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Texte 1 : Alain-René LESAGE, Histoire de Gil Blas de Santillane, 1ère Partie, ch. VIII, 1715-1747

Publié le 27/03/2026

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« PARCOURS : PERSONNAGES EN MARGE, PLAISIRS DU ROMANESQUE Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen-Âge au XXIe siècle Texte 1 : Alain-René LESAGE, Histoire de Gil Blas de Santillane, 1ère Partie, ch. VIII, 1715-1747 Après avoir été fait prisonnier par des voleurs, le jeune Gil Blas réussit à les persuader de participer à une de leurs expéditions.

Il est chargé de détrousser un moine dominicain, qui tente de le convaincre de sa pauvreté. Gil Blas accompagne les voleurs.

Quel exploit il fait sur les grands chemins. 1. 5. 10. 15. 20. 25. 30. 35. Mais, mon père, ajoutai-je, finissons.

Mes camarades, qui sont dans ce bois, s’impatientent.

Jetez tout à l’heure votre bourse à terre, ou bien je vous tue. À ces mots, que je prononçai d’un air menaçant, le religieux sembla craindre pour sa vie.

Attendez, me dit-il, je vais donc vous satisfaire, puisqu’il le faut absolument.

Je vois bien qu’avec vous autres, les figures de rhétorique sont inutiles.

En disant cela, il tira de dessous sa robe une grosse bourse de peau de chamois, qu’il laissa tomber à terre.

Alors je lui dis qu’il pouvait continuer son chemin, ce qu’il ne me donna pas la peine de répéter.

Il pressa les flancs de sa mule, qui, démentant l’opinion que j’avais d’elle, car je ne la croyais pas meilleure que celle de mon oncle, prit tout à coup un assez bon train.

Tandis qu’il s’éloignait, je mis pied à terre.

Je ramassai la bourse qui me parut pesante.

Je remontai sur ma bête et regagnai promptement le bois, où les voleurs m’attendaient avec impatience, pour me féliciter de ma victoire.

À peine me donnèrent-ils le temps de descendre de cheval, tant ils s’empressaient de m’embrasser.

Courage, Gil Blas, me dit Rolando, tu viens de faire des merveilles.

J’ai eu les yeux sur toi pendant ton expédition.

J’ai observé ta contenance.

Je te prédis que tu deviendras un excellent voleur de grand chemin.

Le lieutenant et les autres applaudirent à la prédiction et m’assurèrent que je ne pouvais manquer de l’accomplir quelque jour.

Je les remerciai de la haute idée qu’ils avaient de moi et leur promis de faire tous mes efforts pour la soutenir. Après qu’ils m’eurent d’autant plus loué que je méritais moins de l’être, il leur prit envie d’examiner le butin dont je revenais chargé.

Voyons, dirent-ils, voyons ce qu’il y a dans la bourse du religieux.

Elle doit être bien garnie, continua l’un d’entre eux, car ces bons pères ne voyagent pas en pèlerins.

Le capitaine délia la bourse, l’ouvrit, et en tira deux ou trois poignées de petites médailles de cuivre, entremêlées d’Agnus Dei, avec quelques scapulaires.

A la vue d’un larcin si nouveau, tous les voleurs éclatèrent en ris immodérés.

Vive Dieu ! s’écria le lieutenant, nous avons bien de l’obligation à Gil Blas.

Il vient, pour son coup d’essai, de faire un vol fort salutaire à la compagnie.

Cette plaisanterie en attira d’autres.

Ces scélérats, et particulièrement celui qui avait apostasié, commencèrent à s’égayer sur la matière.

Il leur échappa mille traits qui marquaient bien le dérèglement de leurs mœurs.

Moi seul je ne riais point.

Il est vrai que les railleurs m’en ôtaient l’envie en se réjouissant aussi à mes dépens.

Chacun me lança son trait, et le capitaine me dit : ma foi, Gil Blas, je te conseille, en ami, de ne te plus jouer aux moines.

Ce sont des gens trop fins et trop rusés pour toi. Après des études de droit, Lesage a abandonné rapidement sa profession d’avocat pour se consacrer à la littérature, d’abord avec des traductions et des adaptations, pour le théâtre, de la littérature espagnole, par exemple en imaginant une suite de Don Quichotte. Son Histoire de Gil Blas de Santillane est publiée en plusieurs étapes : les livres I à VI en 1715, puis VII à IX en 1724, un dernier tome en 1736, et un ultime complément posthume.

Il se pose en précurseur d’une forme de réalisme, puisque les multiples péripéties vécues par Gil Blas, le héros éponyme, lui font traverser toutes les classes sociales.

Son roman prend la forme d’une autobiographie avec le recours au « je », et rejoint ainsi l’objectif qui reste celui du XVIII° siècle : chaque expérience vécue par Gil Blas le conduit – et avec lui le lecteur – à une ré exion morale. Le jeune Gil Blas, devenu orphelin, est envoyé par son oncle tuteur à l’université de Salamanque pour y poursuivre ses études.

Sur la route, il se fait dépouiller de sa bourse.

Puis, en traversant une forêt, il rencontre des brigands, qui l’enlèvent et le retiennent prisonnier dans un souterrain. Après l’échec d’une première tentative de fuite, Gil Blas décide de feindre le désir de participer aux expéditions des voleurs pour pro ter de cette occasion de sortir pour s’enfuir : nous assistons ici à sa première expérience de voleur. [Lecture du passage] Comment le récit propose au lecteur le portrait d’un anti-héros en action dont il est plaisant de se moquer ? Le texte semble présenter trois étapes : de la l.1 à 10, Gil Blas est présenté comme un voleur audacieux, puis de la l.10 à la l.20, sa valeur semble être reconnue par ses nouveaux compagnons voleurs jusqu’à la chute de son piédestal de la l.21 jusqu’à la n du texte. 1er mouvement (l.1-11) : un voleur audacieux Gil Blas se présente comme un voleur audacieux qui accomplit un exploit héroïque et qui remporte une victoire. « nissons » (l.1) , « jetez » Un acte d’autorité souligné par les impératifs + attitude (l.2), « d’un ton menaçant » =il semble maitriser la situation. (l.3) fi « Jetez tout à l’heure votre bourse à terre, ou bien je vous tue.

» (l.2) La menace est redoublée : - d’une part, il mentionne la présence de ses compagnons voleurs, déjà signalée dans le titre du chapitre, dangereuse pour sa victime, mais aussi importante pour lui car, comme le public lors d’un tournoi, ils surveillent la façon dont il accomplit son exploit; - d’autre part, il reprend avec une variation la phrase traditionnelle des bandits, « La bourse ou la vie », mais accentuée par l’indice temporel et martelée par son implication directe. fl « Mes camarades, qui sont dans ce bois, s’impatientent. » (l.1) fi fi Introduction : « l e r e l i g i e u x s e m b l a La réaction du moine lui reconnaît cette puissance mais craindre pour sa vie.

» (l.3-4) on trouve déjà un indice discordant avec le modalisateur « sembla ». « Attendez, me dit-il, je vais Alors que le moine s’était employé précédemment à d o n c v o u s s a t i s f a i r e , plaider sa cause, il cède au jeune voleur.

On retrouve la puisqu’il le f a u t notion de fatalité avec l’adverbe « absolument ». absolument.

» (l.4-5) « Je vois bien qu’avec vous autres, les gures de rhétorique sont inutiles.

» (l.5) Ce discours con rme pleinement le triomphe du jeune voleur, avec le pronom qui le hausse à la hauteur de ses compagnons, ce qui représente pour lui une sorte de promotion. « une grosse bourse de Comme dans les romans de chevalerie, au cœur de peau de chamois » (l.6-7) l’exploit gure l’objet symbolique de la quête, la « bourse », réclamée, puis obtenue, avec une ampli cation de sa valeur avec l’adjectif « grosse », même si le verbe dans le commentaire qui suit, « qui me parut pesante » (l.11), laisse déjà supposer une faille dans cet exploit. « je lui dis qu’il pouvait Mais cette réserve est vite effacée par la fuite accélérée continuer son chemin, ce du moine, apeuré, qui signe sa victoire. qu’il ne me donna pas la peine de répéter.

Il pressa les ancs de sa mule, qui […] prit tout à coup un assez bon train.

» (l.7-8) 2ème mouvement (l.11-20) : la reconnaissance du héros Gil Blas a réussi son épreuve et est reconnu par ses pairs qui ne tarissent pas d’éloges à son égard. fi fi fi fi fl « les voleurs m’attendaient avec impatience, pour me féliciter de ma victoire.

» (l.12-13) Dans la tradition des récits héroïques vient le moment où le héros, triomphant dans l’épreuve, vit son épiphanie, c’est-à-dire est reconnu comme tel pour son « exploit », annoncé dans le titre du chapitre.

Ainsi le récit souligne la réussite de l’épreuve imposée. « À peine me donnèrent-ils L’accélération temporelle soutient l’hyperbole qui le temps de descendre de ampli e cette victoire.

Gil Blas est accueilli en héros. cheval, tant ils s’empressaient de m’embrasser.

» (l.13-14) L’exploit de Gil Blas est démesuré avec le lexique de l’exploit hyperbolique : « victoire » laisse place à « merveilles » et «.... »

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