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philo- cours sur l'art

Publié le 20/04/2025

Extrait du document

« L’art Voici quelques remarques préalables qui serviront de base à la problématisation de cette notion :  Le mot « art » constitue pour nous, hommes et femmes du XXIème siècle un terme générique regroupant différentes disciplines dites artistiques. Classiquement et abstraction faite des différentes classifications qui ont pu être proposées, on regroupe sous ce terme des disciplines aussi différentes que la littérature (au sens large, lequel inclut la poésie, le roman ou le théâtre par exemple), la danse, la peinture, l’architecture, la musique ou encore la sculpture.

Le 7ème art désigne comme chacun le sait le cinéma et constitue un art relativement jeune.

A cette liste il convient d’ajouter la photographie ou encore la B.D ceci sans susciter de polémique ; ce qui n’est pas le cas lorsqu’on pense à la cuisine ou à la (haute) couture par exemple.

Or ces potentielles polémiques ne sont pas sans intérêt : sur quel(s) critère(s) effectivement peut-on voire doit-on faire d’une activité une activité artistique ? Si l’on peut hésiter à faire rentrer telle ou telle pratique dans le club très fermé des activités artistiques, demeure une espèce d’évidence pour chacun d'entre nous : toute pratique ne saurait être artistique.

Les selfies ou les photos de vacances par exemple sont rarement des œuvres d’art, sauf à définir l'œuvre d'art d'une certaine façon.

De même, peintre en bâtiment a beau peindre, personne n’identifie à pratique à celle d’un artiste peintre.

La différence semble tomber sous le sens ! Pourtant il faut savoir que la distinction sémantique entre ce que nous appelons l’art et ce que nous appelons techniques, savoir-faire (dont usent les artisans) est relativement jeune puisqu’elle date du XVIIIème siècle seulement. Autrement dit, ce qui nous apparaît comme une évidence ne l’a pas toujours été, ce qui laisse penser qu’elle n’est pas si évidente que cela en réalité.

Dès lors, s’il est vrai que tout ne peut pas être de l’art, qu’est-ce qui permet néanmoins de distinguer une œuvre d’art de ce qui n’en serait pas ?  S’il a fallu attendre le XVIIIème siècle pour que soient distingués dans la langue même l’art et les techniques, pour autant l’art et les œuvres d’art n’ont pas attendu le XVIIIème siècle pour voir le jour.

Bien avant l’antiquité grecque et sa célèbre statuaire ou ses temples, des peintures rupestres apparaissent et constituent pour nous de véritables œuvres d’art.

Mais comment comprendre qu’il ait fallu tant de temps pour reconnaître à l’art et aux artistes leur spécificité eu égard aux Cours sur l’art – V.

Bertrand – St Bernard 1 techniques, aux savoir-faire des artisans ? Et qu’est-ce qui, par contre, justifie pour nous une telle autonomie de l’art et des artistes* ? il convient en effet de mesurer le chemin parcouru entre l’anonymat des artistes au Moyen-Age et notre époque : de nos jours, le nom, la signature semblent faire, seuls ou presque, la valeur des œuvres.

Or que doit être une œuvre pour pouvoir être légitimement (et pas simplement arbitrairement) qualifiée d’œuvre d’art ? S’il faut bien affronter la question des critères c’est que de fait comme en droit, toute œuvre n’est pas et ne peut pas être une œuvre d’art.

En effet, si toute œuvre de l'art* peut être considérée comme une œuvre d’art* relativement aux critères retenus selon les individus, alors aucune n’est à proprement parler une œuvre d’art.

C’est le problème de tout relativisme* : rien ne vaut objectivement.

Si nous nous accordons pour dire que toute œuvre n’est pas, de ce fait, une œuvre d’art et qu’en outre, au sein même de ce que nous reconnaissons comme des œuvres d’art, il existe des chefs d’œuvres qui surplombent les autres, la question des critères se pose effectivement au-delà des goûts des uns et des autres.

L’art contemporain est d’autant plus intéressant à cet égard qu’il en désoriente plus d’un. Deux anecdotes sont significatives à cet égard.

La première touche L’oiseau dans l’espace de Brancusi.

A l’arrivée sur le sol des Etats Unis de cette œuvre, le douanier va voir non une œuvre d’art mais un objet utilitaire taxé à 40% de sa valeur ce qui est bien au-delà de la taxe à laquelle sont soumises les œuvres d’art.

Ce n’est que six ans plus tard que les tribunaux abonderont dans le sens de Brancusi et reconnaitront officiellement à cette œuvre son statut d’œuvre d’art.

La mésaventure de J.

de Beuys dit elle aussi le désarroi du public face à des œuvres d’art contemporaines.

En effet, à la fin de la première journée de son exposition à Beaubourg, une femme de ménage a consciencieusement balayé et mis à la poubelle les déchets pourtant artistiquement déposés sur le sol par l’artiste.

Manifestement cette dame n'avait pas vu que c'était une œuvre d'art ! Ce désarroi n’est pas différent de celui qui pourrait saisir la plupart d’entre nous en voyant la Fontaine de M. Duchamp trôner au musée, en observant la Salade d’Anselmo, les Merdes d’artiste de Manzoni ou le Piss’Christ de Serrano.

Que dire de Cloaca ? Cette machine qui reproduit le processus de digestion et son résultat : la production d’excrément, lequel constitue d'ailleurs l’œuvre à proprement parler ici. I - L’artiste artisan 1° Quelle spécificité de l’art ? 2 Cours sur l’art - V.

Bertrand - St Bernard On peut distinguer avec Aristote trois types d’activité* (cf cours travail) :  La théoria ou la recherche et la contemplation du vrai  La praxis ou action.

Toute praxis est politique et ainsi spécifiquement humaine dans la mesure où elle relève du bien vivre et ne saurai se réduire à la recherche d’une fin extérieure, étrangère à l’activité ellemême.  La poiésis ou production dans laquelle la fin est extérieure à l’activité (exple : fabriquer du pain pour le boulanger).

Elle est production de réalités extérieures à celui qui les produit c’est-à-dire les fait exister. Pour Aristote et pour les grecs en général puis pour les romains et pour des siècles encore en occident en tout cas, ce que l’on appelle l’art est l’art de l’artiste aussi bien que celui que nous appelons artisan.

En témoigne cette phrase de Montaigne : « peintre, poète ou autre artisan ».

Le terme d’artiste, tel qu’il est utilisé de nos jours, n’apparaît qu’en 1762.

De fait, la mot art lui-même est un mot d’origine latine et non grecque : ars, quand le grec nous transmet le mot techné terme qui désigne l’habileté, mot qui donnera le mot technique.

La techné est ce qu’il s’agit de s’approprier, de maîtriser dans un art, quel qu’il soit (art du médecin, du navigateur, du sculpteur…).

L’art est ainsi défini par Aristote* comme disposition à produire accompagnée de règle droite.

L’art désigne ainsi un savoir-faire au sens littéral du terme : la règle droite désignant ce qui, contrairement au hasard ou à la chance qui peuvent permettre de réussir quelque chose sans en maitriser la production, va permettre une production efficace précisément parce que les règles de la production sont le produit de la raison, faculté qui permet le savoir.

La réussite n’est pas une affaire de chance ici mais le fait de la maitrise de son art (savoir-faire). Cette indistinction sémantique originaire est intéressante et significative d’une certaine conception de la nature de ce que nous appelons de nos jours « activité artistique », « artiste » mais aussi de ce que nous concevons comme la beauté.

Effectivement, le fait que pendant très longtemps, dans notre langue au moins, nous n’avons pas jugé nécessaire de distinguer ce que nous appelons l’art (de nos jours) de la technique signifie que durant tout ce temps, on a conçu les activités de l’artisan et de l’artiste comme étant de même nature : fondamentalement poïétiques, c’est-à-dire faisant appel à des savoir-faire, un art (l’art étant principe d’existence distinct de la nature).

Cette assimilation de l’artiste à l’artisan pourrait gêner un certain nombre d’entre nous dans la mesure où il nous semble évident qu’un peintre en bâtiment ne fait pas la même chose qu’un artiste peintre, que l’artiste peintre ne saurait se contenter de mettre en œuvre des techniques, un savoir faire efficace à tout coup.

Comment pourrait-il créer sinon ? Autre chose pourrait gêner : comment considérer qu’une statue, une sonate, une tragédie sont comparables à une baguette de pain, une maison ou une paire de chaussures même sur mesure ! Quand bien même la baguette de pain, la maison ou les chaussures pourraient Cours sur l’art – V.

Bertrand – St Bernard 3 être l'œuvre de quelqu'un, les œuvres d'art ne semblent pas semblables aux autres œuvres de nos mains. Or, dans l’optique classique, il semble possible de distinguer parmi toutes les œuvres de l’art humain, certaines œuvres que de nos jours nous appellerions des œuvres d’art.

Comment ? Par la destination, le type de fin recherchée.

Le mythe de Prométhée et Epiméthée écrit par Platon dans le Protagoras est intéressant ici car il pose la destination de la technique : permettre aux hommes de survivre. « C'était le temps.... »

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