accepté par Jean VI, enfin rentré au Portugal (1821). En son absence, le Brésil se proclama indépendant et se donna pour empereur le fils de Jean, Pierre Ier (oct. 1822). À la mort de son père (1826), Pierre Ier (Pierre IV au Portugal) nomma reine sa fille, Maria da Gloria, ne conservant pour lui-même que la couronne du Brésil. Par la Charte de 1826, il donna au Portugal un régime parlementaire imité de l'Angleterre. Nommé tuteur de la jeune reine, son oncle, dom Miguel, frère de Pierre Ier, s'empressa de la dépouiller, abolit la Charte (mars 1828) et établit à son profit une monarchie absolue (juin 1828). Les libéraux, qu'il persécutait se tournèrent vers Pierre Ier ; celui-ci revint du Brésil en 1831, et, avec l'aide de l'Angleterre, de la France et de l'Espagne, il força dom Miguel à abdiquer (traité d'Evora, 26 mai 1834) et établit sur le trône Maria da Gloria (Marie II), qui remit en vigueur la Charte de 1826. Aussitôt après la mort de son père, Marie II se trouva aux prises avec l'opposition radicale des « septembristes », qui voulaient substituer à la Charte la Constitution démocratique approuvée par Jean VI en 1821 (sept. 1836). La vie politique fut marquée désormais par une extrême instabilité et par la dégradation du pouvoir royal (lutte de partis, pronunciamientos). Le règne de Louis Ier (1861/89) vit se développer une nouvelle expansion outre-mer, avec la colonisation systématique des possessions africaines (Angola, Mozambique). Mais les difficultés financières et économiques grandissantes rendaient la dynastie de Bragance de plus en plus impopulaire et favorisaient la montée des républicains. Après l'assassinat de Charles Ier et du prince héritier (1er févr. 1908), le roi Manuel II fut renversé par la révolution des 4/5 oct. 1910 et la république fut proclamée. Les débuts de la République et le régime salazarien (1910/1974) Les ouvriers, vite déçus, multiplièrent les grèves. Par ailleurs, de 1919 à 1926, le Portugal ne connut pas moins de seize coups d'État, dont les deux plus marquants furent ceux du général Pimenta de Castro (1915) et du général Paes (1917). Cependant, le Portugal, toujours lié à l'Angleterre, prit part à la Première Guerre mondiale (1916 à 1918) : des troupes portugaises combattirent contre les Allemands sur le front français et en Afrique. Après qu'une quarantaine de gouvernements se furent succédé en une quinzaine d'années, le régime démocratique fut renversé par le coup d'État militaire du général Gomes da Costa (28 mai 1926). Quelques semaines plus tard, le général Carmona passa au premier plan ; élu président de la République en mars 1928, il devait conserver cette fonction jusqu'à sa mort, en 1951. Les caisses de l'État étaient vides, Carmona, en avr. 1928, fit appel à un professeur d'économie politique à l'université de Coïmbre, Antonio de Oliveira Salazar. Ministre des Finances avec des pouvoirs exceptionnels (1928), ministre des Colonies (1930), président du Conseil à partir de 1932, ministre des Affaires étrangères de 1936 à 1947, Salazar devait rester le maître réel du pays pendant quarante ans, jusqu'en 1968. Il établit son autorité en réalisant un remarquable redressement financier : le budget portugais fut équilibré pour la première fois depuis 1854. Nourri de doctrine catholique et très influencé par les idées de Maurras, il établit au Portugal un régime autoritaire et corporatiste (Constitution de 1933), de caractère paternaliste. Les partis politiques furent interdits. La presse resta soumise à la censure et l'éducation publique reçut une forte orientation idéologique. La police politique (la PIDE) exerça sa vigilance sur l'ensemble de la population. Le régime s'appuya étroitement sur l'Église catholique, qui obtint un concordat avantageux en 1940. Le Portugal se ferma pratiquement aux mouvements économiques internationaux, et le capitalisme portugais dut tourner principalement ses activités vers les colonies d'Afrique. Salazar réussit à accumuler des réserves importantes et à faire de l'escudo une monnaie particulièrement résistante. Mais sa politique, prudente à l'extrême, ne permit au Portugal qu'une croissance très modérée. À partir de 1960, l'émigration de la main-d'œuvre - légale ou clandestine - prit une ampleur considérable. 000200000C8600004BFD C80,À l'extérieur, Salazar, favorable au mouvement franquiste, garda toujours une attitude très réservée à l'égard des dictatures fasciste et hitlérienne. Durant la Seconde Guerre mondiale, il adopta une attitude de neutralité plutôt favorable aux Alliés, qui purent installer des bases militaires aux Açores (1943). Le Portugal adhéra ensuite à l'OTAN (1949) et, fidèle à ses liens séculaires avec l'Angleterre, devint membre de l'Association européenne de libre-échange (1960). Considérant les possessions d'outre-mer comme des provinces portugaises inséparables de la métropole. Salazar se refusa toujours à toute décolonisation. Alors que, pour l'Angleterre et la France, les colonies ne représentaient qu'un secteur marginal de l'activité économique, pour le Portugal, du fait de la longue politique protectionniste de Salazar, elles gardaient une importance considérable. Impuissant à empêcher les troupes indiennes d'occuper Goa, Diu et Damão en déc. 1961, le régime salazarien réussit à contenir les guérillas qui, à partir de 1961/64, s'étaient développées d'abord en Angola, puis en Guinée et au Mozambique. Mais cette politique, qui devait peu à peu isoler internationalement le Portugal, exigea de ce petit pays un effort démesuré. Frappé d'une congestion cérébrale, Salazar dut cesser d'exercer le pouvoir en sept. 1968 (il mourut en 1970), et la direction du gouvernement passa à Marcello Caetano qui procéda à une certaine libéralisation politique. Devant la poursuite de guerres coloniales sans issue, les jeunes officiers, mal payés et peu considérés, commencèrent à donner des signes d'agitation ; chargés de mener outre-mer une lutte à la fois militaire et politique, beaucoup d'entre eux avaient été imprégnés par l'idéologie marxiste des mouvements d'indépendance. Après l'échec d'une première sédition militaire (15/16 avr. 1974), une nouvelle rébellion, dirigée par un Mouvement des forces armées (MFA), s'assurait le contrôle de Lisbonne et renversait le régime salazariste (25 avr. 1974). La « révolution du 25 avril » Ce coup d'État avait été l'œuvre d'un groupe de colonels et d'officiers subalternes, mais le général Spinola, qui n'en avait pas eu l'initiative, y apporta la caution de son prestige en prenant la tête de la junte révolutionnaire. Renversant dans ses fondements le régime salazarien de l'« Estado novo », Spinola donna la liberté aux partis politiques et aux syndicats, abolit la censure, supprima la police politique, accorda une amnistie immédiate à tous les prisonniers politiques et annonça de prochaines élections au suffrage universel. Le 15 mai, il prit le titre de président de la République, tandis que se constituait un gouvernement comprenant principalement des communistes, des socialistes et des sociaux-démocrates du parti populaire démocratique (PPD). Devenu ministre des Affaires étrangères, le secrétaire général du parti socialiste, Mario Soares, ouvrit immédiatement des négociations avec les divers mouvements d'indépendance des possessions d'outre-mer ; la liquidation de l'ancien empire colonial portugais devait être accomplie avant la fin de 1975 (v. GUINÉE-BISSAU. CAP-VERT (îles du). SÃO TOMÉ. MOZAMBIQUE. ANGOLA. TIMOR. MACAO. GOA). 000200000E740000587D E6E,La « révolution des Œillets » ne s'accommoda pas longtemps du général Spinola, qui laissa la place aux militaires de gauche en sept. 1974 (Costa Gomez, président de la République, Vasco Gonçalves, président du Conseil). Les élections d'avr. 1975 donnèrent l'avantage au parti socialiste mais une crise s'ouvrit avec le parti communiste, crédité de 13 % des voix et bien organisé. En nov., les militaires modérés, dont le chef était Antonio Ramalho Eanes, épurèrent l'armée de ses éléments d'extrême gauche. Après les élections d'avr. 1976 et l'accession à la présidence de la République de Ramalho Eanes (1976/86), les socialistes constituèrent un gouvernement minoritaire mais homogène dirigé par Mario Soares. La destitution de Mario Soares, en janv. 1978, ouvrit une période d'instabilité politique. Devant la montée des tensions sociales, le président de la République décida de dissoudre l'Assemblée en janv. 1983 ; après les élections, M. Soares, allié cette fois au PSD (parti social-démocrate), forma un gouvernement de centre gauche et signa, le 1er janv. 1986, l'adhésion du Portugal à la CEE. De 1986 à 1995, la situation politique s'est stabilisée ; la présidence de la République fut confiée à Mario Soares (mars 1986/1991 ; 1991/janv. 1996), tandis que les victoires du PSD aux législatives d'oct. 1985, de juill. 1987 et d'oct. 1991 permettaient à son leader, Anibal Cavaco Silva, et à son gouvernement de centre droit de rester au pouvoir de 1985 à 1995 et de redresser une situation économique catastrophique. En 1988, PSD et socialistes adoptèrent au Parlement une modification constitutionnelle qui effaçait les dernières barrières dressées par les révolutionnaires de 1974 contre la libéralisation. Les dénationalisations et la privatisation de l'information furent autorisées. À partir de 1991 le pays fut touché par la récession. De nombreuses grèves et manifestations éclatèrent à partir de 1992, témoignant de l'effritement de la popularité du gouvernement. À partir de 1995, le pouvoir revint aux socialistes qui ont remporté les élections ; en oct., leur principal dirigeant, Antonio Gutteres, devint Premier ministre. Élu à la présidence de la République en janv. 1996, le maire socialiste de Lisbonne, Jorge Sampaio a vu son mandat renouvelé (1996/2001 puis 2001/06). Grâce à l'embellie économique qui dura de 1997 à 2000, le Portugal a pu se qualifier pour l'entrée dans la zone euro en mai 1998, tandis que le choix de Lisbonne pour l'Expo 98 permit, en partie avec l'aide des fonds structurels de l'Union européenne, de réaliser d'importantes infrastructures, comme le pont Vasco-de-Gama sur l'estuaire du Tage. Mais deux grands projets du gouvernement socialiste portant, l'un sur l'interruption volontaire de grossesse, et l'autre sur la mise en place à la demande des provinces du Nord, de gouvernements régionaux élus, furent rejetés par référendum. Le déficit budgétaire atteignait 4,2 % du PIB en 2001. Après la victoire du centre droit aux élections d'avril 2002, le nouveau gouvernement de Durao Barroso a mis en place une politique d'extrême rigueur budgétaire, afin de respecter le pacte européen de stabilité. Elle prévoyait la réduction de 40 000 postes de fonctionnaires d'ici 2006, des ventes du patrimoine de l'État, des privatisations et la libéralisation du travail. Le 10 déc. 2002, la CGTP (Confédération générale des travailleurs portugais) a déclenché la première grève générale depuis 12 ans. Mais l'élargissement de l'Union européenne aux pays défavorisés d'Europe orientale doit réduire le montant des aides structurelles destinées au Portugal, qui était jusqu'en 2004 le pays le plus pauvre de l'UE (67,3 % de la moyenne du PIB européen).

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