Rimbaud, Les Cahiers de Douai 1870 Explication linéaire 2/16 Roman
Publié le 28/12/2025
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Objet d’étude 1/4 : Poésie du XIXe au XXIe siècle / Parcours : émancipations créatrices
Rimbaud, Les Cahiers de Douai 1870
Explication linéaire 2/16 Roman
Introduction :
Enfant sage, bon élève, il brille principalement dans les disciplines littéraires.
C’est sa rencontre avec le
professeur Georges Izambard qui va le pousser à s’intéresser à la littérature en tant qu’artiste.
Commence une quête de liberté pour le jeune Rimbaud.
Quête qui s’exprime par des fugues répétées, et par
une volonté de révolutionner le langage poétique.
Le poème « Roman » se trouve dans la première partie du premier recueil d’Arthur Rimbaud : Cahier de
douai.
Ce recueil dont Rimbaud écrit les poèmes à l’occasion de ses fugues en 1870 ne sera publié qu’après
sa mort, en 1891 par Paul dumeney.En effet Rimbaud avait demandé que les feuillets soient détruits.
Dans “Roman”, Arthur Rimbaud s’amuse à parodier la forme romanesque en plusieurs chapitres ou parties
pour moquer le lyrisme amoureux traditionnel.Il puise probablement pour cela dans l’autobiographie
puisque l’âge évoqué dans le premier vers est celui qu’il a lors de la fugue où il écrit le poème.
Cette scène de fête et de séduction simple représente très bien son idéal de liberté et de révolte contre la
bonne bourgeoisie.
Le poème surprend également par sa disposition en 4 mouvements – comme 4 chapitres – composés chacun
de deux quatrains.
Problématique : Comment Rimbaud prend-il dans ce poème une distance ironique vis-à-vis du lyrisme
amoureux traditionnel ?
Mouvements :
Mouvement 1 : Un décor bucolique (strophes 1 et 2)
Mouvement 2 : Un abandon sensuel (strophes 3 et 4)
Mouvement 3 : L’émotion amoureuse (strophes 5 et 6)
Mouvement 4 : Le coup de foudre (strophes 7 et 8)
Mouvement 1 : Un décor bucolique : ( strophe 1 et 2)
Le premier vers, resté célèbre, donne le ton du poème : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
».
Arthur Rimbaud ne relate pas une expérience personnelle mais cherche plutôt à montrer l’universalité d’une
expérience.
En effet, le recours au présent de l’indicatif à valeur de vérité générale et au pronom indéfini « on » (à la
place du « je ») confère d’emblée à ce poème une portée universelle.
De plus, le poète semble prendre ses distances avec les codes traditionnels de la versification.
Par exemple, sa
légèreté transparaît à travers la diérèse « sérieux » (à prononcer en trois syllabes sé-ri-eux), qui mime justement
l’absence de prise au sérieux.
Il en va de même à travers l’irruption de tirets dans tout le poème, qui brise l’alexandrin classique et propose une
nouvelle esthétique visuelle et rythmique.
Dans cette première strophe, le poète prend aussi ses distances avec un mode de vie conventionnel, que l’on peut
trouver dans les estaminets du nord (un débit de boissons servant en général de la bière et proposant aussi
du tabac et des jeux traditionnels.).
La phrase exclamative et nominale introduite par « foin des » témoigne de la
fougue de la jeunesse.
Le poète refuse désormais la bière, les bulles et les lieux qu’il fréquentait.
En effet, le groupe nominal « “Des cafés
tapageurs aux lustres éclatants” » symbolise un temps révolu.
Les adjectifs qualificatifs (« tapageurs », « éclatants »)
laissent transparaître le rejet du poète pour le bruit et les apparences.
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Ainsi, le dernier vers de la strophe se détache par la typographie et par le changement radical de décor : « “On va sous
les tilleuls verts de la promenade.
”» Loin de la vie trépidante de la ville, le poète prône un art de vivre dans la nature,
où le temps prend son sens.
Sa facétie se lit encore dans le rythme nouveau du vers qui ne contient ni césure à l’hémistiche ni rythme ternaire : «
“On va sous les tilleuls verts de la promenade.
”»
Dans la deuxième strophe, l’enthousiasme du poète transparaît à travers deux procédés d’écriture.
D’abord, la
répétition du groupe nominal « les tilleuls » et du terme « bon/bons », puis la phrase exclamative qui souligne
l’émotion du jeune homme.
L’enthousiasme du poète est si sincère et spontané qu’il ne craint pas les répétitions.
De là, le poète laisse la nature pénétrer tous ses sens : la vue (« “les tilleuls verts” »), mais aussi l’odorat (« “Les
tilleuls sentent bons” »), le toucher (« “L’air est parfois si doux” ») ou l’ouïe (« “Le vent chargé de bruits” »).
Il s’agit d’une expérience sensuelle intense.
Cette expérience ne fait pas oublier la présence de la ville, comme
l’indique l’apposition explicative « “la ville n’est pas loin” » pour justifier les bruits rapportés par le vent.
Ainsi se
mêlent deux univers : celui de la nature, caractérisé par le complément du nom « “parfums de vigne” » et celui de la
ville, caractérisé par le complément du nom « “parfums de bière” » comme si le poète était tiraillé entre deux univers.
Mouvement 2 : Un abandon sensuel : (strophe 3)
Le deuxième mouvement donne l’impression d’observer un tableau.
Le présentatif « Voila que » suscite l’émerveillement devant un décor bucolique.
Le verbe « on aperçoit » amplifie
l’hypotypose (impression de voir ce qui est décrit).
Les participes passés adjectivés « “encadré », « piqué ”» et la
mention des couleurs (« “D’azur sombre », « toute blanche” ») accentuent l’aspect pictural de la description.
L’effet
de répétition avec l’adjectif petit (« “un tout petit chiffon », « une petite branche », « une mauvaise étoile […] petite”
») souligne la naïveté de ce tableau naturel.
Sous la plume de Rimbaud, la nature se métamorphose : le ciel devient ainsi « “un tout petit azur sombre” ».
Le rejet
du complément du nom « D’azur sombre » au vers 10 témoigne de l’espièglerie du poète qui accole un terme
prosaïque de la vie quotidienne (« un tout petit chiffon ») et un terme épique (« D’ azur sombre ».)
Néanmoins, l’harmonie du spectacle est rendue par l’assonance en nasales tout au long de la strophe, avec les rimes
masculines « chiff on » et « f ond » et les termes « sombre » et « frissons ».
Dans la strophe suivante, l’enthousiasme du sujet va crescendo comme l’illustrent les deux phrases exclamatives
nominales « “Nuit de juin ! Dix-sept ans !” » Le poète s’abandonne à savourer ce temps suspendu de la jeunesse,
comme le suggère la tournure passive « “On se laisse griser” ».
Le présent à valeur de vérité générale et les pronoms
sujets « on » permettent d’évoquer une expérience universelle, et contribuent donc à faire participer le lecteur à ce
carpe diem.
D’ailleurs, le poète s’enivre de cette communion avec la nature.
La métaphore « “La sève est du champagne et vous
monte à la tête” » associe le plaisir de la contemplation de la nature....
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