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Séquence Le Malade imaginaire: : Peut-on faire de la maladie un objet de dérision au théâtre ?

Publié le 28/02/2026

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« 1. Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle Séquence 1 : Le Malade imaginaire de Molière ou le spectacle des maux. Problématique : Peut-on faire de la maladie un objet de dérision au théâtre ? Objectif : Comprendre les enjeux du théâtre comique et sa représentation au XVIIe siècle. Séance 1 : Le corps souffrant au XVIIe siècle Problématique : Comment se représente-t-on le corps souffrant au XVIIe siècle ? Objectif : Se familiariser avec le discours médical de l’époque pour mieux comprendre les enjeux liés à la représentation du corps malade. Dans les premiers Temps modernes (XVIe– XVIIIe siècles), la philosophie informe a priori la médecine dans un très grand nombre de cas et pour un très grand nombre de médecins, en particulier ceux de la faculté de Paris, qui sont pour la plupart mécanistes, c’est-à-dire disciples de Descartes.

Dans la cinquième partie du Discours de la méthode (1637), le philosophe qui, sans être médecin, avait pourtant de bonnes notions de cette science, a énoncé les principes fondamentaux du mécanisme : Ce qui ne semblera nullement étrange à ceux qui, sachant combien de divers automates, ou machines mouvantes, l’industrie des hommes peut faire sans y employer que fort peu de pièces, à comparaison de la grande multitude des os, des artères, des veines, et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps une machine qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée, et a en soi des mouvements plus admirables qu’aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes. Discours de la Méthode (78-79) Qui dit médecine mécaniste, dit diagnostic et traitement mécanistes.

En effet pour soigner les maladies, les médecins des XVIIe et XVIIIe siècles recourent aux méthodes classiques, utilisées depuis l'Antiquité.

Ces méthodes favorisent principalement quatre formes de thérapeutiques : la saignée, les lavements, la sudation et la diète.

On pense alors que ces traitements modifieront l’humeur corporelle et vaincront les maladies. Cette médecine considérée comme obsolète depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle fait déjà l’objet de vives critiques du temps de Molière, c’est notamment l’une des raisons pour lesquelles il fait représenter Le Malade imaginaire.

Elle est héritée des théories d’Hippocrate et de Galien, médecins ayant développé dans l’Antiquité la théorie des « humeurs », fluides corporels dont il faut réguler la qualité et la quantité pour maintenir un équilibre entre eux. Visionnage : https://www.youtube.com/watch?v=n06OAwh8oFo Séance 2 : La genèse du Malade imaginaire Problématique : Pourquoi Molière met-il en scène Le Malade imaginaire ? Objectif : Savoir inscrire Le Malade imaginaire dans une perspective temporelle et culturelle. Contexte de représentation : Sa récente brouille avec le compositeur Lully, grand favori de la Cour, fait tomber Molière dans une certaine disgrâce : car Lully avait obtenu en 1672 le privilège royal qui interdisait de faire chanter une pièce sans sa permission. Lully fit des difficultés pour autoriser la musique du Malade imaginaire, composée par Marc-Antoine Charpentier.

Ainsi, la pièce ne fut pas, comme prévu, représentée devant le Roi à Versailles. Ecoute : https://www.youtube.com/watch?v=ekZVgFeRjsU Molière fait finalement représenter sa pièce le 10 février 1673 à Paris, au Palais-Royal, le succès de sa comédie est immédiat malgré l’absence du Roi à cette dernière (sans doute rechignant de fréquenter le théâtre sous l’influence de Madame de Maintenon). Molière est pourtant malade depuis plusieurs mois, il tousse fréquemment mais tourne cette épreuve à des fins comiques.

Contrairement au cas d’Argan, son état de santé est grave, il mourra d’ailleurs le lendemain de la quatrième représentation, le 17 février 1673. Dans la pièce, il joue le rôle d’Argan : ce qui provoque une confusion entre le personnage et l’auteur, entre vérité biographique et illusion théâtrale lorsqu’il glisse dans sa pièce un débat sur ses propres comédies (III, 3) au cours duquel Argan insulte Molière et lui souhaite les pires maux. Le titre : Chacun des trois mots du titre donne des indications sur la comédie, et sur les intentions de Molière, ouvrant ainsi l’horizon d’attente du spectateur. L’article défini « le » est fréquent dans les titres de Molière, il s’agit également d’une constante au XVIIe siècle puisqu’on désigne les individus comme des sujets, Molière veut faire de son personnage un « type » pour lui donner une dimension intemporelle, si intemporelle qu’on représente encore sa pièce de nos jours. Le terme « malade » fait référence à une thématique chère à Molière, celle de la médecine.

Molière portait en haine les médecins de son temps qu’il accusait de prétention et de charlatanisme.

Il ne les connait que trop, lui-même étant malade, et s’appuie par conséquent sur son ressentiment pour les tourner en dérision. D’autre part, la satire des médecins est traditionnelle, depuis les farces du Moyen Âge comme dans la Commedia dell’arte.

Et Molière l’a déjà abordée, par exemple dans Le Médecin volant (1665) ou Le Médecin malgré lui (1666). En 1669, une pièce pamphlétaire circule dans les salons, Elomire hypocondre ou les médecins vengés, elle n’est jamais jouée mais est écrite contre Molière qu’on reconnait dans l’anagramme Elomire, sa pièce est une sorte de riposte à cette satire. Ce mot évoque aussi évidemment la gravité de la maladie, Molière étant assez pessimiste du fait de sa propre maladie, affecté par les polémiques provoquées par ses opposants, les deuils autour de lui, la trahison de son ami Lully et la disgrâce du Roi.

Cette pièce qui reste pourtant une comédie n’échappe pas de ce fait à une tonalité sombre où la mort est omniprésente. L’adjectif « imaginaire » renvoie au débat de l’époque sur les dangers de l’imagination qui trompe la raison et la vérité et dont il faut par conséquent se méfier (voir Descartes). Effectivement Argan ne voit la vérité des êtres autour de lui : le charlatanisme des médecins, l’hypocrisie de sa femme, l’amour de ses enfants ou encore la bienveillance de son frère. Il nous montre aussi que ce malade ne l’est pas autant qu’il croit l’être, on le désigne par conséquent comme un hypocondriaque, l’hypocondrie étant la maladie mentale associée qui laisse des individus convaincus d’être un état permanent de mal physique tandis qu’ils sont sains.

Molière montre que sa maladie est celle de l’imagination qui surpasse la raison.

Il est obsédé par son corps et incapable de faire preuve de lucidité face aux médecins car il est envahi par son propre mal psychique. Cet adjectif évoque enfin la fiction et annonce les composantes de la pièce que sont les ruses et les mascarades, elle s’inscrit pleinement dans le projet d’illusion comique auquel Molière aspire. En somme, le titre met l’accent sur le personnage principal, et place la médecine au cœur de l’intrigue.

Mais dans ce cas Molière inverse la satire traditionnelle : ce n’est plus la médecine qui est la cible principale de ses critiques mais le malade crédule qui se laisse séduire par ses facilités et ses mensonges.

Le malade est ramené à sa condition d’ignorant et de mortel. Le titre est à la fois synonyme de gravité, avec la thématique sérieuse de la maladie et de la mort, et à la fois de légèreté avec l’imagination qui apporte le divertissement.

Dès le titre, Molière s’inscrit dans une perspective d’édification et répond à l’impératif comique au XVIIe siècle : corriger les mœurs par le rire (castigat ridendo mores), c’est-à-dire mêler le sérieux et le rire en se faisant le relais d’une critique de la médecine et des malades. Séance 3 : La comédie-ballet, un genre caractéristique du règne de Louis XIV. Problématique : Quelles sont les caractéristiques de la comédie-ballet au XVIIe siècle ? Objectif : Identifier le genre théâtral de la comédie-ballet et savoir l’inscrire dans son contexte culturel. L'histoire de la comédie ballet débute de façon tout à fait fortuite, lorsque le surintendant Nicolas Fouquet (1615-1680), alors ministre des Finances qui s'est honteusement enrichi aux dépens du roi pendant la Fronde, vient de faire achever les derniers aménagements de son château de Vaux-le-Vicomte dont les travaux commencés en 1656 ont réuni les plus grands noms de l'époque, Louis Le Vau (1612-1670) premier architecte du roi, le peintre Charles Le Brun (1619-1690), et le paysagiste André Le Nôtre (1613-1700) dont les talents se conjuguerons encore une fois à Versailles. Sans doute maladresse extrême qui signa sa perte, il a décidé d'une fête somptueuse afin de faire étalage de cette munificence devant le souverain et ses 600 courtisans...

Et le maitre de céans fera donc appel à Molière (1622-1673) qui écrira pour l'occasion une nouvelle comédie, Les Fâcheux, et afin de satisfaire l'amour du roi pour la danse Pierre Beauchamp (1631-1705) reçut également commande d'un ballet dont il composera la musique, Jean-Baptise Lully (1632-1687) ne contribuant que partiellement à ce projet avec seulement une "courante". L'organisation de cette soirée qui ne voulait présenter que le meilleur mit les intervenants face à un problème de changement de costumes que résuma Molière en ces termes : "Le dessein était de donner aussi un ballet, et comme il n'y avait qu'un petit nombre choisi.... »

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